Shinto (1/4): l’histoire du shintoïsme

Sanctuaire Fushimi Inari, Kyoto, Japon

Sanctuaire Fushimi Inari, Kyoto, Japon

Signifiant littéralement « la voie des dieux« , le shintoïsme est une religion native du Japon. Il s’agit d’une forme d’animisme qui souligne l’importance de l’harmonie entre les humains et la nature. Il implique le culte du « kami », qui peut se traduire comme « dieux », « esprits naturels », ou simples « présences spirituelles ».

Le shintoïsme possède des sanctuaires, appelés jinja (神社) ou quelques fois taisha (大社), jingu (神宮), hachimangu (八幡宮), tenmangu (天満宮), tenjin (天神), etc.

Certains de ces « kamis » sont des divinités locales et peuvent être considérées comme l’esprit ou le génie d’un endroit particulier, mais d’autres représentent des objets naturels importants, comme par exemple Amaterasu Omikami, la déesse soleil. Le shintoïsme inclut aussi la plupart des traditions et des festivals japonais (matsuri).

Après la seconde guerre mondiale, le shintoïsme ayant perdu son statut de religion nationale, les enseignements et les pratiques shintô, qui étaient alors devenus prééminents, ne sont plus enseignés ou pratiqués.

L’histoire du shintoïsme

Le renard du sanctuaire Fushimi Inari, Kyoto, Japon

Le renard du sanctuaire Fushimi Inari, Kyoto, Japon

Les origines du shintoïsme ne sont pas vraiment connues, mais il semble avoir été fondé vers la fin de la période Jomon. Très probablement, après l’arrivée des ancêtres des japonais d’aujourd’hui, chaque tribu et chaque région avaient ses propres dieux et ses propres rituels sans relation avec ceux des autres régions. Suite à l’accession des ancêtres de la famille impériale actuelle à une position de pouvoir parmi les différentes tribus, leurs dieux sont devenus prééminents par rapport aux dieux des autres groupes, bien que différents systèmes continuaient à exister.

L’introduction de l’écriture au 5ème siècle et du bouddhisme au 6ème siècle ont eu un impact profond sur le développement d’un système unifié de croyances shintô. En une très courte période, le Kojiki (古事記 ou « chronique des faits anciens », 712) et le Nihon shoki (日本書紀 ou « chroniques du Japon », 720) sont écrits en compilant des récits mythologiques et des légendes. Ces deux chroniques ont été écrites avec deux objectifs précis. Premièrement, la sophistication des récits et l’introduction du taoïsme, du confucianisme et du bouddhisme dans les récits avaient pour but d’impressionner les chinois par la sophistication du japonais. Les japonais étaient intimidés par l’avance culturelle chinoise et voulait produire quelque chose pouvant rivaliser avec elle. Le deuxième objectif était d’étayer la légitimité de la maison impériale, descendante directe de la déesse du soleil Amaterasu. Une grande partie du Japon actuel n’était contrôlée que très partiellement par la famille impériale, et des groupes ethniques rivaux (comme, sans doute, les ancêtres des Ainou) continuait de mener la guerre contre l’avancée des japonais. Les anthologies mythologiques, tout comme les anthologies poétiques telles que le Manyoshu (万葉集) ou d’autres, étaient toutes censées impressionner les autres groupes par le mérite de la famille impériale et leur mandat divin de régner.

Avec l’introduction du bouddhisme et son adoption rapide par la cour, il fut alors nécessaire de donner des explications sur les apparentes différences entre les croyances japonaises indigènes et les enseignements bouddhistes. Une des explications plaça les « kami » japonais en tant qu’êtres surnaturels, toujours dans le cycle de la naissance et de la renaissance. Les « kami » naissent, vivent, meurent et renaissent comme toutes les autres créatures dans le cycle karmique.

Statue de Kukai

Statue de Kukai

Cependant, les « kami » jouaient un rôle spécial en protégeant le bouddhisme et en permettant à son enseignement compatissant de s’épanouir. Cette explication fut plus tard contestée par Kukai, qui voyait les « kami » comme différentes incarnation des Bouddha. Par exemple, il relia Amaterasu, la déesse du soleil et ancêtre de la famille impériale, avec Dainichi Nyorai, une manifestation du Bouddha, dont le nom veut dire « grand bouddha du soleil ». Pour lui, les « kami » étaient juste des Bouddha sous un autre nom.

Les vues de Kukai ont tenu le haut du pavé jusqu’à la fin de la période Edo. A ce moment, il y avait un renouveau pour les « études japonaises », peut-être dues à la politique de fermeture du pays. Au 18ème siècle, de nombreux érudits japonais, en particulier Motoori Norinaga (1730-1801), essayèrent de séparer le « vrai » shintoïsme des différentes influences étrangères. Cette tentative échoua en grande partie car, dès le Nihon shoki, des parties de la mythologie avaient déjà été empruntées aux doctrines chinoises. Par contre, elle prépara le terrain pour l’arrivée du shintoïsme d’État avec la restauration Meiji.

C’est donc à l’occasion de la restauration Meiji que le shintoïsme devint la religion officielle du Japon et que sa combinaison avec le bouddhisme fut mise hors-la-loi. Au cours de cette période, cela était rendu nécessaire afin de pouvoir unifier le pays autour de l’empereur Meiji alors que le processus de modernisation accélérée du pays avait lieu. L’arrivée des canonnières occidentales et l’effondrement du shogunat convainquirent beaucoup que la nation devait s’unir pour résister et éviter la conquête par des forces étrangères. Le shintoïsme fut alors utilisé comme un outil pour favoriser le culte de l’empereur (et de l’empire) et cette religion fut exportée dans les territoires conquis tels que Hokkaido et la Corée.

L’ère du shintoïsme d’État connue une fin abrupte avec la fin de la seconde guerre mondiale. Les « kami » n’avait pu fournir le Vent Divin (kamikaze) pour repousser les envahisseurs étrangers. Peu après la guerre, l’empereur Hirohito fit même une déclaration où il renonçait à son statut de « Dieu Vivant ». Au lendemain de la guerre, la plupart des japonais pensait que la prétention démesurée de l’empire avait mené à sa chute. La convoitise de territoires étrangers aveugla ses chefs qui délaissèrent la mère patrie. Dans l’après-guerre, de nombreuses « nouvelles religions » apparurent, beaucoup basées sur le shintoïsme, mais, globalement, la religiosité des japonais diminua.

Après la guerre, le shintoïsme a persisté en passant sous silence ses références à la mythologie ou au mandat divin de la famille impériale. Au contraire, les sanctuaires se concentrent sur les gens ordinaires en les aidant à maintenir de bonnes relations avec leurs ancêtres et les « kami ». La façon de penser shinto constitue toujours une part importante de la mentalité japonaise, bien que le nombre de personnes qui se disent animées d’un sentiment religieux ait fortement décru.

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