«Makoto!» – Shinsengumi: le corps d’élite du shōgun

Auberge Ikeda’ya, Kyōto, 8 juillet 1864

À deux pas de la rivière Kamo, non loin du palais impérial, une trentaine d’hommes en tenues d’été boivent à profusion et parlent bruyamment dans une salle privatisée à l’étage d’une auberge.

Une patrouille de dix samouraïs, revêtus de cottes de mailles, casques, gantelets et armés de sabres et de lances, fait irruption dans l’auberge.

Le patron de l’établissement se rue immédiatement dans l’escalier en hurlant. Alors que six hommes restent en bas et se disposent pour cerner le bâtiment, les quatre autres samouraïs se précipitent à la suite du tenancier.

Le chef de la troupe, Kondō Isami fait ses sommations à des hommes médusés, sans doute un peu étourdis par l’ivresse, mais qui ont toutefois dégainés leurs sabres par réflexe.

Après un court instant de flottement, un des clients de l’auberge charge les intrus. Le milicien Okita Sōji s’avance d’un pas et le tue d’un unique et fulgurant coup de sabre.

Le sang n’a pas atteint le sol que déjà tous les autres clients fuient en tous sens ou se ruent à l’assaut des miliciens en armure. Rapidement, une seconde patrouille de dix guerriers arrive en renfort.

Pendant deux heures d’un âpre combat, les sabres fuseront dans l’auberge, le sang giclera du sol au plafond dans des cris assourdissants. Plusieurs hommes blessés par la milice et ne pouvant fuir l’auberge, maintenant encerclée par les hommes du fief d’Aizu, se donnent la mort par éventration, pratiquant ainsi le tristement célèbre seppuku.

Quand les sabres ébréchés arrêtent de s’entrechoquer et que le silence retombe enfin, l’auberge est le siège d’une abominable scène qui déborde dans les rues alentours: des armes brisées, des flaques de sang au sol et des éclaboussures sur les murs et les plafonds, des pieds, jambes, bras ou morceaux de chairs qui traînent au sol.

L’affaire Ikeda’ya (ou Ikeda’ya jiken) s’avère être la victoire la plus décisive du Shinsengumi, une milice à la solde du shōgun Tokugawa, dans sa lutte contre les Ishin shishi, un groupe impérialiste et anti-shogounat.

Les épées de Kondō Isami et d'autres membres du Shinsengumi sont exposés dans le restaurant Ikedaya Hana no Mai à Kyoto

Les épées de Kondō Isami et d’autres membres du Shinsengumi sont exposés dans le restaurant Ikedaya Hana no Mai à Kyoto

Le contexte

L’arrivée du Commodore Perry en baie d’Edo en 1853 révèle subitement la supériorité technologique et militaire de l’occident tout comme l’impuissance du shogounat.

Elle contribue ainsi à remettre en cause la légitimité du régime et initie la période dite du bakumatsu (1853-1868).

Deux politiques vont s’opposer ouvertement: le Kaikoku («ouvrir le pays») soutenue par le shogounat et le Jōi («expulser les barbares») soutenue par la plupart des samouraïs et dont les chefs de files sont le fief de Mito et les grands fiefs du sud-ouest que sont Satsuma, Chōshū et Tosa.

Hormis Mito, fidèle aux Tokugawa, ces fiefs évolueront plus ou moins rapidement vers le Sonnō jōi («fidélité à l’empereur et expulsion des barbares»).

Des samouraïs loyalistes à l’empereur xénophobe Kōmei, aussi appelés impérialistes, doutent de la capacité du bakufu à défendre le Japon contre les occidentaux et quittent leur fief pour rejoindre un des mouvements révolutionnaires à Kyōto.

Ils le font avec ou sans l’accord de leur seigneur, au risque d’encourir la condamnation à mort pour fuite illégale du fief.

Ils se livrent à la terreur, transformant les rues de la capitale en un bain de sang. Ces shishi («hommes de hautes aspirations») sont pour l’extrême majorité des rōnin car quand bien même ils ont l’accord de leur seigneur, ils quittent son service pour ne pas lui attirer d’ennui vis-à-vis du shogounat.

Les assassinats de membres du bakufu ou de personnes favorables à l’ouverture du pays deviennent quotidiens.

Les loyalistes décapitent leurs victimes au cri de «tenchū!» («vengeance divine») puis fichent les têtes sur des piques de bambou pour les exposer le long de la rivière Kamo près du Pont Sanjō.

Affiche de la série Shinsengumi sur la NHK

Affiche de la série Shinsengumi sur la NHK

Cette terreur est organisée depuis le début des années 1860 par le Parti Loyaliste de Tosa dirigé par Takechi Hanpeita et ses deux célèbres tueurs Okada Izō et Tanaka Shinbei, tous deux se surnommant eux-mêmes Hito-kiri («coupeur d’hommes»).

À Edo, le Régent Ii Naosuke riposte de façon tout aussi sanglante et fait arrêter un millier de shishi qu’il fait torturer. Beaucoup sont exécutés ou meurent en prison.

Le Rōshigumi

Matsudaira Katamori

Matsudaira Katamori

Matsudaira Katamori, daimyō d’Aizu, est nommé Protecteur de Kyōto à l’âge de 27 ans (Kyōto Shugo shoku ou Gouverneur militaire de Kyōto). Sa mission est de sécuriser les rues de la capitale pour la venue du shōgun Tokugawa Iemochi.

Cette visite est historique car il s’agit du premier déplacement du shōgun à Kyōto en plus de deux siècles. Elle est aussi le signe d’un affaiblissement certain qui montre que le shōgun obéit à nouveau aux sollicitations de l’empereur.

Pour rétablir l’ordre, Katamori va avoir recours à des milices et il engage donc des rōnin («hommes errants») que le bakufu appelle d’ailleurs plutôt des rōshi («guerriers errants»).

Prêt à tout pour avoir les meilleurs bretteurs possibles, le shogounat nomme chef du nouveau Corps des rōshi (Rōshigumi) Kiyokawa Hachirō qu’il amnistie pour ce faire du meurtre d’un policier.

Avec cet homme, le bakufu pense rallier de nombreux rōnin. Il recrute en effet pas loin de 250 rōshi.

Ce sont des rōnin venant principalement de l’est, parfois même des criminels graciés en échange de leur enrôlement, à l’image de leur chef, pour lutter contre les rōnin de l’ouest, renouant avec la longue tradition nippone de la rivalité est/ouest.

Fin mars 1863, le Corps des rōshi quitte Edo en avant-garde et arrive à Kyōto le 10 avril pour sécuriser la ville avant l’arrivée du shōgun.

Leur venue ne calme pas les esprits: la veille de leur arrivée, en menace implicite au shōgun Iemochi, trois statues en bois de shōgun Ashikaga sont décapitées et les têtes exposées sur les berges de la rivière Kamo.

Allant à l’encontre de sa mission, Kiyokawa écrit une lettre à la cour impériale pour demander un mandat et devenir l’armée du Sonnō jōi.

Mis au courant, le shogounat ne veut pas prendre le risque de le faire assassiner pour éviter une rébellion mais parvient à le rappeler à Edo avec ses hommes, sous l’astucieux prétexte d’un risque de conflit avec les Britanniques.


Treize hommes veulent rester fidèles à leur mission originelle et refusent de quitter Kyōto; ils formeront l’ossature du futur Shinsengumi.

De son côté, Kiyokawa prend encore une fois son rôle très au sérieux et prépare le recrutement de 500 guerriers pour attaquer les occidentaux à Yokohama.

Les espions du bakufu ont à nouveau vent du complot qu’ils éventent et le shogounat se résout cette fois-ci à faire assassiner Kiyokawa Hachirō.

Parmi ses assassins se trouvent notamment un autre instructeur de kenjutsu du bakufu, Sasaki Tadasaburō qui sera également le meurtrier officiel (à défaut peut-être d’en être le véritable) de Sakamoto Ryōma alors qu’il sera commandant d’une autre milice, le Mimawarigumi («Corps Patrouillant»), également à la solde de Matsudaira Katamori.

La formation du Shinsengumi

Les treize hommes qui ne suivront pas le Rōshigumi à Edo sont originaires de Mito et de Musashi.

Ces hommes sont tout autant xénophobes que les rōshi partis à Edo ou que les loyalistes qu’ils combattent. La seule différence est que leur loyauté envers le shōgun passe avant tout.

Ils demandent à Matsudaira Katamori la permission de ne pas suivre le Corps des rōshi à Edo mais de rester à Kyoto pour assurer leur mission.

Le Protecteur de Kyōto accepte et le groupe s’installe dans le village de Mibu, à l’ouest de Kyōto.

Ils se feront appeler le Mibu Rōshigumi ou Mibugumi mais les habitants ne vont pas tarder à les surnommer les Loups de Mibu (Miburo) en raison des extorsions et de la violence de ces hommes vêtus de guenilles qui n’avaient pas de solde pour vivre.

Kondo Isami

Kondo Isami

Cette nouvelle milice est dirigée par deux hommes rivaux, tous deux chefs instructeurs d’une école de kenjutsu: Serizawa Kamo (1826-1863) et Kondō Isami (1834-1868).

Le premier est un samouraï de rang inférieur du fief de Mito. Il entre puis monte dans la hiérarchie de la«bande des tengu».

Serizawa rejoint Kiyokawa avec ses amis du tengutō. Violent et cruel avec les hommes ne respectant pas sa discipline, il l’est aussi extrêmement avec les civils, d’autant plus quand il boit, ce qu’il fait souvent.

Il fréquente les maisons de plaisir, provoque des duels, pratique l’extorsion et brûle plus d’une fois des bâtiments. Il est également un violeur récidiviste (reconnu pour avoir abusé d’au moins trois des servantes de la maison familiale).

Ses agissements contribueront en grande partie à la mauvaise réputation du Shinsengumi et au surnom de Loups de Mibu. Il pouvait cependant se permettre ses écarts par son positionnement hiérarchique et ses relations influentes qui aidèrent la milice.

Fils d’un paysan aisé du village de Tama dans la province du Musashi, Isami prend le nom de son maître d’escrime du dōjō Shieikan (Kondō) qui l’adoptera à l’âge de 16 ans.

Il devient ainsi samouraï et obtient par la suite la succession à la tête de l’école.

Hijikata Toshizo

Hijikata Toshizo, le Démon du Shinsengumi

Parmi ses élèves, fréquentant plus ou moins assidûment le dōjō, plusieurs le suivront à Kyōto parmi lesquels Hijikata Toshizō (1835-1869), Okita Sōji (1842 -1868), Yamanami Keisuke (1833-1865), Harada Sanosuke (1865-1868) et Nagakura Shinpachi (1839-1915).

Les deux premiers de la liste auront une importance non négligeable dans le Shinsengumi, le premier en tant que vice-commandant et stratège, le second comme bretteur incomparable.

Pour ses capacités martiales et son intransigeance (il est dit que l’une de ses lames aurait rouillée à force d’être exposée au sang) Hijikata Toshizō sera surnommé le «Commandant Démon» ou «le Démon du Shinsengumi».

Okita Sōji, l’Apollon et fine lame de l’équipe, bat l’instructeur de kenjutsu de son seigneur à l’âge de 12 ans. À 19 ans il rejoint le Shinsengumi et devient Capitaine de la première division sur les dix que comportera la milice.

Atteint très jeune de la tuberculose, il en décédera au printemps 1868, à l’âge de 25 ans.

Le Shinsengumi naissant est donc d’ores-et-déjà constitué de deux factions, celle de Kondō comprenant huit hommes de Musashi et celle de Serizawa comprenant cinq hommes de Mito. De ce noyau de treize hommes, le Shinsengumi comptera bientôt plus de cent membres.

Règles et mission du Shinsengumi

Le processus de recrutement au sein du Shinsengumi est assez long: il faut bien évidemment s’entraîner au dōjō, en commençant avec le bokken et en finissant avec un véritable katana, participer à des exécutions et à des seppuku.

Si le candidat reste de marbre face aux effusions de sang il est alors admis sous réserve; pour une validation définitive de son admission au sein du Shinsengumi il doit avoir participé de façon honorable à une bataille de rue.

Uniforme des membres du Shinsengumi

Uniforme des membres du Shinsengumi

Une fois admis, l’entraînement demeure obligatoire et comprend des disciplines comme la lutte, le maniement du sabre, de la lance, l’artillerie ou encore l’équitation. Des exercices de nuit avec armes réelles ont également lieu.

Pour maintenir leur capacité à trancher dans la chair, les hommes doivent pratiquer en plus de leurs patrouilles des exécutions ou servir de kaishakunin.

Le Shinsengumi ayant reçu un blanc-seing pour tuer sans être inquiété, ces hommes sont d’autant plus craints de leurs adversaires, leur chef Kondō Isami ne faisant pas exception, bien au contraire.

Bien que provenant d’horizons divers et n’étant pas tous issus de la classe des guerriers, les hommes du Shinsengumi respectent davantage le bushidō et la discipline que bon nombre de samouraïs.

Un homme qui connaît la faiblesse de ne pas parvenir à tuer son adversaire ou l’infamie d’être blessé dans le dos doit au mieux se faire seppuku, au pire être exécuté par décapitation.

Il en va de même pour le non respect des règles parmi lesquelles figurent de ne pas avoir de maîtresse mariée, de déserter, de pratiquer des extorsions, etc.

Ces règles informelles deviennent officielles en 1865. Romulus Hillsborough nous raconte comment l’un des membres originels, désabusé par les meurtres perpétrés par le Shinsengumi et par les condamnations à mort de certains de ses confrères, décide de déserter; il est traqué puis massacré par ses anciens compagnons.

Yamanami Keisuke, devenu Vice-Commandant après la purge de la faction Serizawa, en viendra également en désaccord avec Kondō et Hijikata, qu’il accuse d’avoir perdu leur idéal patriotique. Il ne peut plus rester sous leurs ordres et fuit à Ōtsu.

Missionné par Kondō, Okita Sōji est envoyé le chercher. Yamanami ne résiste pas et le suit. De retour à Kyōto il est condamné au seppuku. Il choisira d’ailleurs Okita comme kaishakunin et il est dit qu’il pratiqua un suicide si exemplaire que Kondō en fut touché.

Ces règles très strictes et leur application implacable font que sur les vingt-deux officiers les plus connus du début du Shinsengumi, trois seulement survécurent à la période du bakumatsu, sachant que six furent assassinés, trois firent seppuku et deux furent exécutés.

Un autre chiffre est sans doute encore plus parlant: une stèle érigée en l’honneur du Shinsengumi en 1876 indique que 39 membres de la milice sont morts aux combats et 71 sont morts par accident, maladie, seppuku ou exécution.

La fin de Serizawa Kamo

Sous la bannière blanche et rouge frappé de l’idéogramme «makoto» (signifiant «sincérité» pour figurer la loyauté aux Tokugawa) les hommes du Shinsengumi portent une veste bleu clair garnie de pointes blanches en bout de manches.

Ils patrouillent jour et nuit dans lesrues de la capitale impériale, inteogeant les rōnin ou tout homme suspet.

Les hommes du Parti loyaliste de osa qui organisent cette terreur et leur chef Takechi Hnpeita sont les cibles prioritaires des recherches du Shinsengumi.

En 1863 le Shinsengumi prête main forte aux troupes de Satsuma et Aizu pour reprendre les Neuf Portes Interdites du palais impérial aux hommes de Chōshū. Ces derniers et les rōnin qui les soutiennent s’égaillent dans la nature.

Leurs soutiens à la cour impériale sont chassés: Sanjō Sanetomi et ses compagnons du groupe désormais connu comme les Sept Nobles Bannis trouvent refuge dans le domaine de Chōshū.

Commencent alors dans la capitale des patrouilles, organisées jour et nuit par les hommes d’Aizu, du bakufu et du Shinsengumi pour traquer et tuer les rōnin en fuite.

Un semblant d’ordre revient alors momentanément dans les rues de la capitale. Tous les rōnin désireux de se battre n’osant plus se rendre à Kyōto se regroupent alors à Ōsaka, où la situation devient tellement inquiétante que les magistrats de la ville demandent l’aide à Matsudaira Katamori.

Celui-ci accepte et envoie un détachement du Shinsengumi avec entre autres Kondō, Serizawa, Yamanami (alors encore en vie) et Okita.

La bannière Makoto (sincérité) du Shinsengumi

La bannière Makoto (sincérité) du Shinsengumi

Fidèle à sa réputation, Serizawa s’avère incontrôlable et d’une provocation inacceptable. Il incendie notamment un magasin car le propriétaire avait cédé à l’extorsion des loyalistes mais refusait de le payer pour sa protection.

Serizawa pousse le vice jusqu’à menacer les pompiers arrivés sur les lieux pour les empêcher d’éteindre l’incendie. Des officiels du gouvernement local, lassés de ses frasques, se plaignent de lui avant de se rétracter sous les menaces.

C’en est trop pour Kondō qui craint pour l’avenir même du Shinsengumi et qui en réfère au Protecteur de Kyōto. Matsudaira Katamori est également gêné par les agissements de son commandant et finit par donner l’ordre à Kondō d’éliminer Serizawa.

Fin octobre 1863, la faction Kondō profite d’une soirée arrosée pour faire une descente de quatre ou cinq hommes dont deux des meilleurs lames du Shinsengumi, Hijikata et Okita, qui tuent Serizawa.

Un deuxième homme est tué, un troisième parvient à s’enfuir pour ne jamais revenir. On accuse du crime des bandits et les victimes sont enterrées lors d’une cérémonie officielle. C’en est fini de la faction Serizawa.

À partir de l’élimination de Serizawa, Kondō va régner sur le Shinsengumi comme un véritable tyran et des tensions vont apparaître au sein de la milice.

Des plaintes seront même remontées à Matsudaira Katamori par six hommes du groupe dont Harada Sanosuke et Nagakura Shinpachi.

Ces deux derniers finiront par quitter le Shinsengumi et formeront avec d’autres anciens membres une milice du nom de Seikyōtai, dont ils seront les deux vice commandants.

En octobre 1863 le bakufu offre en récompense aux membres du Shinsengumi le titre de hatamoto (vassaux du shōgun) rejoignant ainsi les «80 000 chevaliers du shōgun» (en fait seulement 33 000 selon Katsu Kaishu mais 80 000 en comptant les suivants des hatamoto).

Kondō refuse le titre tant que les étrangers sont sur le sol nippon mais accepte les indemnités associées pour compléter la solde des miliciens qui ne suffit pas pour vivre.

L’incident de l’auberge Ikeda’ya et la bataille des Portes Interdites

C’est dans un contexte extrêmement tendu avec Chōshū que le Shinsengumi met la main sur un homme clé. Celui-ci va en effet révéler sous la torture que 250 hommes de Chōshū sont cachés dans Kyōto en prévision d’un coup de force.

Plus en alerte que jamais, le Shinsengumi arrête peu après, en juin, deux autres suspects. Ils sont également torturés et révèlent que les conjurés prévoient de tuer le Protecteur de Kyōto et d’incendier le palais impérial.

De fil en aiguille les Loups de Mibu pensent avoir retrouvé Miyabe Teizō, un rōnin de Kumamoto qui a servi comme officier de la garde impériale et fuit à Chōshū après le coup de force de Satsuma et d’Aizu aux Portes Interdites.

Nagakura Shinpachi

Nagakura Shinpachi (3ème à partir de la droite)

Miyabe parvient à s’enfuir mais une cache d’armes est trouvée ainsi que des documents qui confirment le complot mais ajoute une révélation de taille: aux objectifs déjà connus s’ajoute l’enlèvement de l’empereur et son rapatriement sur le domaine de Chōshū.

Le 8 juillet 1864, ignorant le lieu de la réunion secrète dont ils ont eu vent, le Shinsengumi décide d’organiser deux patrouilles de dix hommes, chacune inspectant des auberges différentes.

Kondō avait également demandé le soutien de patrouilles d’hommes fidèles au bakufu, au premier rang desquels les samouraïs d’Aizu.

Acculés par la traque du Shinsengumi, une trentaine de comploteurs (dont Miyabe Teizō) s’étaient empressés de se réunir à l’étage de l’auberge Ikeda’ya pour aviser de la situation.

Ils ne se doutent alors visiblement pas que le danger est si proche, leurs tenues légères et la consommation d’alcool en étant la preuve.

Ils ignorent qu’autour d’eux, les troupes pro-shogounales sont en alerte maximale, les hommes d’Aizu, d’Hikone, de Kuwana ratissant les rues de la capitale.

Les hommes du Shinsengumi, lourdement armés et équipés, patrouillent dans le quartier de Kawaramachi. La suite est connue, la patrouille menée par Kondō arrive à l’auberge Ikeda’ya, rapidement rejointe par celle de Hijikata, et le carnage a lieu.

Le propriétaire de l’auberge est arrêté et mourra en prison sous la torture.

Le Shinsengumi compte un mort et quatre blessés dont deux mortellement. Du côté des conjurés, sept sont tués (dont certains comme Miyabe se tuent par seppuku), quatre décèdent des suites de leurs blessures et une vingtaine sont capturés.

Les combats ont été extrêmement rudes: Okita eut visiblement un instant de faiblesse dû à une crise liée à sa tuberculose et Kondō écrira dans une lettre: «Habituellement, j’échange rarement plus de deux coups avec mes adversaires avant de les abattre; mais cette fois-ci, je dois dire que je l’ai échappé belle.»

Il s’agit d’une terrible perte pour les loyalistes qui voient leurs meilleurs hommes décimés et certains historiens pensent même que cet évènement a probablement retardé la chute du bakufu d’un à deux ans.

Ce drame va faire tomber les dissensions dans le fief de Chōshū, alors en proie à des luttes intestines entre modérés et extrémistes. Ils sont dorénavant tous unis dans le but de se venger.

Au milieu de l’été 1864, environ 2 000 hommes du fief se rendent à Kyōto pour un coup de force.

Ils déclarent leur loyauté à la cour impériale et demandent la réhabilitation des Sept Nobles Bannis et du seigneur de Chōshū. Ils fixent un ultimatum pour obtenir satisfaction à leurs exigences, sous peine d’attaque du palais. Le bakufu et la cour refusent le chantage.

Les troupes de Chōshū lancent alors l’assaut sur les portes du palais impérial, défendues par Satsuma et Aizu, ainsi qu’une porte tenue par le Shinsengumi à la demande d’Aizu.

À la fin de la journée, la bataille des Portes Interdites laisse plus d’une centaine de loyalistes morts. Les autres rentrent dans leur fief, frappés de la sanction impériale d’«Ennemis de l’empire».

En 1866, le Shinsengumi apprendra que le Nishi-Honganji, un des temples de l’école Jōdo shinshū à Kyōto, a caché puis aidé à fuir des loyalistes de Chōshū suite à la bataille des Portes Interdites.

La milice arrête alors plusieurs moines et décide pour se venger de prendre possession d’un plus grand quartier général et s’installe au Nishi-Honganji!

Le Shinsengumi réquisitionne trois bâtiments dont un de 500 tatamis (environ 830 m²) et construit un bain, une cellule, une tour à tambour et un terrain d’exécution.

Au grand désarroi des moines, l’enceinte du temple devient le siège quotidien d’entraînements, y compris au tir (à blanc) de canons, de tortures et d’exécutions.

En juin 1867, la plupart des membres du Shinsengumi deviennent finalement officiellement des hatamoto. Kondō s’établit définitivement comme un homme politiquement très influent au sein du bakufu et devient l’égal des daimyō.

La guerre civile

Suite aux expéditions punitives du bakufu contre Chōshū (en 1864 et 1865), une alliance est scellée entre Satsuma et Chōshū. Ils s’organisent militairement et montent en puissance jusqu’à ce que le shōgun abdique fin 1867, afin d’éviter un conflit ouvert.

Il se retire de Kyōto pour Ōsaka, suivit par Matsudaira Katamori qui donne l’ordre au Shinsengumi de tenir la route à Fushimi.

Mais les désertions se multiplient et il ne reste bientôt plus qu’une cinquantaine d’hommes qui, cantonnés à Fushimi, se font harceler par les hommes de Chōshū, de Satsuma et de Tosa (qui veulent venger l’assassinat de Sakamoto Ryōma).

En janvier 1868 éclate la guerre civile, ou guerre de Boshin (1868-1869) et les troupes du bakufu, se battant pourtant à trois contre un, sont écrasées au bout de trois jours de combat. Le Shinsengumi, canonné, subit de lourdes pertes (une trentaine de morts et beaucoup de blessés).

Kondō et Hijikata continueront la lutte séparément. Le premier sera capturé et il est reconnu malgré le faux nom qu’il donne.

Étant fils de paysan, Kondō n’est pas autorisé par les autorités à faire seppuku et il est décapité. Sa tête sera conservée dans du sel et envoyée à Kyōto pour être exposée au pont Sanjō.

Hijikata tombera le dernier jour des combats, en mai 1869, atteint d’une balle lors de l’assaut général du dernier bastion des pro-shogounat, à Hakodate sur l’île d’Ezo (Hokkaidō).

Avec Kondō et Hijikata s’éteint le Shinsengumi, mais le souvenir de cette milice restera vivace. Il est encore très présent aujourd’hui dans les médias télévisuels ou graphiques japonais, certains les considérant comme une police politique sanguinaire, d’autres comme l’archétype de la fidélité.

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Julien Revol

Curieux touche-à-tout, ingénieur aéronautique et passionné par l’histoire du Japon, Julien a traduit et publié en français Japanese Fairy Tales (First and Second Series) de Teresa Peirce Williston sous le titre de Contes Japonais.

Il publie en 2019 son premier livre Samouraïs, Guerriers légendaires du Japon et prévoit pour fin 2020 la sortie du second tome Samouraïs, Pirates, Moines-guerriers et Ninjas.
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