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Le parc Yokoamicho et le Tokyo Memorial Hall
Le parc Yokoamicho et le Tokyo Memorial Hall

Quand Tokyo fut rasé par les flammes

Commémoration des deux plus grandes catastrophes de Tokyo au 20ème siècle

Panneau à la sortie de la gare JR Ryogoku indiquant les 4 centres d’intérêt du quartier. Le terrain d’origine allait de l’actuel parc Yokoamicho (en haut à droite) jusqu’à l’Edo-Tokyo Muséum (en bas à droite)
Panneau à la sortie de la gare JR Ryogoku indiquant les 4 centres d’intérêt du quartier. Le terrain d’origine allait de l’actuel parc Yokoamicho (en haut à droite) jusqu’à l’Edo-Tokyo Muséum (en bas à droite)

Si les parcs publics sont des endroits dans lesquels il fait bon passer du temps à l’air libre et loin du tumulte de la ville, celui de Yokoamicho, situé dans l’arrondissement de Sumida au Nord-Est de Tokyo, relève, sans toutefois échapper à la règle, d’une dimension très spéciale.

Avec son aire de jeux pour enfants, son petit jardin façonné à la japonaise et ses cerisiers, rien ne pourrait le différencier a priori des autres parcs de la ville. A ceci près qu’on y note immédiatement la présence d’un édifice très imposant, le Tokyo Memorial Hall, devenu bâtiment historique en 1999.

Car Yokoamicho Park n’a en fait rien à voir avec un parc classique à cause d’un lourd secret qu’il porte depuis presque cent ans.

Le terrain sur lequel il a été construit faisait autrefois partie d’un lot trois fois plus vaste sur lequel s’est déroulé en 1923 un drame sans précédent.

En entrant dans ce parc, le visiteur est ainsi renvoyé aux heures terribles qu’a connu Tokyo à ce moment et, s’il va plus loin dans sa visite, au souvenir d’une deuxième tragédie majeure qui est venue à nouveau assombrir le ciel de la capitale japonaise.

Si la première fut d’origine naturelle, la deuxième, vingt-et-un ans plus tard, fut d’origine humaine et le Tokyo Memorial Hall, construit au coeur du parc, ainsi que les multilples monuments qui ont été édifiés par la suite, l’ont tous été dans un dessein de mémoire et de recueillement.

Si le Japon a récemment commémoré les dix ans du tremblement de terre du Tohoku qui avait fait plus de 15.000 victimes en 2011, le parc de Yokoamicho reste entièrement dédié, et ce à longueur d’année avec même deux cérémonies spéciales, au souvenir de ses deux grands désastres du XXème qui ont fait à Tokyo plus de 200.000 victimes.

La catastrophe du 1er septembre 1923

Bien que la superficie du Japon ne représente que 0,28 % de celle du globe terrestre, quasiment 20% des séismes les plus importants (magnitude 6 ou plus) qui se produisent dans le monde ont lieu dans l’archipel.

Le peuple japonais est ainsi conscient des risques quasi permanents qui pèsent sur lui et se prépare à y faire face du mieux qu’il peut, et ce dès son plus jeune âge, mais rien ne pouvait préparer les habitants de Tokyo et de ses environs à ce qui allait se produire le samedi 1er septembre 1923, 12ème année de l’ère Taishô.

Un typhon venait de passer dans la nuit quand les Japonais abordèrent ce premier jour du mois de septembre.

L’heure du repas approchait quand, deux minutes avant midi, la terre se mit à trembler dans toute la région du Kanto. C’était le début du cauchemar pour des centaines de milliers de personnes.

Avec un épicentre situé 80 kilomètres au nord-ouest de la ville, le Tremblement de Terre du Kanto, sans être le plus puissant qu’ait connu le pays (il a été estimé en 1977 à une magnitude de 7,9 alors que celui de 2011 était d’une magnitude de 9,1), reste le plus terrible car ayant frappé dans une zone densément peuplée.

De plus, la plupart des maisons étaient à cette époque faites en bois et, avec l’approche de midi et le feu des cuisinières allumé, les départs d’incendies se déclarèrent aux quatre coins de la ville dans pas moins de 130 différentes locations.

Pour assombrir le tableau, des vents violents issus du typhon de la veille et soufflant à une vitesse de 17 mètres par seconde provoquèrent une propagation rapide des flammes.

C’est ainsi que, immédiatement après la destruction d’un grand nombre de bâtiments, la ville s’embrasa et le feu détruisit des quartiers entiers.

Les personnes qui avaient survécu aux éboulements ont ainsi dû affronter ici et là les flammes des incendies que rien ni personne ne pouvait contrôler ou freiner.

Le feu a ainsi continué son oeuvre destructrice pendant 42 heures sans interruption et a réduit en cendres environ 70 % des maisons de la ville.

Le bilan humain fut terrible avec la disparition de plus de 100.000 personnes à travers le sud de la région du Kanto.

Le séisme du Kanto de 1923 a dévasté la plaine du Kanto et Tokyo, le 1er septembre 1923 à 11h58.
Le séisme du Kanto de 1923 a dévasté la plaine du Kanto et Tokyo, le 1er septembre 1923 à 11h58.

Tokyo fut évidemment la ville qui paya le plus lourd tribut avec, selon les chiffres officiels fournis sur place, plus de 70.000 morts et disparus, notamment au Nord-Est de la ville qui fut la partie la plus touchée par la catastrophe.

Durant les premières heures qui avaient suivi le séisme et pour échapper aux flammes, les survivants s’étaient agglutinés dans les parcs, jardins et autres espaces ouverts de la ville, là où ils étaient le plus à l’abri.

Toute la place du Palais impérial avait par exemple servi de refuge de fortune pour 300.000 sinistrés.

Dans la partie Nord-Est de la ville, en bordure de la rivière Sumida, se trouvait un large terrain de 67.000 m² qui était l’ancien site d’une usine de vêtements de l’armée japonaise.

Mais en vue d’y faire construire des parcs, des bureaux et des écoles, l’usine avait été démollie pour être déplacée vers un autre lieu et le terrain, à l’exception d’une partie sur laquelle la construction d’un parc avait commencé, était vacant.

Au milieu des décombres et des flammes, le terrain apparut vite comme l’endroit idéal pour une évacuation d’urgence en attendant que les flammes s’estompent.

Le message passa vite entre les sinistrés qui se déplacèrent d’eux-mêmes ou aidés de la police et c’est ainsi qu’une importante foule de 40.000 personnes vint de toute part pour se rassembler sur le terrain.

La plupart apportèrent avec eux des chariots remplis d’articles ménagers et d’objets de valeur qu’ils avaient pu sauver des décombres et des flammes.

En s’entourant ainsi d’objets inflammables, les rescapés ne laissèrent aucune route d’évacuation possible.

Et quelques heures après leur arrivée, les flammes, qui avaient réussi à progresser de toute part jusqu’aux abords du terrain, vinrent faire peser l’inquiétude parmi eux.

Et l’indicible se produisit vers 16 heures lorsqu’une pluie d’étincelles s’abattit sur une partie des bagages.

Mur explicatif dans le musée de la tragédie du terrain vacant qui a fait 38000 victimes. A gauche, photo montrant le monticule de cendres.
Mur explicatif dans le musée de la tragédie du terrain vacant qui a fait 38000 victimes. A gauche, photo montrant le monticule de cendres.

Le feu avait finalement réussi à atteindre le camp des retranchés. Sans aucune issue ni possibilité d’échapper aux flammes ou de quitter les lieux, le piège se referma sur les malheureux qui ne pouvaient rien faire d’autre qu’attendre de périr dans la fureur des tempêtes de feu.

Au final, 38.000 personnes, soit 95 % de la foule qui était venue trouver refuge sur le terrain, périrent ce jour-là.

Au lendemain de la tragédie, une fois les incendies étouffés, ceux des Tokyoïtes qui avaient survécu au déchainement des éléments durent faire face à un autre spectacle terrifiant, celui d’un monticule de trois mètres de haut formé par les cendres et les os de ceux qui s’étaient faits engloutir par les flammes.

L’endroit fut constamment entouré de visiteurs venus offrir des prières à ceux de leurs compatriotes qui avaient péri au cours de l’une des plus terribles tragédies qu’ait connu Tokyo.

La création du Parc Yokoamicho

Dans les jours qui suivirent le tremblement de terre et en vue de rapidement couvrir l’ampleur de la catastrophe, le gouvernement japonais, appuyé par l’Empereur du Japon, adopta un plan de relance exceptionnel.

«The Imperial Edict on Reconstruction», qui avait pour but de rendre à Tokyo son statut de capitale nationale du Japon, vit ainsi le jour le 12 Septembre.

Et 85 jours après le séisme, après de multiples réajustements, un important plan de reconstruction fut établi et officiellement présenté le 24 Novembre.

Dans le projet, qui fut finalisé et définitivement approuvé un mois plus tard, il fut prévu la conversion des ruines d’une partie du terrain de la catastrophe en parc public.

Parallèlement, la construction dans ce parc d’un monument en mémoire des victimes du séisme fut aussi élaborée et appuyée par les donations de la famille impériale ainsi que celles de nombreux citoyens.

Pagode à l’arrière du monument. A noter la présence de statues de yokai sur le toit au-dessus de l’entrée
Pagode à l’arrière du monument. A noter la présence de statues de yokai sur le toit au-dessus de l’entrée

Un an plus tard, en décembre 1924, commença le concours pour la conception du Earthquake Memorial Hall avec 221 candidatures mais, à la suite d’un désaccord sur la première ébauche, Chuta Ito, alors reconnu comme une figure de proue de l’architecture japonaise (il avait terminé la conception du principal sanctuaire de Tokyo, Meiji-Jingu, quelques années auparavant) demanda une refonte et fut choisi pour concevoir les plans et la construction du hall commémoratif.

La première pierre fut posée en novembre 1927 et le Mémorial fut achevé le 1er septembre 1930, exactement sept ans après le tremblement de terre.

Ce même jour fut également ouvert le Parc de Yokoamicho qui, avec une superficie d’environ 20.000 m², occupe le tiers du terrain d’origine sur lequel a eu lieu l’événement tragique.

Fait principalement de béton armé à ossature d’acier, le hall commémoratif, bâtiment très imposant qui repose donc au centre du Parc de Yokoamicho, a été construit pour se souvenir de cette tragédie, prier pour la sécurité de la Nation et honorer les âmes des dizaines de milliers de disparus lors du Grand Tremblement de terre de 1923.

Une pagode de trois étages et de 41 mètres de haut fut également construite à l’arrière du Mémorial pour y conserver les cendres de 58.000 de ces victimes qui avaient été enterrées au lendemain de la catastrophe dans les parcs et jardins de la ville.

Un an plus tard, le 18 Août 1931, fut ouvert face au Mémorial le «Earthquake Reconstruction Memorial Hall» pour commémorer le projet de reconstruction qui avait émergé à la suite du Grand Tremblement de terre.

Du même architecte, il fut conçu dans un premier temps comme une annexe du temple dédié aux victimes pour exposer des biens retirés des cendres et des décombres.

Puis, face à une collection d’objets devenue trop importante et à la création d’une salle spéciale pour les exposer, le bâtiment devint un musée pour expliquer au public ce qui s’était passé à Tokyo et ses alentours (Yokohama fut également durement touchée) le 1er septembre 1923.

Si les photos prises dans les heures qui ont suivi la catastrophe constituent la partie la plus importante du musée avec des objets retirés des décombres, des instruments utilisés pour la correspondance, des installations préparées pour les secours médicaux, des enregistrements des travaux de sauvetage venu du monde entier, des données scientifiques sur le tremblement de terre ainsi que de nombreux matériaux montrant les travaux de construction pour reconstruire Tokyo sont également exposés.

Les plans de construction du Tokyo Memorial Hall font également partie des documents présentés.

A l’occasion des cérémonies des 10 mars et 1er Septembre, la pagode est ouverte pour permettre au public de se recueillir devant les urnes mortuaires.
A l’occasion des cérémonies des 10 mars et 1er Septembre, la pagode est ouverte pour permettre au public de se recueillir devant les urnes mortuaires.

D’autres monuments parcourent les 20.000 m2 du parc de Yokoamicho, des deux cotés du Mémorial. En souvenir des 5.000 enfants qui trouvèrent la mort lors du tremblement de terre, une statue fut érigée dans le parc à l’initiative des directeurs d’école de toute la ville.

Grâce aux dons qu’ils ont recueillis, la «Statue de l’Esprit» («The Statue of Spirit»), qui montre des enfants s’entraidant, a pu être réalisée et implantée dans le parc en 1931.

La statue visible actuellement n’est cependant pas l’originale. Celle-ci avait dû être retirée en 1944 pour l’exploitation de son métal face aux besoins de la guerre mais une réplique en fut réalisée en 1961 par les disciples de Ogura Ichirô, son sculpteur originel.

A proximité de la statue funéraire des enfants et aussitôt après l’entrée Sud du parc se trouve une cloche qui avait été offerte par une organisation bouddhiste chinoise.

Façonnée en Chine, son beffroi a, lui, été achevé sur place et elle fut présentée lors d’une cérémonie d’inauguration le 1er octobre 1930.

De l’autre côté, un monument en mémoire des victimes coréennes a été installé en septembre 1973, cinquante ans après la catastrophe.

En effet, au milieu de la panique générale causée par le tremblement de terre, des rumeurs, des spéculations et des fausses accusations avaient créé une hystérie de masse qui provoqua des massacres brutaux de nombreux Coréens qui vivaient à Tokyo.

A côté se trouve le monument érigé en l’honneur de Hidejiro Nagata, maire de Tokyo au moment des faits.

Et enfin, un magnifique jardin termine la présentation des lieux et amène encore plus un sentiment de paix et de sérénité lié au lieu.

Modelé selon les parcs qui avaient permis en 1923 à de nombreuses personnes de se mettre à l’abri des incendies, il renferme un ultime monument «The stone monument of the Great Kanto Earthquake and GreatTokyo Air Raid to Ishihara Cho et Midori Cho», en surplomb du petit étang.

Les raids aériens de la Deuxième Guerre mondiale

Quand le Japon entra dans la Seconde Guerre mondiale, dix-neuf ans s’étaient écoulés depuis le Grand Tremblement de terre et Tokyo avait retrouvé sa vitalité passée.

Si les conflits se soldèrent au début par des victoires pour les Japonais, la situation militaire sur le front de guerre, élargi de manière inattendue durant la Guerre du Pacifique, devint critique et exposa le territoire japonais et surtout sa capitale aux raids aériens.

Si l’on ne retient généralement de cette période que les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 Août 1945, l’ensemble du pays fut également touché par des bombardements aériens d’une amplitude inégalée.

Durant cette période et jusqu’à la capitulation du Japon le 15 août 1945, Tokyo n’essuya pas moins de 46 attaques aériennes.

L’«Opération Meetinghouse» se produisit dans la nuit du 9 au 10 mars 1945. Un déluge de bombes explosives et d’engins incendiaires s’abattit durant plusieurs heures sur le Nord et l’Est de Tokyo.

Tokyo, après les bombardements incendiaires, mars 1945
Tokyo, après les bombardements incendiaires, mars 1945

Plus de 40 kilomètres carrés, soit le tiers de la ville, furent dévastés par 180.000 bombes déversées par une large formation de 330 avions bombardiers B-29.

Après avoir vécu l’enfer en 1923, c’était un nouveau cauchemar que devaient affronter les habitants de Tokyo. Car le plus important bombardement de la Seconde Guerre mondiale fut aussi «l’un des raids aériens les plus meurtriers de tous les temps, surpassant Dresde, Hambourg et Nagasaki, d’une échelle comparable à Hiroshima, et certainement l’un des plus destructeurs» selon l’historien militaire et ancien pilote américain Kenneth P. Werrell.

La catastrophe laissa d’innombrables corps si gravement brûlés qu’on ne pouvait même pas dire s’ils étaient ceux d’hommes ou de femmes.

Les maisons étant encore pour leur majorité faites de bois, Tokyo fut de nouveau englouti dans une mer de feu et les dégâts matériels, tout comme les pertes humaines, furent terribles.Selon les chiffres officiels fournis par le musée, 260.000 maisons furent détruites cette nuit-là et 83.000 civils perdirent la vie, sans compter tous ceux qui furent blessés et/ou laissés sans ressources.

Intérieur du Memorial Hall. Après la cérémonie du 10 mars, le public vient prier devant l’autel
Intérieur du Memorial Hall. Après la cérémonie du 10 mars, le public vient prier devant l’autel

Les chiffres ne pourront jamais être connus avec précision mais les bombardements de Tokyo dans leur ensemble auraient provoqué la disparition de plus de 105.000 personnes.

Le Tokyo Memorial Hall fut miraculeusement épargné par les raids aériens de 1944 et 1945. Et en 1948, trois ans après la fin de la guerre, les cendres des corps non identifiés, qui furent dans un premier temps enterrés temporairement dans des parcs et autres locations de la ville, furent placées dans une tombe du Memorial Hall.

Celui-ci changea finalement de nom en 1951 et devint le «Tokyo Memorial Temple for Two Great Disasters» ou plus simplement «Tokyo Memorial Hall».

Le hall commémoratif honore donc depuis cette date la mémoire des Japonaises et des Japonais qui sont tombés lors du Grand Tremblement de terre de 1923 et lors des raids aériens de la Deuxième Guerre mondiale.

En tout, ce sont environ 200.000 personnes qui furent tuées par les feux de ces deux grands désastres, et les cendres d’environ 163.000 d’entre elles reposent à jamais au cœur de la pagode du Mémorial.

Des expositions liées aux dommages de guerre ont été ajoutées au Earthquake Reconstruction Memorial Hall sur son deuxième étage et le nom du musée a aussi été changé en «Tokyo Reconstruction Memorial Museum».

Façade du musée de la Reconstruction. L’entrée est protégée par 4 yokai sous le toit.
Façade du musée de la Reconstruction. L’entrée est protégée par 4 yokai sous le toit.

L’architecture exceptionnelle et les cérémonies de commémoration du Tokyo Memorial Hall

Parce que le Tokyo Memorial Hall est un bâtiment exceptionnel en plusieurs points, il faut d’abord savoir que Chuta Ito était passionné par le monde des yokai, ces créatures surnaturelles issues du folklore japonais.

Tableau le plus significatif du monument montrant les gens se faisant avaler par les tempêtes de feu.
Tableau le plus significatif du monument montrant les gens se faisant avaler par les tempêtes de feu.

Et afin de donner un aspect encore plus atypique, voire fantaisiste, à son hall commémoratif, il a intégré à l’architecture des représentations de yokai sur les toits et à d’autres endroits de l’édifice, tels les gargouilles de nos cathédrales.

Le plus commun a une apparence de simple oiseau et a reçu le surnom de Ray Ray mais on trouve également des sortes de dragons à plusieurs endroits (au-dessus de l’entrée du musée également).

Si l’extérieur fait penser à l’architecture de style religieux japonais traditionnel, avec notamment l’encensoir, le tronc pour les offrandes et les komainu (statues de créatures semblables à des lions qui sont placées de chaque côté de l’entrée), l’intérieur adopte un plan de type basilique, avec une nef et deux couloirs latéraux, des colonnes, un autel et plusieurs rangées de bancs sur lesquels les gens peuvent venir se recueillir à longueur d’année.

Le plan du Memorial ressemble d’ailleurs à une croix latine mais le Chemin de Croix est ici remplacé par des tableaux représentant le Tremblement de terre de 1923 sur la partie droite en entrant et par des photographies noir et blanc prises au lendemain de raids sur la gauche.

Si la plupart de ces photos montrent l’importance des dégâts matériels, d’autres affichent de façon cruelle les conséquences terribles des attaques aériennes sur la population tokyoïte.

Et comme dans tout édifice religieux, des bougies peuvent être allumées et installées face à l’autel.

D’une hauteur de vingt-et-un mètre, on ne peut qu’être frappé en entrant par la beauté du hall et de ses quelques détails, notamment le superbe plafond fait d’arabesques, des lustres en forme de fleurs de lotus et de son imposante porte en bronze.

Dès l’entrée, avant de commencer la visite des lieux, une vidéo présentant l’Histoire du bâtiment et des désastres tourne en boucle toutes les dix minutes, en japonais avec des sous-titres anglais.

Deux fois dans l’année, une cérémonie bouddhiste se tient dans le Mémorial, le 1er septembre pour les victimes du Grand Tremblement de terre de 1923 et le 10 mars pour celles des raids aériens.

Les prêtres récitent alors des sutras pour tous les disparus. Les portes de la pagode s’ouvrent à cette occasion, permettant aux personnes de se recueillir devant les rangées d’urnes funéraires.

Monument des victimes des raids aériens, ouvert lors des cérémonies de commémorations.
Monument des victimes des raids aériens, ouvert lors des cérémonies de commémorations.

De même, c’est seulement à l’occasion des cérémonies que le public a accès au monument de vingt mètres de long crée en mars 2001 entre le Memorial et le musée pour «commémorer les victimes des raids aériens de Tokyo et prier pour la paix», et au sommet duquel se trouve un admirable parterre de fleurs conçu par des élèves de Tokyo et changé pour chaque saison.

Le monument renferme les livres contenant la liste de 81 273 victimes des raids, avec nom, âge, date et lieu du décès. Si les photos sont autorisées à l’intérieur (comme dans le Hall et le musée), elles ne doivent en revanche servir qu’à un usage privé.

Enfin, le Tokyo Memorial Hall a subi de novembre 2013 à février 2016 des travaux de grande envergure afin de le remettre aux normes anti-sismiques.

Les murs extérieurs du toit ont été embellis et tout le vieux toit a été refait à cette occasion.

De même, la couche noire qui avait enveloppé au fil des ans le bâtiment a été nettoyée afin de lui rendre sa couleur blanche d’origine.

Un lieu peu connu des touristes

Le quartier dans lequel se trouve le parc Yokoamicho est très touristique avec pas moins de quatre destinations importantes à seulement quelques minutes à pied (Edo-Tokyo Museum, dont une petite partie appartenait d’ailleurs au terrain de la catastrophe en 1923, Ryogoku Kokugikan, l’arène de sumo avec son petit musée, les superbes jardins Kyu-Yasuda et le musée de l’épée japonaise), sans parler du quartier électronique Akihabara qui est à deux stations en train.

Malgré cela, le lieu n’est généralement pas mentionné dans les guides.

Le visiteur, probablement trop occupé par tout ce que Tokyo a à lui proposer en matière de divertissement, raterait pourtant ce site en tout point hors-du-commun.

La visite du Parc de Yokoamicho, très éloignée donc des standards touristiques classiques, se révèle être un détour incontournable lorsqu’on porte de l’intérêt aux bâtiments exceptionnels et/ou aux lieux historiques marqués par une identité et un passé très forts.

Le Tokyo Memorial Hall a lui seul mérite évidemment le détour pour sa symbolique, tout ce qu’il représente dans l’histoire de la ville et du pays entier et en tant que l’un des bâtiments représentatifs de l’œuvre de Chuta Ito.

S’imaginer l’horreur qui s’est passée ici et qui a frappé tant de monde tout en se promenant dans le parc paisible et en en admirant ses monuments relève du domaine de l’inconcevable.

De plus, la visite du musée, dont l’accès est gratuit, est très poignante et nous montre bien l’ampleur de la catastrophe.

Galerie ouverte d’objets ayant été endommagés par le Grand Tremblement de Terre du Kanto de 1923.
Galerie ouverte d’objets ayant été endommagés par le Grand Tremblement de Terre du Kanto de 1923.

Les photos et objets nous renvoient directement au cœur de celle-ci, tout comme ceux, aussi imposants qu’une carcasse de voiture ou des imprimantes calcinées, que l’on retrouve à l’extérieur le long de la façade du musée.

Véritables témoins du désastre et de la violence des éléments en ce jour du 1er septembre 1923, ils ont été exposés dans cette galerie ouverte «pour que les générations futures soient conscientes de cette tragédie et dans l’espoir qu’un tel désastre ne se répète plus jamais».

 

Pour plus de photos, vous pouvez aller sur l’album « Le parc Yokoamicho et le Tokyo Memorial Hall« .

Christian Jossalain

Résidant au Japon depuis 6 ans et admirateur de la culture japonaise sous de nombreux aspects, sa petite faiblesse pour les lieux chargés d’Histoire l’a amené à se rendre à plusieurs reprises sur ces sites pour en découvrir le terrible secret.

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