Illustration réaliste de la bataille de Midway en 1942 montrant un porte-avions japonais en feu après une attaque aérienne américaine avec des avions de chasse et des explosions en mer.

La bataille de Midway: le tournant décisif de la guerre du Pacifique

Dans les annales de l'histoire militaire maritime, rares sont les batailles qui peuvent prétendre avoir, à elles seules, renversé le cours d'un conflit mondial. La bataille de Midway, livrée du 4 au 7 juin 1942, appartient indiscutablement à cette catégorie d'événements extraordinaires.

En l'espace de quelques heures d'un combat acharné, la marine impériale japonaise, jusqu'alors invincible depuis Pearl Harbor, allait perdre l'initiative stratégique qu'elle ne recouvrerait jamais.

L'atoll de Midway, minuscule chapelet d'îlots coralliens situé à environ 2.100 kilomètres au nord-ouest d'Honolulu, ne représentait en apparence qu'un avant-poste isolé dans l'immensité du Pacifique. Pourtant, sa position géographique lui conférait une importance stratégique considérable: il constituait la sentinelle avancée de Hawaï et, par extension, de la côte ouest américaine.

Pour le Japon, s'emparer de Midway signifiait établir un périmètre défensif élargi et potentiellement menacer directement le territoire américain. Pour les États-Unis, le perdre aurait représenté un désastre aux conséquences incalculables.

Cette bataille demeure un exemple saisissant de la manière dont le renseignement, l'audace tactique et parfois la simple chance peuvent conjuguer leurs effets pour produire une victoire que les contemporains eux-mêmes qualifièrent d'«incroyable».

Contexte et origines: l'ombre de Pearl Harbor

La situation stratégique au printemps 1942

Six mois après l'attaque dévastatrice sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la situation dans le Pacifique apparaissait singulièrement sombre pour les Alliés. L'Empire du Soleil Levant avait conquis avec une rapidité foudroyante un vaste empire colonial s'étendant des Philippines aux Indes néerlandaises, de Hong Kong à la Birmanie.

La forteresse de Singapour, réputée imprenable, était tombée en février 1942, infligeant à l'Empire britannique sa plus humiliante défaite. Les forces japonaises semblaient partout triomphantes, et leur expansion ne connaissait apparemment aucune limite.

Cependant, la bataille de la mer de Corail, livrée les 4 et 8 mai 1942, avait apporté un premier coup d'arrêt à cette avancée irrésistible. Bien que tactiquement indécise, les Américains ayant perdu le porte-avions Lexington tandis que les Japonais voyaient le Shōkaku gravement endommagé et le Zuikaku privé de la majeure partie de ses groupes aériens, cette confrontation revêtait une importance stratégique majeure: pour la première fois, une offensive amphibie japonaise était repoussée. Port Moresby, en Nouvelle-Guinée, échappait à l'envahisseur.

Portrait colorisé de l'amiral japonais Isoroku Yamamoto en uniforme de gala avec ses médailles militaires, commandant en chef de la Flotte combinée pendant la Seconde Guerre mondiale.
L'amiral Isoroku Yamamoto (1884-1943), stratège principal de l'attaque de Pearl Harbor et figure emblématique de la Marine impériale japonaise.

La vision de l'amiral Yamamoto

L'amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la Flotte combinée japonaise et architecte de l'attaque sur Pearl Harbor, demeurait hanté par une préoccupation obsédante: la guerre devait être gagnée rapidement, avant que l'immense potentiel industriel américain ne puisse être pleinement mobilisé.

Yamamoto, qui avait étudié à Harvard et servi comme attaché naval à Washington, connaissait intimement la puissance latente des États-Unis. Il avait d'ailleurs confié à ses supérieurs que le Japon ne pouvait espérer «courir furieusement» que pendant six mois à un an, après quoi les perspectives deviendraient sombres.

L'échec de Pearl Harbor à détruire les porte-avions américains, absents par chance du port ce dimanche fatidique, tourmentait l'amiral. Ces navires représentaient désormais la principale menace pour les ambitions japonaises.

Le raid de Doolittle du 18 avril 1942, au cours duquel des bombardiers B-25 décollés du porte-avions Hornet avaient frappé Tokyo, avait cruellement démontré cette vulnérabilité.

Le plan de Yamamoto visait donc un double objectif: s'emparer de Midway pour étendre le périmètre défensif japonais et, surtout, attirer les derniers porte-avions américains dans un piège où ils seraient anéantis par la supériorité écrasante de la Kidō Butai, la redoutable force de frappe aéronavale japonaise.

La guerre du renseignement: le secret de la station Hypo

Joseph Rochefort et les casseurs de codes

Si Midway constitue une victoire éclatante, elle fut avant tout un triomphe du renseignement. Dans les sous-sols d'un bâtiment administratif de Pearl Harbor, une équipe d'analystes et de cryptographes travaillait dans des conditions spartiates mais avec une détermination acharnée.

Cette unité, connue sous le nom de code «Station Hypo» et officiellement désignée comme le Combat Intelligence Unit, était dirigée par le lieutenant-commander Joseph Rochefort, un officier aussi brillant qu'excentrique, célèbre pour travailler en peignoir et pantoufles.


takeda-shingen-sp.jpg

Depuis des mois, Rochefort et son équipe s'acharnaient sur le code naval japonais JN-25. Bien que ce code n'ait jamais été entièrement percé, les cryptanalystes américains parvenaient à en extraire suffisamment d'informations pour reconstituer les grandes lignes des intentions ennemies.

A la mi-mai 1942, Rochefort acquit la conviction qu'une offensive majeure se préparait contre un objectif désigné dans les messages interceptés par le digramme «AF».

Le stratagème du «AF»

Rochefort soupçonnait que «AF» désignait Midway, mais cette hypothèse était contestée par d'autres services de renseignement, notamment l'OP-20-G à Washington, qui penchaient pour les Aléoutiennes, voire la côte ouest américaine. Pour trancher définitivement la question, Rochefort imagina un stratagème d'une élégante simplicité.

Sur sa suggestion, la garnison de Midway fut instruite d'émettre en clair, par radio, un message signalant une panne de son système de dessalement d'eau douce. Deux jours plus tard, les services d'écoute américains interceptaient un message japonais indiquant que «AF» connaissait des problèmes d'approvisionnement en eau. La preuve était faite: Midway était bel et bien l'objectif.

Portrait officiel en gros plan de l'amiral de la flotte Chester W. Nimitz en uniforme de la marine américaine avec ses décorations militaires.
L'amiral Chester W. Nimitz, stratège clé de la marine des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale.

Fort de cette information capitale, l'amiral Chester W. Nimitz, commandant en chef de la flotte du Pacifique, put préparer son embuscade. Pour la première fois dans l'histoire, une force navale allait pouvoir se positionner à l'avance sur le lieu exact d'une bataille majeure, avec une connaissance précise des forces ennemies et de leurs intentions.

Forces en présence: David contre Goliath

La Kidō Butai: le fer de lance japonais

La force japonaise engagée à Midway était formidable. Le vice-amiral Chūichi Nagumo commandait la Kidō Butai, cette même force aéronavale qui avait ravagé Pearl Harbor. Elle comprenait quatre grands porte-avions de première ligne:

Chasseur japonais Mitsubishi A6M Zero décollant du pont d'un porte-avions pendant la Seconde Guerre mondiale, vue arrière montrant les marquages rouges et le train d'atterrissage.
Un Mitsubishi A6M2 "Zero" (code AI-101) s'élance depuis le pont d'envol d'un porte-avions de la Marine impériale japonaise, illustrant la puissance aéronavale de l'époque.

Ces quatre porte-avions embarquaient collectivement plus de 250 appareils, pilotés par l'élite de l'aéronavale japonaise, des vétérans aguerris par des mois de combats victorieux en Chine, à Pearl Harbor, dans les Indes néerlandaises et dans l'océan Indien.

Leurs chasseurs Mitsubishi A6M «Zero» dominaient le ciel du Pacifique, et leurs pilotes de bombardiers en piqué Aichi D3A «Val» et de bombardiers-torpilleurs Nakajima B5N «Kate» comptaient parmi les plus expérimentés au monde.

La force de Nagumo était soutenue par deux cuirassés, trois croiseurs lourds et une dizaine de destroyers. En outre, le plan de Yamamoto prévoyait le déploiement d'une force d'invasion avec ses transports de troupes, ainsi qu'une diversion contre les îles Aléoutiennes destinée à disperser les forces américaines.

Les Task Forces américaines: une défense désespérée

Face à cette armada, les Américains ne pouvaient aligner que des forces bien plus modestes. L'amiral Nimitz disposait de trois porte-avions, mais l'un d'entre eux, le Yorktown, avait été sévèrement endommagé lors de la bataille de la mer de Corail.

Les chantiers navals de Pearl Harbor accomplirent alors un véritable prodige: en 72 heures de travail acharné, jour et nuit, ils remirent le navire en état de prendre la mer, alors que les estimations initiales prévoyaient trois mois de réparations.

La Task Force 16, commandée par le contre-amiral Raymond A. Spruance, comprenait les porte-avions Enterprise et Hornet. La Task Force 17, sous les ordres du contre-amiral Frank Jack Fletcher, était articulée autour du Yorktown, fraîchement réparé. Au total, les Américains alignaient environ 230 appareils embarqués, auxquels s'ajoutaient les défenses aériennes basées à Midway elle-même.

Portrait en gros plan de l'amiral Raymond A. Spruance en uniforme de la marine américaine avec quatre étoiles sur le col, posant devant une carte maritime historique.
L'amiral Raymond A. Spruance, stratège clé des batailles de Midway et de la mer des Philippines, représenté ici dans son uniforme officiel de la marine des États-Unis.

Le choix de Spruance pour commander la TF 16 était lui-même révélateur des circonstances exceptionnelles de cette bataille. Le vice-amiral William Halsey, commandant naturel de cette force, avait dû être hospitalisé pour une grave dermatite. Spruance, officier de surface sans expérience de l'aéronavale, se vit confier le commandement sur la recommandation personnelle de Halsey. Ce choix s'avérerait providentiel.

Le déroulement de la bataille: chronique d'un renversement

Vue aérienne satellite de l'atoll de Midway montrant Sand Island, Eastern Island et Spit Island avec leurs superficies respectives pour illustrer le théâtre de la bataille de Midway en 1942.
L'atoll de Midway: une vue satellite détaillant Sand Island (1117 acres) et Eastern Island (366 acres), les deux îles stratégiques qui furent au cœur des affrontements aéronavals entre les États-Unis et le Japon en juin 1942.

Les premières escarmouches, 3 juin 1942

Le premier contact eut lieu le 3 juin 1942, lorsqu'un hydravion de reconnaissance PBY Catalina repéra les transports de la force d'invasion japonaise à environ 700 miles à l'ouest de Midway. Des bombardiers B-17 Flying Fortress basés sur l'atoll tentèrent une attaque à haute altitude, mais sans résultat notable. Pendant la nuit, des PBY équipés de torpilles parvinrent à toucher un pétrolier japonais, sans toutefois le couler.

Ces premiers engagements, bien que sans conséquence tactique majeure, confirmaient aux commandants américains que l'attaque prévue était bien imminente.


hirondelle-tsubame-sp.jpg

La matinée fatidique, 4 juin 1942

A 4 h 30 du matin, le vice-amiral Nagumo lança une première vague de 108 appareils contre les installations de Midway. Simultanément, il fit préparer une seconde vague, armée de torpilles et de bombes perforantes, destinée à frapper tout navire américain qui se manifesterait. Le chef de cette frappe, le lieutenant Joichi Tomonaga, signala par radio que les défenses de Midway nécessitaient un second bombardement.

Cette information plaça Nagumo face à un dilemme crucial. Ses avions de réserve étaient armés de torpilles pour une frappe anti-navires, mais aucun navire ennemi n'avait été signalé. A 7 h 15, il ordonna de réarmer ces appareils avec des bombes conventionnelles pour un second assaut sur Midway.

C'est alors que les choses commencèrent à se compliquer pour les Japonais. A 7 h 28, un hydravion de reconnaissance signala enfin la présence de navires américains. Nagumo suspendit immédiatement l'ordre de réarmement et demanda des précisions. A 8 h 20, le rapport tant redouté arriva: l'ennemi comprenait «ce qui semble être un porte-avions».

Le sacrifice des bombardiers-torpilleurs

Pendant ce temps, les porte-avions américains avaient lancé leurs appareils. L'amiral Spruance, sur les conseils de son chef d'état-major, le capitaine Miles Browning, avait pris une décision audacieuse: lancer ses avions à la distance maximale, avant même que la position exacte des Japonais ne soit confirmée, pour les surprendre pendant la phase vulnérable du réarmement.

Trois avions bombardiers-torpilleurs Douglas TBD-1 Devastator de l'US Navy volant en formation au-dessus d'un paysage côtier.
Une escadrille de Douglas TBD Devastator arborant les couleurs historiques de l'entre-deux-guerres, avec leurs empennages jaunes distinctifs et fuselages argentés.

Les premiers à atteindre la flotte japonaise furent les bombardiers-torpilleurs Douglas TBD Devastator. Ces appareils obsolètes, lents et vulnérables, devaient attaquer à basse altitude et en ligne droite, les conditions idéales pour être abattus. L'escadron VT-8 du Hornet, mené par le lieutenant-commander John C. Waldron, attaqua le premier, sans escorte de chasseurs.

Le résultat fut un massacre. Les Zeros de la couverture aérienne japonaise et les batteries antiaériennes des navires firent un carnage. Sur les 15 Devastator du VT-8, aucun ne survécut. Un seul homme, l'enseigne George Gay, échappa à la mort en se cachant sous un coussin de siège flottant. Les escadrons VT-6 de l'Enterprise et VT-3 du Yorktown subirent un sort à peine moins terrible: sur 41 appareils engagés, seuls six revinrent.

Aucune de leurs torpilles n'atteignit sa cible. Le sacrifice semblait avoir été vain.

Les Dauntless arrivent!

Ce sacrifice héroïque allait s'avérer décisif. En attaquant à basse altitude, les Devastator avaient attiré vers le niveau de la mer toute la couverture de chasseurs japonaise. Les Zeros, qui devaient remonter à haute altitude pour intercepter une nouvelle menace, se trouvaient hors de position au moment crucial.

A 10 h 22, les bombardiers en piqué Douglas SBD Dauntless des escadrons VS-6 et VB-6 de l'Enterprise, menés par le lieutenant-commander Wade McClusky, surgirent des nuages à haute altitude. Presque simultanément, le VB-3 du Yorktown, sous les ordres du lieutenant-commander Maxwell Leslie, arrivait d'une autre direction.

Vue aérienne du porte-avions japonais Soryu effectuant une manœuvre d'évitement sous les bombes américaines lors de la bataille de Midway en 1942.
Le porte-avions Soryu de la Marine impériale japonaise tente désespérément d'échapper aux attaques des bombardiers en piqué de l'US Navy le 4 juin 1942. On aperçoit distinctement le sillage blanc de sa manœuvre circulaire et l'impact d'une bombe manquée à proximité de la coque.

L'Akagi fut touché par deux bombes qui déclenchèrent une réaction en chaîne parmi les munitions et le carburant répandus sur le pont. Le Kaga reçut au moins quatre coups directs et se transforma en brasier infernal. Le Sōryū fut frappé par trois bombes du VB-3, provoquant des explosions secondaires dévastatrices. En quelques minutes, trois des quatre piliers de la Kidō Butai n'étaient plus que des épaves en flammes.

La riposte du Hiryū et la perte du Yorktown

Le Hiryū, navigant à l'écart du reste de la formation, avait échappé au massacre initial. Le contre-amiral Tamon Yamaguchi, considéré comme l'un des officiers les plus brillants de la marine japonaise, organisa immédiatement une contre-attaque.

A 10 h 54, une première vague de 18 bombardiers Val escortés de Zeros prit son envol. Malgré de lourdes pertes infligées par la chasse américaine, plusieurs appareils parvinrent à frapper le Yorktown. Trois bombes atteignirent le porte-avions, provoquant des incendies et l'arrêt des chaudières.

Porte-avions USS Yorktown (CV-5) sous le feu des attaques japonaises lors de la bataille de Midway en 1942, avec explosions de DCA et panaches de fumée noire dans le ciel.
L'USS Yorktown (CV-5) luttant pour sa survie sous les assauts de l'aviation japonaise le 4 juin 1942 lors de la bataille de Midway. Cette photographie illustre l'intensité des combats aéronavals qui ont marqué le tournant de la guerre dans le Pacifique.

L'équipage du Yorktown accomplit des prodiges pour maîtriser les dégâts. Le navire reprit sa route et lança même des chasseurs. Mais à 14 h 45, une seconde vague japonaise, composée cette fois de bombardiers-torpilleurs Kate, acheva le travail. Deux torpilles frappèrent le porte-avions, qui prit une gîte de 26 degrés. L'ordre d'abandon fut donné à 15 heures.

La vengeance américaine ne se fit pas attendre. A 17 heures, 24 Dauntless de l'Enterprise localisèrent le Hiryū et lui infligèrent quatre coups directs. Le dernier porte-avions de Nagumo rejoignit ses compagnons d'infortune dans les flammes.

Issue et conséquences immédiates

Le bilan des pertes

Le matin du 5 juin, l'amiral Yamamoto, depuis son cuirassé amiral Yamato situé à des centaines de milles en arrière, dut se résoudre à ordonner la retraite générale. Les combats se poursuivirent néanmoins jusqu'au 7 juin, avec notamment l'attaque américaine contre les croiseurs Mikuma et Mogami, endommagés lors d'une collision nocturne.


honneur-soleil-levant-sp.jpg

Croiseur lourd japonais Mikuma en feu et gravement endommagé après des attaques aériennes américaines lors de la bataille de Midway en juin 1942.
Le Mikuma, croiseur lourd de la Marine impériale japonaise, photographié le 6 juin 1942 peu avant de sombrer, témoignant de la violence des combats aéronavals de la bataille de Midway.

Le bilan final était accablant pour le Japon:

  • Quatre porte-avions coulés: Akagi, Kaga, Sōryū et Hiryū
  • Un croiseur lourd coulé: Mikuma
  • Plus de 3.000 morts, dont environ 110 pilotes irremplaçables
  • 292 appareils détruits

Les pertes américaines, bien que douloureuses, étaient sans commune mesure:

  • Un porte-avions coulé: Yorktown (achevé le 7 juin par un sous-marin japonais)
  • Un destroyer coulé: Hammann
  • 307 morts
  • 150 appareils détruits

Une défaite dont le Japon ne se releva jamais

Les chiffres bruts ne rendent pas pleinement justice à l'ampleur de la catastrophe japonaise. Les quatre porte-avions perdus représentaient le cœur de la puissance de frappe aéronavale nippone. Plus grave encore, les pilotes et équipages expérimentés tués à Midway étaient littéralement irremplaçables.

Le système de formation japonais, contrairement à son équivalent américain, ne prévoyait pas de rotation permettant aux vétérans de transmettre leur expérience. Les as survivants continuaient à voler jusqu'à leur mort, emportant leur savoir-faire avec eux.

Après Midway, le Japon passa définitivement sur la défensive dans le Pacifique. Jamais plus la marine impériale ne serait en mesure de monter une offensive comparable.

Analyse historique et postérité

L'impact sur la suite de la guerre

La victoire de Midway permit aux Américains de prendre l'initiative stratégique. Deux mois plus tard, en août 1942, les Marines débarquaient à Guadalcanal, ouvrant une campagne épuisante qui achèverait de saigner à blanc l'aviation japonaise. La stratégie du «saute-mouton» (island-hopping) allait progressivement rapprocher les forces américaines du Japon métropolitain.

Les conséquences psychologiques furent également considérables. Pour la première fois, le mythe de l'invincibilité japonaise était brisé. A Tokyo, les autorités tentèrent de dissimuler l'ampleur du désastre à leur propre population.

Les survivants des porte-avions coulés furent isolés et soumis au secret. Mais la vérité finit par filtrer, sapant progressivement le moral national.

Les leçons tactiques

Midway confirma de manière éclatante la prééminence du porte-avions sur le cuirassé comme maître des océans. Les dreadnoughts géants de Yamamoto, dont le Yamato lui-même, n'avaient joué aucun rôle dans la bataille. L'ère des batailles navales classiques, canonnade contre canonnade, était définitivement révolue.

La bataille souligna également l'importance capitale du renseignement. Sans le travail de la Station Hypo, Nimitz aurait navigué à l'aveugle, et l'issue aurait probablement été radicalement différente. La cryptanalyse venait de démontrer qu'elle pouvait, à elle seule, renverser le rapport de forces.

Enfin, Midway illustra le rôle que peut jouer le hasard dans la guerre. Si les Dauntless étaient arrivés quelques minutes plus tôt ou plus tard, si McClusky n'avait pas aperçu le sillage d'un destroyer japonais qui le guida vers la flotte ennemie, l'histoire aurait pu s'écrire différemment.

L'héroïsme et la chance

La bataille de Midway demeure, huit décennies plus tard, un objet de fascination pour les historiens militaires et le grand public. Elle incarne cette vérité paradoxale de la guerre: les victoires les plus décisives naissent souvent de la convergence improbable du courage, de l'intelligence et de la chance.

Le courage, ce fut celui des pilotes du VT-8, qui savaient qu'ils allaient probablement mourir mais attaquèrent néanmoins. L'intelligence, ce fut celle de Rochefort et de ses cryptanalystes, travaillant dans l'ombre pour percer les secrets de l'ennemi. Et la chance? Elle fut présente à chaque instant, depuis les porte-avions absents de Pearl Harbor jusqu'aux nuages qui dissimulèrent les Dauntless.

L'amiral Nimitz lui-même résuma peut-être le mieux cette victoire «incroyable» en déclarant qu'elle avait été remportée par «des hommes à qui l'on avait dit qu'il était impossible de l'emporter». A Midway, l'impossible était devenu réalité.

FAQ: questions fréquentes sur la bataille de Midway

Le Yorktown avait été gravement endommagé lors de la bataille de la mer de Corail, et les estimations initiales prévoyaient trois mois de réparations. Cependant, l'amiral Nimitz, sachant que chaque porte-avions serait crucial pour la bataille à venir, ordonna des réparations d'urgence. Les ouvriers des chantiers navals de Pearl Harbor travaillèrent 24 heures sur 24 pendant trois jours, accomplissant un véritable prodige technique. Le porte-avions put appareiller le 30 mai, à peine opérationnel mais néanmoins capable de combattre.


oda-nobunaga-sp.jpg

Les bombardiers B-17 Flying Fortress basés à Midway effectuèrent plusieurs raids à haute altitude contre la flotte japonaise. Malgré les affirmations optimistes de leurs équipages, leurs résultats furent pratiquement nuls. Le bombardement à haute altitude contre des navires manœuvrant s'avéra extrêmement imprécis. Les B-17 ne marquèrent aucun coup direct sur les porte-avions japonais. Leur contribution principale fut de maintenir la pression sur l'ennemi et de fournir des renseignements sur ses mouvements.

Plusieurs facteurs se conjuguèrent:

  • La supériorité du renseignement américain permit à Nimitz de tendre une embuscade.
  • Le plan de Yamamoto était trop complexe et dispersait ses forces.
  • Nagumo commit l'erreur fatale d'ordonner le réarmement de ses avions au moment critique.

Environ 110 aviateurs japonais expérimentés furent tués à Midway, ce qui représentait une perte irréparable. Contrairement aux Américains, les Japonais ne disposaient pas d'un système efficace de rotation et de formation permettant de former rapidement de nouveaux pilotes. La perte de ces vétérans, combinée à celles des batailles suivantes, conduisit à une dégradation progressive de la qualité de l'aéronavale japonaise.

Si les Japonais avaient détruit les porte-avions américains et capturé Midway, ils auraient établi une position avancée menaçant directement Hawaï. Les États-Unis auraient dû reporter leurs offensives de plusieurs mois, voire d'un an ou plus, le temps de construire de nouveaux porte-avions. Cependant, la supériorité industrielle américaine aurait fini par s'imposer. La victoire japonaise à Midway aurait prolongé la guerre, mais ne l'aurait probablement pas gagnée.

Le plan de Yamamoto prévoyait que ses cuirassés, dont le gigantesque Yamato, naviguent plusieurs centaines de milles en arrière de la force de porte-avions. Cette disposition visait à protéger ces précieuses unités tout en permettant une intervention décisive une fois les porte-avions américains détruits. Cependant, cette dispersion des forces signifiait aussi que les cuirassés ne pouvaient intervenir rapidement en cas de problème, ce qui fut précisément le cas.

Oui. Le 6 juin, alors que le Yorktown abandonné était remorqué vers Pearl Harbor, le sous-marin japonais I-168 parvint à s'infiltrer dans l'écran de protection. Il lança quatre torpilles, dont deux frappèrent le Yorktown et une le destroyer Hammann qui coula rapidement. Le Yorktown sombra le lendemain matin. Ce fut la seule «victoire» japonaise significative de toute la bataille.

L'amiral Nagumo fut relevé de son commandement de la Kidō Butai mais continua à servir. Il se suicida à Saipan en juillet 1944. Yamamoto fut tué en avril 1943 lorsque son avion fut abattu par des chasseurs américains, une opération rendue possible, là encore, par la cryptanalyse. Côté américain, Spruance poursuivit une carrière brillante et commanda lors de la bataille de la mer des Philippines en 1944.

Le film avec Charlton Heston et Henry Fonda captura raisonnablement l'atmosphère et les grandes lignes de la bataille, mais prit des libertés significatives avec certains détails. Plus récemment, le film de Roland Emmerich en 2019 offrit une reconstitution plus spectaculaire mais également romancée. Pour une compréhension rigoureuse, les ouvrages historiques restent préférables.

Les épaves des porte-avions japonais reposent par plus de 5.000 mètres de fond et ont été localisées par des expéditions océanographiques, notamment celle de Robert Ballard en 1998 (qui découvrit le Yorktown) et plus récemment par le navire de recherche Petrel en 2019, qui identifia les quatre porte-avions japonais. L'atoll de Midway lui-même est aujourd'hui une réserve naturelle nationale, ouverte à des visites limitées.

Sources

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *