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Pearl Harbor, 7 décembre 1941
Pearl Harbor, 7 décembre 1941

Pourquoi le Japon a-t-il attaqué Pearl Harbor?

Pourquoi les japonais ont-ils attaqué Pearl Harbor? C’est vrai ça, on parle toujours d’une attaque surprise sans déclaration de guerre presque comme si les japonais s’étaient levés un matin en se disant «tiens, aujourd’hui, on va se mettre sur la gueule avec les américains».

Bon évidement, ça ne s’est pas passé comme ça. Le 7 décembre 1941, les Japonais lancent un ambitieux raid aérien contre la base navale américaine de Pearl Harbor à Hawaï, faisant basculer le monde dans une guerre désormais mondiale.

Cette attaque est le fruit d’une longue histoire et pour bien la comprendre il va nous falloir remonter bien avant ce jour fatidique de décembre 1941 pour découvrir ce qui a motivé le Japon à s’étendre et à défier les plus grandes puissances de son temps.

Le Japon de Meiji aux années 20

Au milieu du XIXème siècle, cela fait 2 siècles que le Japon vit isolé. Cette période, c’est l’ère Edo, le pouvoir est divisé entre le Shogun, qui détient le pouvoir militaire et politique donc en gros c’est lui qui dirige et puis il y a l’Empereur qui lui a le pouvoir religieux.

Si le Japon est resté autant de temps coupé du reste du monde c’est parce que en 1603, un édit du shogun Tokugawa Iemitsu a proclamé le «Sakoku», littéralement la «fermeture du pays». Le Japon reste donc un pays féodal replié sur lui-même et presque figé jusqu’au XIXe siècle où les choses commencent à bouger.

Le commodore Matthew Perry
Le commodore Matthew Perry

A cette époque, les occidentaux, surtout les Anglais, les Français, les hollandais, les Américains et les Russes partent coloniser une bonne partie de l’Asie et du Pacifique.

Le Japon qui voit donc ses voisins être grignotés petit à petit commence à s’inquiéter. D’autant plus que l’archipel semble bien être la prochaine cible sur la liste.

Le 8 juillet 1853, une flotte américaine débarque dans la baie de Tokyo, commandée par Matthew Perry, vient rompre 2 siècles de Sakoku.

Les Japonais et surtout l’empereur, le jeune Komei âgé de 22 ans ne comprennent pas grand-chose à ce qui leur arrivent et ils se retrouvent quasiment forcé de signer des traités commerciaux avec les occidentaux, notamment l’ouverture de leurs ports et l’achat d’armes américaines.

Si le pays ne veut pas finir totalement coloniser il n’a pas le choix, il va devoir s’affirmer au milieu des puissances occidentales et montrer qu’il est capable de les égaler. Le pays doit donc être profondément transformé et modernisé.

En 1868, l’empereur Mutsuhito renverse le shogunat lors de la guerre civile de Boshin et en finit avec l’isolationnisme du Japon. L’ère Edo prend fin et fait place à l’ère Meiji.

Avec une industrialisation très rapide, une forte croissance économique et le développement d’une armée puissante, le Japon commence à rattraper son retard. Pendant les 20 premières années de l’ère Meiji, le Japon débute son expansion par la conquête de nombreuses iles aux large de l’archipel nippon.

En 1894, le Japon connait sa première confrontation avec la Chine. Cette première guerre sino-japonaise se termine l’année suivante. Le Japon récupère l’Ile de Formose aujourd’hui Taiwan, la province du Liaodong et la péninsule coréenne est transformée en protectorat japonais avant d’être annexé par ce dernier en 1910.

En 1904, devant la percée de la Russie en Manchourie, cette région à cheval entre la Corée, la Chine et la Russie, le Japon passe à l’attaque. Le 8 février 1904, la marine japonaise attaque par surprise la flotte russe à Port Arthur, véritable prémices du raid sur Pearl Harbor.

Le Japon victorieux après avoir anéanti la flotte russe à la bataille de Tsushima, signe la paix et récupère la moitié de l’île Sakhaline. Il vient pour la première fois de l’emporter contre une grande puissance, cette entrée fracassante sur la scène internationale inquiète les occidentaux.

Guerre russo-japonaise de 1904: estampe
Guerre russo-japonaise de 1904: estampe

Le Japon profite de la Première Guerre mondiale pour poursuivre son expansion. En 1914 il entre en guerre contre l’Allemagne et récupère à l’issue du conflit ses possessions en Chine et dans le Pacifique.

La Japon intervient ensuite en Sibérie entre 1918 et 1922 et soutient l’armée blanche tsariste contre les bolchéviques après la révolution russe.

1922 c’est aussi l’année où le japon signe le traité naval de Washington, où avec les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et l’Italie, il s’engage à réduire son armement naval en suivant la volonté portée par la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, de prôner un désarmement des grandes puissances afin d’éviter un nouveau conflit mondial.

En quelques décennies, l’Empire japonais passe donc d’un pays isolé à un pays conquérant qui, comme on l’a vu avec la Sibérie, n’hésite pas à intervenir chez ses voisins lorsque ses intérêts sont menacés, et ce n’est que le début.

La montée du militarisme Japonais

Dans les années 20, le Japon traverse ce que l’on va appeler la «crise de la modernité», le pays s’est modernisé si vite que sa démographie explose, causant un manque de matière première et une dépendance de plus en plus grande aux importations.

Cela va convaincre les milieux nationalistes déjà bien implanté dans le pays qu’il faut poursuivre ces conquêtes si le pays veut devenir autosuffisant.

Comme presque tous les pays du monde, même s’ils ont été moins impactés que d’autres, le krach boursier de 1929 et la grande crise économique qui a suivi ont durement touché l’économie japonaise faisant exploser le taux de chômage, ce qui favorise la montée du nationalisme et de l’autoritarisme avec une armée prenant une place de plus en plus importante au sein de la société japonaise.

L'empereur Hiro Hito (Showa)
L’empereur Hiro Hito (Showa)

Là-dessus, le rôle de l’Empereur Hirohito, sur le trône depuis 1926 est assez flou, il est parfois présenté comme le pauvre petit empereur qui se serait fait manipuler par les militaires ou à l’inverse comme un gars fourbe avançant masquer qui n’aurait rien à envier aux dictateurs fascistes en Europe.

Bon alors en vérité, ce qui devait sans doute le motiver, c’est avant tout de garder son trône, car faut pas oublier qu’à l’époque, des monarchies pourtant solidement installées volent en éclat comme en Chine en 1911 et en Russie en 1917.

C’est ce qui explique sans doute une espèce de laisser aller et de fuite en avant par rapport à la montée du militarisme et la prise de pouvoir progressive des militaires, car persuadé qu’il pourrait garder son trône grâce à ça.

Tout ça couplé à la volonté de dépendre le moins possible des occidentaux pousse le Japon à reprendre son expansion en 1931 en envahissant la Manchourie et en fondant un état fantoche, l’Etat du Mandchoukouo.

Au cours des années 30, le Japon se réarme et rompt certains accords comme ceux de Washington et quitte la société des nations en 1933. En conséquence, la plupart des occidentaux tournent le dos au Japon qui ne trouve du soutien qu’auprès d’Hitler, avec qui il signe en 1936 le pacte anti-Komintern dirigé contre l’URSS.

L’année suivante, le 7 juillet 1937, le Japon lance l’invasion du reste de la Chine. Le pays, alors en proie à une guerre civile entre communistes, nationalistes du Kuomintang et les partisans de la république de Chine s’allient ensemble pour repousser l’envahisseur japonais.

De leur côté, les Japonais veulent mener une guerre rapide et pensent écraser la Chine en 3 mois. D’ailleurs les japonais ne parleront jamais de «guerre» mais «d’incident chinois».

Malgré une progression rapide au début, où en quelques mois, ils prennent Pékin, les régions du Chaharn, du Suiyuan et du Shanxin, et les villes de Shangaï et Nankin, rapidement l’armée n’avance plus et n’arrive pas non plus à contrôler les territoires occupés.

Manquant de matériel et perdant patience, les soldats japonais vont se venger en se livrant à de nombreuses exactions, la plus connue à lieu à Nankin où pendant 6 semaines la capitale politique de la Chine est mise à sac.

Les soldats chinois et tous les hommes en âge de combattre sont systématiquement arrêté puis assassiné, ils sont fusillés, déchiqueté par les mitrailleuses, pendus, enterrés vivants ou transpercé par les baïonnettes. Les femmes elles sont violées, torturées puis tuées. En tout, entre 200.000 et 300.000 personnes sont massacrées à Nankin.

Les occidentaux s’indignent des actes des Japonais, d’autant qu’ils commencent à menacer les intérêts de certains pays, comme les Etats-Unis, qui avant même la fin de la conquête de l’ouest se sont étendue en Asie, comme les Philippines, une colonie espagnole que les américains leur achète après la guerre hispano-américaine de 1898.

Néanmoins, les occidentaux souhaitent éviter une guerre contre le Japon, surtout qu’au même moment un autre pays menace en Europe. L’Allemagne nazie vient au même moment d’annexer l’Autriche.

Hitler, qui s’est bien rapproché du Japon souhaite justement s’en servir pour détourner l’attention des alliés vers l’Asie, le Japon faisant diversion pour qu’ils dispersent leurs forces. Mais ils ne sont pas dupes, c’est pourquoi pour ralentir l’Empire sans prendre les armes, ils passent par des sanctions économiques, et un embargo sur le pétrole.

Pensant alors que cela allait suffire à calmer les désirs impérialistes du Japon, alors que sans le savoir, c’est cette politique qui mettra le feu aux poudres. Car au Japon les militaires prennent peu à peu le contrôle du Naikaku, le gouvernement et mettent en place un état totalitaire.

Dès 1937, la presse est muselée et sert une propagande nationaliste. Pour apporter son soutien à la Chine nationaliste, Stanley Hornbeck, un responsable du Département d’Etat américain propose de leur envoyer du matériel militaire.

Sauf qu’à l’époque, une loi sur la neutralité votée en 1935 interdit aux américains de vendre des armes à un pays en guerre. Enfin bref, Roosevelt, pas con, profite du fait que le Japon ne soit pas officiellement en guerre contre la chine, pour vendre des armes et leur faire un prêt de 25 millions de dollars.

Au même moment, un dérapage de l’armée japonaise fait monter la tension entre japonais et américains. Le 12 décembre 1937, une canonnière de l’US Navy avec pourtant un gros drapeau américain bien visible pour justement éviter des ennuis est coulé au large de Nankin.

L'USS Panay (PR–5), canonnière américaine coulée le 12 décembre 1937
L’USS Panay (PR–5), canonnière américaine coulée le 12 décembre 1937

Menacé par l’Amérique, le Japon l’est aussi par l’Union Soviétique qui avance ses pions en Manchourie. Cette situation débouche sur un affrontement en août 1939 où 69.000 soviétiques commandés par le général Joukov lancent une offensive contre l’armée japonaise.

Les 59.000 japonais sont encerclés puis défait par les soviétiques. En plus de ça, au même moment, allemands et soviétiques signent un pacte de non-agression, une trahison pour le Japon qui craint que désormais, débarrassé pour un temps de la menace allemande, l’URSS en profite pour continuer son expansion en extrême orient. Mais Staline n’aura pas le temps d’avancer plus que ça en Asie car en Europe la guerre éclate.

Le début de la seconde guerre mondiale

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne lance son invasion de la Pologne. Lorsque la France est vaincue par l’Allemagne en juin 1940, les Japonais en profitent pour envahir l’Indochine, qui, passé sous le régime de Vichy collabore avec les autorités japonaises.

L’Indochine, c’est une région stratégique puisque c’est par là que passe une grande partie de l’aide occidentale vers la Chine et aussi car l’Indochine deviendra l’un des points de départ vers l’Asie du Sud-Est que les Japonais convoitent pour ses matières premières, notamment le caoutchouc de Malaisie Britannique et le pétrole des Indes néerlandaise.

Le 27 septembre 1940, le Japon signe avec l’Allemagne et l’Italie le pacte tripartite donnant naissance à l’axe Rome-Berlin-Tokyo.

Signature à Berlin du pacte tripartite, 27 septembre 1940
Signature à Berlin du pacte tripartite, 27 septembre 1940

La reprise des conquêtes par le Japon, et les Allemands qui soumettent pratiquement toute l’Europe en un an et demi, inquiètent les Américains. Souhaitant toujours éviter d’entrer en guerre, ils apportent tout de même un précieux soutien à la Grand Bretagne qui résiste lors de la bataille d’Angleterre.

L’année suivante, Roosevelt parvient à faire voter par le congrès le 11 mars 1941 la loi «prêt et bail». Première étape vers la fin de la neutralité, elle permet désormais aux Etats-Unis de prêter du matériel à un pays en guerre.

C’est la Grande Bretagne qui va surtout profiter de cette loi contrairement à la Chine qui n’est plus autant accessible qu’avant. Néanmoins des armes sont envoyées en Chine et des pilotes volontaires, les «Tigres volants», partent combattre en Chine.

Les Américains espèrent alors encore éviter la guerre, l’armée américaine a encore beaucoup de retard et n’est pas prête à une confrontation. En 1939, elle ne compte que 400.000 hommes et son équipement date parfois de la Première Guerre mondiale.

C’est pourquoi Roosevelt commence à mettre en place une économie de guerre pour augmenter la production de matériel et par précaution il déplace la flotte du pacifique de San Diego à Pearl Harbor.

Embargo sur le pétrole américain envers le Japon
Embargo sur le pétrole américain envers le Japon

Et il fait bien, parce qu’en Asie, ça commence à sentir le roussi lorsque le Japon et l’URSS signent en avril 1941 un pacte de neutralité. Les soviétiques, qui craignent une invasion imminente des Allemands veulent éviter d’avoir à se battre sur deux fronts et pour les Japonais la priorité reste leur expansion en Asie du sud-est.

Deux mois après, le 22 juin 1941, Hitler déclenche l’opération Barbarossa et envahie l’Union Soviétique. Tout semble alors s’emballer, avec l’accord de Vichy, le Japon s’empare du Vietnam et du Cambodge.

Pour les Américains, la menace se fait de plus en plus sérieuse, la flotte du pacifique est mise en alerte le 25 juillet. Parallèlement, de nouvelles sanctions sont prises contre le Japon, les avoirs japonais aux Etats Unis sont gelés et le Japon ne peut plus acheter de carburant aux américains alors qu’ils dépendent énormément de ces importations.

Dès lors l’embargo qui frappe le Japon assèche ses réserves à vitesse grand V. S’ils doivent faire une croix sur le pétrole américain, et bien ils iront le chercher ailleurs, au risque de déclencher une guerre avec l’Amérique qui menace de représailles si le Japon s’en prend à ses alliés.

A ce moment il y a toujours la solution de faire machine arrière pour que l’embargo soit levé, mais on l’a vu, le pouvoir japonais n’aime pas trop reculer au risque de se déshonorer et devoir assumer que les conquêtes du pays depuis 10 ans n’ont servi à rien.

Surtout que les militaires japonais, qui on le rappelle ont pris le pouvoir, ne craignent pas spécialement les Américains. Ils ont pleins d’idées reçues sur eux, comme quoi ils seraient feignants et pas assez combatifs et pensent qu’ils finiront par plier rapidement devant la détermination et le sens du sacrifice des japonais.

Pourtant on l’a déjà vu contre les soviétiques en 39, la détermination et le sens du sacrifice, ça ne fait pas tout. Pour l’armée, il est donc temps d’attaquer, ils pensent qu’une succession de victoires décisives contre les Américains les persuaderont qu’ils n’ont aucune chance et qu’il demanderont rapidement la paix.

De toute façon les Japonais n’ont pas trop le temps de tergiverser, le temps joue contre eux, les stocks de carburant se réduisent de jour en jour et la victoire annoncée de l’Allemagne contre les soviétiques qui approchent de Moscou persuade les Japonais que s’ils souhaitent faire la guerre à l’Amérique, c’est maintenant ou jamais.

Fumimaro Konoe
Fumimaro Konoe

Si les militaires eux sont ultra chauds pour s’en prendre aux américains, ça fait quand même un moment qu’ils attendent ça, ce n’est pas le cas du premier ministre, Fumimaro Konoye, qui pense qu’il est encore possible de négocier un accord avec les Etats-Unis.

Le 6 septembre 1941, l’armée lui donne jusqu’au 10 octobre pour y parvenir Mais ces négociations ne mèneront à rien et le 16 octobre, il démissionne. Dernière étape dans la bascule du pays vers une dictature militaire, c’est Hideki Tojo, un militaire qui lui succède.

La guerre avec l’Amérique semble alors inévitable, et malgré la flotte la plus importante du pacifique, on sait qu’elle ne pourra pas rivaliser avec les Américains et ça même le chef de la flotte, l’amiral Yamamoto le sait bien.

Lui qui a vécu et étudié aux Etats-Unis dans les années 20 sait bien que les stéréotypes qu’on colle aux américains sont faux. Mais pas le temps de tergiverser, mieux vaut une fuite en avant que faire machine arrière, une attaque commence à être élaborée.

Le plan d’attaque de Pearl Habor et le départ du Kido Butai

Dès l’hiver 1940, on sait que Yamamoto commence à imaginer une attaque surprise sur le modèle de l’attaque de Port Arthur. Pour pouvoir lancer l’invasion de l’Asie du Sud-Est sans être stoppé par les Américains, il faut en premier lieu les paralyser totalement pour les empêcher de réagir.

Cette attaque doit donc être brutale et inattendues afin que les dégâts soient aussi bien matériels que psychologiques. Très vite, c’est Hawaï et sa base navale de Pearl Harbor qui abrite la flotte du pacifique qui est choisie.

Amiral Yamamoto Isoroku
Amiral Yamamoto Isoroku

L’archipel est aux mains des Américains depuis que des baleiniers y ont accosté en 1819. La base navale est situé dans le baie de Pearl Harbor avec en son centre la petite ile de Fort Island sur l’ile d’Oahu qui abrite la fameuse ville d’Honolulu.

L’attaque ne sera pas maritime mais aérienne appuyée par 5 sous-marins de poches. Nombreux sont ceux qui ont des réserves concernant ce plan, certains le juge même totalement insensé comme le contre-amiral Kusaka qui avance l’hypothèse que l’Amérique, toujours aussi isolationniste depuis le début, ne réagira pas à l’invasion de l’Asie du Sud-est.

Pour lui, elle tapera du poing sur la table, prendra quelques sanctions supplémentaires mais sans plus. Mais personne ne veut prendre le risque de se prendre la flotte américaine sur la tronche à peine l’invasion commencée.

Le plan de Yamamoto est validé le 5 novembre 1941 par l’amiral Nagano, le chef d’état-major de la Marine. L’attaque, elle, est fixé au 7 décembre.

Mais y’a quand même un problème, Pearl Harbor c’est loin, c’est à 5.000km des côtes japonaises et pour s’y rendre c’est pas une mince affaire.

Pour atteindre Hawaï, la flotte devra traverser le pacifique nord, sans prendre de retard car après la mer gèle, et l’opération ne peut pas être remise à plus tard au risque de manquer de carburant.

Pendant ce temps aux Etats-Unis, on pense encore que les Japonais ne seront pas assez fous pour s’en prendre à eux… Ils tentent donc encore de négocier une dernière fois, le 26 novembre, les Etats-Unis proposent au Japon avec la note «Hull» de lever leur embargo à condition qu’ils signent un pacte de non-agression avec eux, le Royaume Uni, la Chine, les Pays-Bas, l’URSS et la Thaïlande et qu’ils retirent leurs troupes de Chine et d’Indochine.

C’est évidemment hors de question pour le Japon, la diplomatie vient d’échouer pour de bon, la flotte qui se prépare à partir pour Hawaï est averti que l’attaque aura bien lieu. Car depuis déjà plusieurs semaines, des navires de guerre sont amassés discrètement dans la baie d’Hitokappu, sur la petite ile d’Etorofu, au nord Japon.

Cette flotte en partance pour l’archipel américain elle s’appelle Kido Butai et c’est le 26 novembre, le jour même de l’échec des dernières négociations qu’elle lève l’encre. Cette flotte, commandée par Nagumo Chuichi se compose de 6 porte-avions sur les 10 que possède la Marine japonaise: le Kaga, l’Akagi, le Hiryu, le Soryu, le Shokaku et le Zuikaku qui embarquent en tout 400 avions de combats.

Ils sont accompagnés de 2 cuirassés, 2 croiseurs lourds, 11 destroyers, 3 sous-marins et 8 pétroliers ravitailleurs. La plus grande inquiétude de Nagumo pendant le trajet c’est d’être repéré, c’est pourquoi tout le trajet se fera sous silence radio, la flotte ne peut que recevoir des messages, au cas où les américains changent d’avis.

L’autre grosse crainte pour Nagumo est qu’une fois arrivée et bien la flotte américaine du pacifique ne soit tout simplement pas là. D’après les renseignements japonais, depuis que Roosevelt a décidé de placer la flotte du pacifique à Pearl Harbor, la base abrite 4 porte-avions et 6 cuirassés.

L'Akagi, le porte-avion amiral de la kido butai
L’Akagi, le porte-avion amiral de la kido butai

Et bien les renseignements japonais se sont plantés, du moins ils n’étaient pas à jour puisqu’à Pearl Harbor, il n’y a à ce moment pas 4 porte-avions mais seulement 2: l’Enterprise et le Lexington. Les 2 autres, le Yorktown et le Saratoga ont déjà quitté l’archipel depuis un moment.

Enfin ça c’était la situation au départ du Kido Butai, les Japonais ont visiblement la poisse puisque les 2 porte-avions encore à Pearl Harbor lèvent l’encre à leur tour, le 28 novembre pour l’Enterprise qui part pour l’ile de Wake et le 5 décembre pour le Lexington qui part pour Midway.

Certains ont d’ailleurs prétendu que Roosevelt était au courant que l’attaque sur Pearl Harbor allait avoir lieu, et qu’il aurait alors décidé de ne pas empêcher l’attaque pour que celle-ci fasse basculer l’opinion publique en faveur de la guerre. En prenant évidement soin d’avoir planqué les porte-avions, les bâtiments les plus importants de la flotte américaine.

Sauf que bon, c’est certes une chouette théorie du complot mais elle ne se base sur rien de concret, cependant, ça ne veut pas dire qu’ils ne croyaient pas que la guerre allait éclater, et qu’aucune attaque n’était en préparation, bien au contraire.

On l’a vu depuis le 25 juillet la flotte du pacifique est en alerte, et quelques jours avant Pearl Harbor, une autre alerte avait été lancée pour prévenir des risques de sabotage. Et pire, les renseignements américains et britanniques, grâce au projet «Magic» qui a permis de décrypter les transmissions japonaises, sont au courant que 2 flottes dans la Mer de Chine font route vers le Sud et les porte-avions japonais ont également disparu, personne ne sait où ils se trouvent!

Un message du 27 novembre du secrétaire américain à la guerre destiné à tous les commandants de la flotte du pacifique leur informe que les négociations avec le Japon sont terminées et qu’une attaque était à prévoir, il évoque alors les Philippines, Bornéo, la Thaïlande ou bien la Malaisie comme cible potentielle, mais pas Hawaï.

Les Américains se doutent donc bien que la guerre était imminente, mais la grosse surprise pour eux c’est d’avoir été ciblé à Pearl Harbor, chez eux et aussi loin du Japon! Pourtant la flotte est bien là, au matin du 7 décembre 1941, après un périple de 5.430 km qui a duré 12 jours, elle se positionne à 350 km au nord d’Oahu.

L’attaque sur Pearl Harbor

Dans la nuit qui précède la bataille, tout l’opération aurait pu tourner au fisco. En cause, l’un des 5 sous-marins de poche de type Ko-Hyoteki est repéré vers 3h45 du matin par un destroyer américain à moins d’1km de la rade de Pearl Harbor.

Vue aérienne de Pearl Harbor
Vue aérienne de Pearl Harbor

Il réussit à s’échapper, mais est finalement coulé par des grenades sous-marines lâchées par un autre navire à 6h49. Sauf qu’en pleine nuit, les Américains ne sont même pas sûr que ce soit vraiment un sous-marin qu’il ait coulé, en fait ils sont même pas sûr d’avoir coulé un truc alors même si la base est informée de l’évènement, l’incident n’est pas pris au sérieux.

50 minutes avant l’incident, à 6h du matin, les 183 avions qui composent la première vague d’attaque décolle des porte-avions. Cette vague est composée de 43 chasseurs Zero, 40 torpilleurs et 49 bombardiers Nakajima Kate, et 51 bombardiers en piqué Aichi Val.

En parallèle, 5 sous-marins de poche essayent de s’infiltrer dans la rade, mais leur infiltration va virer au fiasco. Un premier on l’a vu est coulé à l’aube, en tout 3 sont coulés avant même d’entrer dans la rade et les 2 autres sont également coulé dans la rade sans causer aucun dégât.

D’ailleurs à la base Yamamoto était contre l’idée de faire participer ces petits sous-marins qui d’après lui ne servait à rien mais il avait fini par les intégrer à son plan sous la pression de l’Etat Major de la Marine.

A 7h du matin, un autre incident, les avions de la première vague sont repérés par une station radar au nord de l’ile, mais comme les opérateurs qui travaillent à cette station sont encore en formation, ils ne sont pas pris au sérieux par leur supérieur qui pense qu’ils confondent ces avions avec les 6 avions américains B-17 qui doivent atterrir ce matin-là.

On a donc plusieurs évènements qui peuvent laisser penser qu’une attaque est imminente mais non, rien ne se passe. En même temps les Japonais n’ont pas choisi leur jour au hasard, le 7 décembre c’est un dimanche et entre les militaires en permission, ceux qui dorment encore ou finissent leur petit déjeuner et ceux qui dessoûlent de la veille, et bien y’a pas grand monde pour réagir.

Tora! Tora! Tora!, film de 1970
Tora! Tora! Tora!, film de 1970

Pour la base américaine, il est trop tard, à 7h40, l’aviation japonaise qui vient par le nord, contourne l’île par l’ouest et plonge sur la rade.

Mitsuo Fuchuda qui commande la première vague, rompt le silence radio à 7h53 et lance le raid avec ce célèbre code «Tora! Tora! Tora!», tigre en japonais qui informe ses supérieurs que les pilotes bénéficient bien de l’effet de surprise.

La première bombe explose, l’alerte est immédiatement donnée mais la surprise est telle que les Américains peinent à réagir lors de la première vague. Les avions font plusieurs passages où ils bombardent et mitraillent les différentes installations de la base dont son hôpital.

Les cuirassés sont rapidement touchés par des obus puis des torpilles qui contrairement à certaines craintes fonctionnent bel et bien dans les eaux peu profondes de la rade.

C’est sur l’USS Arizona que l’on dénombre le plus de victime, le cuirassé est touché par un obus qui met le feu à son stock de munitions. En quelques minutes c’est tout le navire qui s’embrase et coule emportant avec lui 1 177 marins, la moitié des pertes américaines lors de l’attaque.

L’attaque de la première vague dure une demi-heure et l’effet de surprise a parfaitement fonctionné, les Américains sont dépassés et la défense anti-aérienne est totalement à la ramasse si bien que certains marines se retrouvent à répliquer avec de simples fusils.

A 8h40, c’est au tour de la seconde vague menée par Shigekazu Shimazaki avec ses 167 avions de fendre le ciel sur Pearl Harbor par l’est. Malgré une DCA plus active et la perte de l’effet de surprise, les Japonais occasionnent de lourds dégâts.

Une troisième vague contre cette fois les dépôts de carburant de Pearl Harbor aurait pu être lancée mais Nagumo a finalement refusé, craignant de trop lourdes pertes et que sa flotte se fasse intercepter par les Américains d’autant qu’il a décidé de la rapprocher de 65km pour faciliter l’appontage des avions endommagés.

A Honolulu, comme on peut s’y attendre, la population est terrifiée, 50 civils sont tués, tandis que des bulletins commencent à annoncer les premiers morts et des communiqués demandent aux habitants de garder leur calme.

Alors que les radios locales annoncent l’attaque aux autres iles de l’archipel, on commence maintenant à craindre un débarquement, certains affirment même avoir vu dans le ciel des parachutistes. Mais il n’en ait rien, l’attaque est terminée.

Titre du Chicago Daily Tribune du 8 décembre 1941
Titre du Chicago Daily Tribune du 8 décembre 1941

En 2h, l’attaque éclair a ravagé la base de Pearl Harbor, malgré l’absence des porte-avions, 18 navires américains sont coulés et 166 avions sont détruits. 2.403 américains perdent la vie contre seulement 64 côtés japonais qui ne perdent que 29 avions et 5 sous-marins de poche.

Pour Nagumo, cette réussite est même une surprise, lui qui avait été particulièrement frileux en amont de l’attaque se voit soulagé. Il a accompli sa mission, le Kido Butai peut rentrer au Japon.

Malgré ce qui semble être une grande victoire, dans les faits, l’attaque de Pearl Harbor n’est pourtant pas vraiment une réussite.

Les conséquences de Pearl Harbor

L’attaque de Pearl Harbor devait réduire à néant la flotte américaine du pacifique, et paralyser les Américains de peur au point qu’ils n’osent pas mener une guerre contre les Japonais. Mais voilà, la flotte du pacifique est très loin d’être anéantie, les porte-avions, le cœur de la doctrine américaine sont tous intactes et les quelques cuirassés coulés à Pearl Harbor étaient pour beaucoup obsolètes, d’ailleurs certains ne seront pas remis en service après l’attaque.

Concernant l’aspect psychologique de l’attaque, là aussi, c’est un échec. La nouvelle de Pearl Harbor arrive à Washington seulement 10 minutes après le commencement du raid, on croit d’abord à une erreur, on a dû confondre Pearl Harbor avec les Philippines. Mais non, les Etats-Unis ont bel et bien été attaqué sur son sol, sans déclaration de guerre.

Les vieux cuirassés en flamme à Pearl Harbor
Les vieux cuirassés en flamme à Pearl Harbor

Lorsque le président Roosevelt est averti de l’attaque, il appelle Churchill dans la journée au téléphone et lui dit «Nous voilà tous embarqué dans la même galère désormais». La guerre est devenue mondiale et les Américains sont désormais prêt à en découdre.

Le lendemain de l’attaque, la radio japonaise NHK annonce à 7h du matin le succès de l’attaque contre Pearl Harbor et officialise la déclaration de guerre contre les Etats-Unis. On explique que le Japon a tout fait pour éviter la guerre et qu’en gros tout est de la faute des occidentaux et surtout des Etats-Unis.

Le même jour à Washington, Roosevelt prononce un discours devenu célèbre devant le Congrès faisant de ce 7 décembre un «jour d’infamie», il promet la «victoire absolue» et fait voter l’entrée en guerre du pays.

Les Américains crient vengeance et son ultra remontés contre les Japonais, y compris contre les américano-japonais qui vont être mis dans des camps, mais ça c’est une autre histoire.

L’attaque de Pearl Harbor est effectivement un succès tactique, la base est en partie détruite et les Japonais subissent des pertes très limitées. Mais elle n’atteint pas son but premier qui était de faire plier l’Amérique, elle fait même tout l’inverse en fait.

Le 11 décembre, c’est Hitler qui a son tour déclare la guerre aux Etats-Unis. Au même moment, le Japon lance sa grande invasion de l’Asie du sud-est, conquérant en quelques mois les Philippines, la Malaisie, la Thaïlande, Hong Kong et Singapour.

L’expansion japonaise atteint son apogée en 1942, date à laquelle le Japon met en place la «sphère de coprospérité de la grande Asie orientale», regroupant de nombreux pays asiatiques conquis par le Japon, formant un bloc auto suffisant au service du Japon, assurant ses besoins en matières premières.

Car on le rappelle c’était ça le but du Japon dès le début, devenir la plus grande puissance d’Asie sans avoir à dépendre des occidentaux. Mais pour l’Empire nippon c’est le début de la fin, en 1942 le Japon est battu à la bataille de Midway où sa flotte est décimée.

A partir de là, les Japonais ne feront plus que reculer. Les iles du pacifiques sont reprises une à une par les alliés lors d’affrontement sanglants jusqu’en 1945, quand l’Union Soviétique après avoir vaincu l’Allemagne entre en guerre contre le Japon et où les Etats-Unis sur ordre du président Truman font usage de l’arme atomique contre les villes d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945.

Le 15 août, Hirohito annonce à la radio la défaite du Japon et le 2 septembre le pays capitule mettant fin à la Seconde Guerre mondiale.

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