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Parasite in love de Kensaku Kakimoto
Parasite in love de Kensaku Kakimoto

Parasite in love

Entretien exclusif avec le réalisateur Kensaku Kakimoto

Kensaku Kakimoto s’est taillé une solide réputation dans le monde du clip vidéo (pubs, vidéos musicales), son nouveau film, Parasite in Love, sort en salles au Japon cette semaine, le vendredi 12 novembre. Basé sur le roman court du scénariste et mangaka Sugaru Miaki ‘Parasites amoureux’, il met en scène deux jeunes gens atteints de phobies rares et socialement invalidantes qui les rendent différents et vulnérables…

Kengo Kosaka souffre de mysophobie, une peur maladive de tout ce qui est germes, impuretés et saleté, de son côté Hijiri Sanagi voit sa vie rythmée par la scopophobie, la peur d’être scrutée et observée. Hautement improbable, leur rencontre va se faire par l’entremise d’un mystérieux personnage… et d’insectes manipulateurs?

Distribution: Kento Hayashi (Kengo Kosaka), Nana Komatsu (Hijiri Sanagi), Arata Iura (Izumi)

Interview de Kensaku Kakimoto

Q: Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la sortie du documentaire Light up Nippon (2011) et du film Ugly (2010, avec Yosuke Kubozuka), pourquoi une si longue pause?

Ce n’est pas tant que j’ai eu une période creuse, Parasite in Love est en fait ma première production majeure*. Je voulais faire des films et je me suis lancé dans la voie de la production vidéo et les films que j’ai réalisés jusqu’à présent étaient des oeuvres indés. Ma carrière a été consacrée à la réalisation de spots publicitaires et de clips musicaux. Ce film est ma toute première grande réalisation, et je pense avoir fait bon usage de l’expérience que j’ai acquise dans le domaine de la publicité et les clips.
*le film est distribué par Kadokawa Pictures

Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)
Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)

Q: Pourquoi avez-vous décidé d’adapter Parasite in Love et d’en faire un film ? D’après ce que j’ai lu dans d’autres interviews, les histoires d’amour ne vous sont pas familières, mais celle-ci est inhabituelle…

Je n’ai pas initié ce projet, c’est une proposition qu’on m’a faite, en tant que réalisateur. J’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose que j’avais tout simplement oublié car pour être honnête, les histoires d’amour sont un sujet que j’aborde rarement et il m’a fallu un certain temps pour retrouver ce qui relève du ‘sentiment de tomber amoureux’. Comme je suis enclin à travailler sur ce qui va dans le sens de mes propres centres d’intérêt j’ai vécu ça comme un vrai challenge.

Q: Avec les adaptations cinématographiques de manga ou de romans, les gens sont souvent pointilleux. Avez-vous trouvé un équilibre entre l’œuvre originale et votre vision des choses ?

Le roman original, comme vous pouvez le voir sur la couverture, s’inscrit dans un genre que je n’ai jamais abordé auparavant. Mettre dans le mille c’est vraiment une épreuve à surmonter, et je n’ai peut-être pas l’expérience nécessaire pour restituer mes sentiments en toute bonne foi. Alors, le grand défi a été de faire de ce film un film que moi seul pouvait faire, un film personnel. Et comme il y a beaucoup de fans du récit original, je me devais aussi de réfléchir à la manière de faire un film qu’ils pourraient apprécier.

Q: Vous avez deux jeunes comédiens populaires dans les rôles principaux. Connaissiez-vous leurs œuvres respectives ? Qu’est-ce qui vous a amené, vous et l’équipe de production, à choisir Kento Hayashi et Nana Komatsu ?

Ils sont incontestablement deux des meilleurs acteurs du Japon. Je ne crois pas que ce projet aurait été possible sans eux. Ils ont été extraordinaires et parce qu’ils étaient là ce n’est pas surprenant que le film ait pu se faire. Ce qui me faisait cruellement défaut, Kento-kun et Nana-chan l’ont compensé. L’image que j’ai d’eux est celle de stimulateurs cardiaques courant à mes côtés.

Pour être plus précis, cette histoire n’est pas celle d’une romance normale avec un déroulement habituel, car ils sont attirés l’un par l’autre pour une raison spécifique avant même de sortir ensemble. La chronologie, la séquence du temps, tout comme celle du cœur ne correspondent pas. C’est pourquoi il est difficile de trouver le bon équilibre entre leurs sentiments et la manière dont ils se connectent tout au long de l’histoire. Mais tous deux ont interprété cela avec beaucoup de finesse.

Je pense que cela aurait été plus facile pour les acteurs si nous avions pu filmer les scènes dans le bon ordre, afin qu’ils sachent comment traduire les plus subtiles variations de leurs sentiments, mais sur le plateau, l’ordre de l’histoire a été chamboulé, car nous avons filmé la première scène de leur rencontre après la dernière scène. Lorsque j’ai visionné le film terminé, j’ai été stupéfait de la façon dont tous deux ont réussi à faire le lien entre ces changements délicats de sentiments, d’émotions.

Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)
Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)

Q: Qu’est-ce qui vous a le plus plu ou impressionné?

Le plus compliqué dans cette histoire, c’est que l’esprit et le corps sont différents. Normalement, pour parvenir à une relation amoureuse, le cœur ne se met en mouvement qu’après une rencontre, un événement. Cependant, ici, le rapprochement des cœurs se fait par l’influence d’un insecte. Même s’il n’y a pas d’événement ou d’incident, l’influence de cet insecte les rapproche. Le public sera dérouté par cela. Je pense qu’il était vraiment difficile d’exprimer la progression des deux axes, l’esprit et le corps.

La scène du lac est très impressionnante! C’est une scène finale qui refuse la disparition de l’esprit plutôt que celle du corps. C’est la transmission d’un message essentiel pour le public, pour qu’il prenne conscience de ce qui est le plus important.

A première vue, dépeindre une histoire et représenter un moment dans le temps sont deux choses différentes, mais pour moi ce sont en fait les deux faces d’une même pièce. Il est très important d’avoir une idée claire de ce que vous privilégiez lorsque vous racontez une histoire, ceci est renforcé par les pensées et les sentiments primitifs que je mets dans mon travail photographique, pour représenter un moment dans le temps. Inclure et le temps qui passe et l’histoire dans un instant donne de la gravité à une photo.

J’ai le sentiment que ce va-et-vient entre l’instant et l’éternité est ce qui fait la force de mon travail.

Q: Des sites web comme FILMARKS ont déjà de bonnes critiques et le public semble être impressionné par les effets spéciaux CG (Computer Graphics). Est-ce l’une de vos armes secrètes ?

J’ai réfléchi à une forme d’expression que je serai seul à pouvoir utiliser pour rendre visible ce qui est invisible. J’ai pensé que c’était quelque chose que moi seul pouvait faire. Car concrètement, il y a ces problèmes de peur des germes et de la phobie d’être observé et tout ceci est d’ordre interne. La difficulté était de rendre cela tangible et de le partager avec le public.

Q: Un autre atout pour le film est le nombre impressionnant d’artistes* qui participent à la bande-son. Leur avez-vous attribué des scènes spécifiques sur lesquelles travailler ? (*liste complète en fin d’article)

Nous avons envisagé une toute nouvelle façon de faire de la musique de film. Treize artistes différents ont participé au projet et chaque artiste a relevé le défi que représentait chaque scène. J’ai demandé à chacun de créer un morceau de musique qui donnerait une vue d’ensemble sans être trop proche des personnages. Je crois que cette unité de vision donne un sentiment de cohérence aux 13 artistes qui ont pris part au projet.

Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)
Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)

Q: Le film a été bouclé avant que la pandémie ne frappe le Japon. Pourtant, le film traite de la difficulté de communiquer, de rencontrer l’autre et les personnages principaux portent parfois des masques… le public peut sûrement s’identifier à cette situation ?

Le masque est un symbole parmi d’autres. Je pense qu’il est important de voir comment nous pouvons nous mêmes changer et faire évoluer la société. Par exemple, si vous vous en prenez à quelqu’un sous prétexte que quelque chose n’est pas intéressant, qu’est-ce qui n’est pas intéressant exactement? Ce n’est pas intéressant de se croire meilleur que l’autre. Si quelque chose vous porte sur les nerfs, qu’est-ce qui vous porte vraiment sur le système ?

La manière dont une personne parle, la façon dont elle se comporte, la façon dont elle veut se montrer aux autres, c’est ça qui peut être agaçant. Ne pas pouvoir accepter que les idées de l’autre soient différentes des vôtres et ainsi de suite. Au bout du compte, tant que vous ne pouvez pas accepter les autres et que vous estimez que votre opinion est la meilleure, vous ne pouvez ni avancer ni reculer.

Dans de nombreux cas, l’idée ou l’opinion majoritaire est considérée comme étant la bonne dans ce monde. Mais si c’est cela la justice, alors les idées de ceux qui ont un pouvoir économique et une autorité écrasante sont justes. Je crois que les personnes les plus fortes sont celles qui peuvent comprendre les sentiments des plus faibles.

Mais plutôt que de décider simplement de l’avenir en se basant sur la majorité, comment faire avancer notre société en tenant compte des opinions des minorités et en transformant nos opinions et celles de beaucoup d’autres personnes? Je pense qu’il est important de prendre conscience que nous ne devons pas avoir peur du changement, ou, puisque nous allons changer de toute façon, comment pouvons-nous changer, en mieux? Je crois qu’il est important d’en être conscient.

Q: Votre expérience en tant que vidéaste vous a sûrement aidé pour le tournage et le montage, quel a été le défi pour ce long métrage ?

La capacité à capter l’attention des gens sur un court laps de temps est quelque chose que j’ai réussi à faire. Je crois que c’est également vrai pour la conception du film et les aspects visuels. Cependant, cette fois, je n’ai pas souhaité aller trop loin. Je ne voulais pas en faire un produit issu de l’égo du cinéaste. J’ai généralement tendance à essayer d’en faire trop pour que les choses semblent impeccables, le défi était donc d’éliminer cette tendance.

Q: Y a-t-il des réalisateurs étrangers ou japonais qui vous ont influencé ou donné envie de devenir réalisateur ?

J’adore le réalisateur Paul Thomas Anderson. Vraiment. C’est une assez longue histoire, je vais donc la réserver pour une autre fois. (sourires)

Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)
Scène du film: Hijiri et Kengo (Nana Komatsu et Kento Hayashi)

Q: Qu’en est-il des projets futurs ? « Ugly » a été tourné à Paris, y a-t-il une chance que vous fassiez un autre film en France un jour ?

Oui, j’aimerais y tourner. La France est un pays qui aime la lumière et nous autres cinéastes travaillons avec la lumière. Celle-ci est naturellement donnée à tout le monde de manière égale mais c’est nous qui « gérons » la lumière qui nous est donnée et cela s’accompagne d’une responsabilité. Que montrer …ou ne pas montrer, et comment le montrer? Incontestablement, nous percevons la lumière même dans l’obscurité, le cœur ressent et voit la lumière qui s’y trouve. C’est pourquoi travailler avec (et contrôler) la lumière est quelque chose de sacré, très sacré. Parce que ce n’est pas clairement visible c’est pur. Sois un chasseur de lumière, c’est ce que je me dis à moi-même.

*Treize artistes japonais et internationaux ont apporté leur contribution au soundtrack de Koi Mushi (tag en vogue pour le film). En voici la liste complète: Julia Shortreed, Tokyo Shiokoji, Sarah Hemi, Christian Fennesz, Shun Ishiwaka, Mirrror, Akeboshi, Hideaki Shirato, Meirin (Zombie Chang), Manami Kakudo, Cony Plankton, Black Boboi et Miyu Hosoi. Par ailleurs, la chanteuse et rappeuse Awich a écrit et interprète la chanson thème du film.

Remerciements à Kensaku Kakimoto pour cet entretien…

Bande annonce

BIOGRAPHIES

Kensaku Kakimoto
Kensaku Kakimoto

Kensaku Kakimoto est né le 9 décembre 1982 dans la préfecture de Kagawa. Passionné de cinéma et de photographie il s’installe à Tokyo l’année de ses 18 ans et très vite intègre différentes agences. Il fait la connaissance du réalisateur Hiroyuki Nakano avec lequel il travaille et s’associe quelque temps. Puis il se lance dans l’écriture et la mise en scène et dirige plusieurs productions indépendantes telles que Colors (2006), Ugly (2011) et le film documentaire Light Up Nippon (2012) consacré au terrible tsunami de mars 2011.

Mais c’est tout au long des années 2010 que le jeune metteur en scène mène une carrière très active en tant que photographe et vidéaste. Ses clips publicitaires, dynamiques et visuellement riches, font mouche et de nombreuses marques très célèbres (Toyota, Apple, Suntory, Panasonic, Lotte, Sony, Adidas, Nissan etc… plus de 40) font appel à ses services. Il en va de même dans le monde de la musique et il signe des clips pour The Radwimps, Mr Children, Vamps, Seikai No Owari, One OK Rock et bien d’autres. Expositions photos, récompenses et reconnaissance internationale, si le réalisateur reste relativement peu connu du ‘grand public’ il en va autrement dans la profession qui loue son style et son savoir faire.

Aux commandes du drama Seiten wo Tsuke (Reach Beyond the Blue Sky) de la NHK, Kensaku Kakimoto est très présent cette année. Avec l’exposition photo internationale Mizu no Hamon et la diffusion de son drama ‘Vision’ sur Line News, sa carrière prend un nouvel essor et la donne pourrait bien changer avec la sortie de ce Parasite in Love, distribué par la compagnie prestigieuse qu’est Kadokawa Pictures.

Liens Kensaku Kakimoto: Site OfficielFacebookTwitter

Scène du film: Hijiri (Nana Komatsu)
Scène du film: Hijiri (Nana Komatsu)

Nana Komatsu est née à Tokyo en 1996 et a grandi au pied du Mont Fuji, préfecture de Yamanashi. Elle débute très tôt dans le monde de l’entertainment puisque c’est à l’âge de 12 ans qu’elle se voit offrir son premier contrat pour l’Agence Stardust Promotion. Tout en poursuivant sa scolarité, c’est le week-end qu’elle se rend à Tokyo pour des sessions photos. On la voit alors dans des magazines destinées aux adolescentes mais elle apparaît également dans des clips musicaux pour Shiina Ringo et The Radwimps entre autres.

Deux événements majeurs viennent modifier la trajectoire de sa carrière. En 2014, le réalisateur Tetsuya Nakashima fait d’elle une actrice dans The World of Kanako, une farce sombre et nihiliste. L’année suivante elle devient Ambassadrice de Chanel. Depuis, elle mène de front une double carrière, au cinéma et dans le monde de la mode. Côté fashion son étoile brille bien au-delà du Japon et elle fait régulièrement les couvertures de magasines en Indonésie, au Vietnam, à Taiwan, en Corée du Sud ou même en Europe.

Adepte du long métrage, elle ne tourne pour ainsi dire jamais de drama ou de séries et a travaillé avec de nombreux réalisateurs: Martin Scorsese (Silence, 2016), Takahiro Miki (My Tomorrow-Your Yesterday, 2016), Akira Nagai (After the rain, 2018), le Britannique Bernard Rose (Samourai Marathon, 2019), Akihiko Shiota (Farewell Song, 2019), Takahisa Zeze (Ito, 2020) ou encore Edmund Yeo (Moonlight Shadow, 2021), une vingtaine de films et déjà un joli palmarès de récompenses et de nominations.

Passionnée de vintage, friande de voyages et photographe à ses heures, l’actrice est très peu présente sur la toile où elle se contente d’alimenter son unique compte officiel: Konichan7, sur Instagram, qui compte plus de 2,1 millions d’abonnés.

Scène du film: Kengo (Kento Hayashi)
Scène du film: Kengo (Kento Hayashi)

Kento Hayashi est né à Otsu, préfecture de Shiga, le 6 décembre 1990, ‘HayaKen’ comme le surnomme ses fans est un acteur bien connu au Japon avec plus d’une trentaine de films et au moins autant de drama et séries à son actif. C’est à l’âge de 15 ans, au cours d’un voyage scolaire, qu’il a été remarqué et démarché dans le quartier de Shibuya. Comme sa partenaire de Parasite in Love, il est représenté par l’agence Stardust Promotion.

Il décroche un premier rôle majeur dès ses débuts à l’écran dans Battery de Yojiro Takita en 2007, puis enchaîne rapidement avec une dizaine de films dont Dive (2008) et le mémorable Parade de Isao Yushida (2009). Côté drama il n’est pas en reste en étant à l’affiche d’à peu près autant de drama et téléfilms au cours de la période 2008-2012. Il semble s’éloigner un temps de l’univers des longs métrages car jusqu’en 2016 on le voit principalement dans des séries, la plus remarquable étant sans doute High and Low pour NTV en 2015.

Kento Hayashi revient en force à partir de 2016. Outre des rôles marquants dans Bitter Sweet (2016), Where I belong (2017) ou plus récemment Hold me Back (2020), aux côtés de Non/Rena Nounen, il se distingue dans des drama tels que Hibana pour Netflix et la NHK (2016) ou encore Ossan’s Love (2018)

Fan de baseball, guitariste et passionné de calligraphie, Kento Hayashi est un jeune homme très discret, concentré sur sa carrière à l’écran. Lien Kento Hayashi: Site Officiel

Mise en page: Blog Fascinant Japon – Article écrit et interview réalisée par Nill Newt, blogmestre de «Nana Komatsu Films»

Photos © courtesy of Kadokawa Pictures

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