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Execution à Edo
Execution à Edo

Les 3 lieux d’exécution de Tokyo à l’époque Edo

L’Histoire est souvent liée à la violence qui régulait la plupart des rapports humains. Les conflits entre groupes ou personnes se réglaient généralement par la force, la violence et la mort.

Aussi, les lieux dans lesquels un grand nombre de personnes ont perdu la vie dans des circonstances tragiques deviennent dans la plupart des cas des sites historiques d’importance, tels les champs de bataille, les camps de concentration ou les prisons.

Et la plupart des villes érigent ces lieux à la triste réputation en sites touristiques pour lesquels le visiteur curieux doit payer l’accès.

Au Japon, un pays qui pratique encore la peine de mort, exécuter ses détenus dans les pires conditions était la règle pendant la période Edo.

Afin d’éviter à la nouvelle capitale du pays une «pollution spirituelle» et la maintenir «rituellement pure», les criminels étaient exécutés dans des conditions terribles à la périphérie de la ville. Ceci était fait en conformité avec la pratique shintoïste et a été appliqué pendant toute la période Edo (1603-1868).

Même s’ils ne revêtent évidemment pas du tout le même aspect qu’ils avaient à l’époque, les trois lieux principaux où étaient pratiquées les exécutions à Tokyo, alors appelée Edo, sont encore visibles de nos jours.

Si le premier de ces sites semble vouloir rester discret, comme si son lourd secret devait rester bien enfoui, les autres ont été érigés en mémoriaux et même, pour l’un d’entre eux, en monument historique.

Grâce à de véritables vestiges faisant figure de témoignages poignants, ces lieux, qui ont été en opération pendant plus de deux siècles et demi, renvoient le visiteur très loin des clichés touristiques classiques de la capitale japonaise.

Peine capitale pour les pyromanes
Peine capitale pour les pyromanes

Situés à proximité de grandes artères dans le but d’envoyer un message fort et clair à ceux qui entraient et sortaient de Edo, ils montraient jusqu’où pouvait aller la puissance du shogun qui avait alors droit de vie et de mort sur le peuple, même pour une simple opinion divergente de la sienne.

Bienvenue dans l’enfer des sites d’exécution de Kozukappara, Suzugamori et Itabashi.

La peine de mort à l’époque Edo

Le Japon a une longue tradition de la peine capitale, même si elle n’a pas toujours été appliquée au cours des ères qui se sont succédées.

À partir du IVe siècle environ, le système judiciaire chinois a de plus en plus influencé le Japon qui a progressivement adopté un système de sanctions différentes selon la nature du crime, avec l’exil, l’emprisonnement, la confiscation et la peine de mort.

Cependant, à partir de la période Nara (710-784), probablement en raison de l’influence des enseignements bouddhistes, les châtiments cruels ont été de moins en moins utilisés.

Pendant la période Heian (784-1185), la peine de mort a également été progressivement écartée et n’a pas été appliquée jusqu’à ce que la rébellion de Hōgen en juillet 1156 la remette au goût du jour.

En revanche, au cours de l’époque suivante (Kamakura de 1185 à 1333), elle a été largement appliquée avec des méthodes d’exécution de plus en plus cruelles, telles que l’ébouillantage, la crucifixion ou le bûcher.

Pendant les époques de Muromachi (1336-1573) et de Azuchi Momoyama (1573-1603), des méthodes d’exécution encore plus dures ont été imaginées, telles que le crucifiement à l’envers, l’empalement, le sciage et le démembrement.


Les délits mineurs pouvaient aussi être punis de mort et les membres de la famille, allant même jusqu’aux voisins du délinquant, pouvaient également être sanctionnés.

Quand une nouvelle époque s’est ouverte, avec l’établissement de Edo comme capitale du pays la même année (1603), les méthodes dures et l’utilisation libérale de la peine de mort se sont poursuivies.

Avec son million d’habitants, Edo était déjà au XVIIème siècle la ville plus peuplée du monde. Et parmi la multitude d’activités humaines qui se développaient aux quatre coins de la ville, toutes n’étaient pas légales.

Ainsi, les contrevenants à la loi pouvaient recevoir une sanction appropriée et ceux qui avaient commis les actes les plus graves, tels que le crime ou l’incendie volontaire, pouvaient être condamnés à la peine de mort.

Et en raison de l’influence du confucianisme, les délits contre les maîtres et les anciens étaient punis beaucoup plus sévèrement que ceux perpétrés contre les gens de rang inférieur.

Si les condamnés réchappaient aux terribles conditions de leur détention (torture, insalubrité, promiscuité, maladie, meurtres entre détenus), c’était un sort autrement plus sordide qui les attendait. Et selon la nature de leur crime, ils n’étaient pas mis à mort de la même façon.

On retrouvait parmi les formes d’exécution en vigueur sous le shogunat de Tokugawa l’ébouillantage, le bûcher, la crucifixion et le sciage. Le condamné pouvait également se voir découpé en deux au niveau de la ceinture.

Cependant, le mode le plus commun d’exécution était la décapitation car elle ne nécessitait «après coup» pas autant de nettoyage que pouvaient demander les autres modes opératoires.

Le détenu, qui était souvent amené à défiler dans la ville avant son exécution, recevait une double peine puisque sa tête, après avoir été nettoyée, était exposée quelques jours dans la rue afin de montrer aux passants le sort qui les attendait s’ils venaient à enfreindre les règles du shogunat.

Mort par crucifixion
Mort par crucifixion

Le samouraï échappait à cette mise en scène et la technique spéciale du seppuku lui était réservée.

Selon le code d’honneur des samouraïs, ils devaient préserver cet honneur jusqu’à leur dernier souffle en se donnant eux-mêmes la mort. Ils devaient alors s’ouvrir le ventre avant d’être décapités.

Enfin, si la plupart des détenus étaient bien des criminels, il y en avait aussi qui n’avaient commis qu’un délit d’entrave au shogun, comme pendant la «purge d’Ansei» (1858-1860) qui avait envoyé à la mort les personnes qui s’opposaient au shogunat ou qui ne le soutenaient pas dans sa politique de commerce extérieur.

A l’époque Edo, seules les personnes les moins bien considérées par la société, les Eta, (équivalent japonais des intouchables d’Inde) pouvaient vivre dans certains quartiers, comme ceux de la périphérie, et y exercer des métiers «sales», pour la plupart liés à la mort, comme dans les abattoirs, les boucheries ou au travail du cuir.

Il en allait de même pour l’exécution et l’enterrement des détenus. Le bourreau principal était ainsi un Eta et le poste était héréditaire.

Avant 1590 et l’arrivée de Ieyasu Tokugawa à Edo en vue d’y établir ses quartiers, il n’y avait qu’un seul lieu d’exécution qui se situait dans le centre de la ville.

Il fut progressivement abandonné et deux sites d’extermination furent installés à la place en 1651, l’un au sud et l’autre au nord de Edo.

Kozukappara

Au nord-est de Edo, à un peu plus de deux kilomètres du temple Senso-Ji de Asakusa et dans l’actuel arrondissement d’Arakawa, se trouve une intersection au nom de «Namidabashi», dont la traduction littérale pourrait être «Le Pont des Pleurs».

Un panneau indiquant l’histoire du quartier se trouve au niveau des feux de signalisation et décrit l’origine de ce nom si étrange pour une intersection en pleine ville.

Avec le rajout récent (fin 2019 ou début 2020) d’une plaque en anglais, il y est mentionné, en substance, qu’à cet endroit coulait dans des temps reculés la rivière Omoigawa qui rejoignait la rivière Sumida.

Autrefois appelée Komaaraigawa («la rivière des chevaux lavés») parce que Minamoto no Yoritomo, fondateur et premier shogun du shogunat de Kamakura, y faisait laver ses chevaux, la rivière était enjambée par un pont en bois qui avait reçu le nom de «Pleurs» («Namida») à la suite de son utilisation durant la période Edo.

En effet, il était à ce moment le dernier lien entre la vie et la mort des personnes condamnées à la peine capitale.

Cimetière du temple pour les exécutés qui avaient droit à une sépulture
Cimetière du temple pour les exécutés qui avaient droit à une sépulture

Les exécutions n’étaient en règle générale pas publiques et le passage sur ce pont constituait pour eux leur dernière chance de voir leurs proches, venus leur adresser un ultime salut, avant qu’ils ne rejoignent leur lieu de supplice, situé quelques six cents mètres plus loin.

Tout comme la rivière qui coulait en-dessous, le pont n’existe plus mais l’intersection en a gardé le triste nom. Situé à proximité de la gare de Minami Senju, le site d’exécution de Kozukappara demeure.

Et même si la plus importante section du terrain d’origine est désormais recouverte par les rails des différentes lignes de trains, on peut tout de même imaginer ce que devait être ce site lugubre qui a été de 1651 à 1881 le champ d’exécution d’un nombre de détenus estimé entre 100.000 et 200.000.

Kozukappara se situait dans un quartier appelé San’ya qui était autrefois insalubre, à la périphérie de Edo et proche de la Nikko Kaido, de la Oshu Kaido et de la Mito Kaido, trois des cinq artères majeures qui partaient de la ville pour rejoindre d’autres parties du Japon.

Il a longtemps conservé cette mauvaise réputation de zone spirituellement souillée et aujourd’hui encore il n’est pas très attractif, si ce n’est pour le bas prix des loyers et des hôtels de voyageurs.

Le terrain sur lequel les condamnés étaient amenés pour être exécutés était vaste, d’une superficie plus grande que celle d’un terrain de football. Ce qu’il en reste aujourd’hui se trouve au niveau du temple Enmeiji (« le temple de la longue vie ») qui n’existait pas au temps des exécutions.

Sa construction a eu pour but de permettre à toutes les âmes égarées et surtout à ceux qui n’avaient pas de famille de trouver le repos. Pendant une centaine d ‘années, le détenu, une fois parvenu sur les lieux de son exécution, était seul pour affronter la mort qui l’attendait.

Puis, pour lui donner un minimum de soutien et de réconfort dans ses derniers instants, la statue d’un Bouddha Jizo a été installée en 1741.

Censée être le gardien des personnes oubliées, la statue du « Kubikiri Jizo », qui peut être traduit par « Bouddha de la décapitation », est encore présente de nos jours même si sa localisation actuelle n’est pas celle qu’elle avait autrefois puisqu’en 1895, en vue de laisser la place à la construction des lignes de trains, elle a été déplacée.

Le kubikiri Jizō à Kozukappara
Le kubikiri Jizō à Kozukappara

Lorsqu’on prend la Hibiya Line en provenance de Ueno, qui est surélevée à ce niveau, on la domine quelques instants avant l’arrivée en gare de Minami-Senju.

Le tremblement de terre de 2011 l’a lourdement endommagée en la faisant basculer de son piédestal. Un panneau accroché au mur adjacent montre des photos et détaille en japonais les travaux qui ont été entrepris en 2014 pour la restaurer.

Très impressionnante du haut de ses 3,60 mètres, on peut imaginer qu’elle était probablement la dernière vision du condamné avant que ses yeux soient bandés et que le coup de grâce lui soit administré.

En guise de mise en garde et dans le but de faire la démonstration de la toute-puissance du shogun sur le peuple, les têtes étaient récupérés, nettoyées et exposées plusieurs jours à l’extérieur du site, dans la tristement surnommée « Rue des Os ».

Aujourd’hui encore, les journaux rapportent occasionnellement la découverte d’ossements lors de la tenue de travaux. Car le terrain était aussi un cimetière de fortune et, pour la grande majorité des condamnés, leur lieu d’exécution était aussi leur dernière demeure.

Les détenus morts en prison et les chevaux du shogun Tokugawa étaient également enterrés ici. Les employés ne prenaient pas le temps de brûler les corps. Ils les enterraient de façon sommaire dans des fosses communes peu profondes.

Pour les « plus chanceux » ou les plus fameux d’entre eux, le temple Eko-In, qui avait été fondé à proximité en 1667, accueillait en son cimetière ceux à qui l’on réservait une sépulture digne de ce nom.

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Parmi les détenus exécutés à Kozukappara et enterrés dans ce cimetière, on peut trouver Nezumi Kozo (1797-1832, surnom de Nakamura Jirokishi), héros populaire connu pour ses vols, Hashimoto Sanai (1834-1859), un samouraï défenseur fidèle de l’empereur pendant les derniers jours du shogunat Tokugawa, Yoarashi Okinu (1845-1872), une ex-geisha qui avait empoisonné l’un de ses clients après être tombée amoureuse d’un acteur kabuki, Yoshida Shoin (1830-1859), un des plus distingués intellectuels du Japon de cette période mais dont les idées politiques ne plaisaient guère au shogunat, ou Takahashi Oden (1848-1879), la dernière personne à avoir été décapitée pour le meurtre d’un homme et une suspicion d’empoisonnement de son mari.

Le temple conserve ainsi un lien fort avec cette période terrible et parmi ses trésors se trouve même un sabre qui aurait servi aux décapitations.

D’un point de vue scientifique enfin, le site d’exécution de Kozukappara présente la particularité d’être l’origine de l’anatomie japonaise. Si la plupart des corps finissaient enfouis sous terre, certains étaient prélevés pour faire l’objet d’autopsies.

Ainsi, c’est à Kozukappara que le physicien Sugita Gempakku réalisa en 1771 les premières autopsies pratiquées au Japon, et un monument, le « Kanzo Kinenhi Monument », a été érigé dans le cimetière en 1922 pour les commémorer.

Suzugamori

Il est des endroits historiquement chargés où l’on peut ressentir le lourd poids du passé eu égard à ce qui s’y est déroulé dans des temps troubles.

Le site d’exécution de Suzugamori, qui n’est aujourd’hui qu’un mémorial recouvert d’une multitude de stèles et de statues très anciennes, est indiscutablement de ceux-là, même si l’entourage moderne des lieux n’apporte plus l’atmosphère lugubre qu’il devait avoir jadis.

Situé au Sud-Ouest de Tokyo, Suzugamori n’apparait pas dans les guides touristiques communs tant le quartier dans lequel il se trouve, situé à quelques kilomètres de l’aéroport international de Haneda, ne présente pas de véritable intérêt pour le visiteur de passage, si ce n’est pour l’aquarium de Shinagawa qui se trouve à proximité.

Et bien que l’endroit semble pour le moins atypique au premier abord, on pourrait y passer à côté sans forcément y prêter attention.

Vue d'ensemble de l'ancien terrain devenu mémorial
Vue d’ensemble de l’ancien terrain devenu mémorial

Le paysage urbain qui l’entoure étant des plus classiques dans une ville japonaise (immeubles de plusieurs étages, passerelle pour enjamber une route, parc, temple), le côté historique des lieux peut facilement échapper.

Pourtant, malgré cette tranquillité apparente, le site recouvre une histoire terriblement violente.

Et, alors qu’il aurait bien pu disparaitre sous le coup de tractations immobilières, Suzugamori demeure encore fièrement en tant que l’un des 100 sites historiques de l’arrondissement de Shinagawa avec son triste secret: établi comme lieu d’exécution en 1651 et en opération pendant plus de deux siècles jusqu’en 1871, ce serait une centaine de milliers de personnes qui auraient vé la mort dans des conditions effroyables à cet endroit.

En 1590, lorsque Ieyasu Tokugawa arriva à Edo pour y établir ses quartiers, le lieu principal d’exécution, situé au centre de la ville, fut écarté et un autre site fut d’abord installé à Honzaimokusho.

Puis, avec l’expansion de la ville au XVIIème siècle et la multiplication de ses habitants, il fut encore déplacé, d’abord à Shibaguchi (dans l’actuel voisinage de Shimbashi) et enfin, après des exécutions massives de chrétiens en 1623 et 1638, à Suzugamori.

Aujourd’hui facile d’accès à partir du centre-ville de Tokyo, Suzugamori, situé à Minami Ōi dans l’arrondissement de Shinagawa, était à l’époque un endroit isolé. Les allers et venues pour entrer ou sortir de la ville étaient alors strictement réglementées.

Sur les cinq routes principales qui permettaient de quitter la ville, des postes ou villes-étapes étaient aménagées pour surveiller le trafic et celui de Shinagawa, alors situé en bord de mer, était un arrêt de fête populaire.

Le site de Suzugamori était ainsi situé dans cet environnement, en périphérie de Edo et le long de la très fréquentée « Tokaido Highway », la plus importante des cinq routes, qui reliait la capitale à Osaka, Kyoto et Nara.

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Lorsque le shogun Tokugawa Iemitsu mourut en 1651, c’est son plus jeune fils âgé de 10 ans qui prit la succession. Mais Marubashi Chuya, un ronin, fut le leader de la « Rébellion de Keian ».

Il fomenta un soulèvement qui devait commencer par l’embrasement de Edo afin de pouvoir s’emparer du château et ainsi renverser le shogunat.

Le projet ne put être mis à exécution et Marubashi Chuya fut capturé et y fut exécuté avec la plupart de ses compagnons, ce qui laisse présumer qu’il serait la première personne mise à mort à Suzugamori.

Il a même été rapporté qu’après avoir été crucifié, il avait été noyé comme exemple pour prévenir de semblables soulèvements. Suzugamori se trouvant sur la baie d’Edo, la mise à mort par l’eau pouvait être également utilisée.

Le processus était là encore très cruel et lent. Les condamnés étaient d’abord suspendus la tête en bas à marée basse et étaient progressivement noyés par la marée montante.

Parmi les autres criminels rendus célèbres et qui ont été exécutés à Suzugamori figurent Ten’ichi-bō, un prêtre qui avait falsifié les papiers pour pouvoir se prétendre le fils illégitime du shogun Yoshimone et que le kabuki a rendu célèbre, et Yaoya Oshichi, qui avait provoqué un incendie par amour et avait été brûlée vive à l’âge de 16 ans.

Le mémorial de Suzugamori repose prétendument sur le fameux lieu d’exécution et le temple Daikyoji qui se trouve à côté, coincé entre la terre triangulaire du mémorial et le concessionnaire d’une marque de voiture allemande, aurait été construit à proximité du lieu d’exécutions dans le but de commémorer les personnes qui venaient d’y perdre la vie et de permettre à leurs âmes de reposer en paix.

Si le doute pouvait encore subsister chez le visiteur de passage, un panneau écrit en japonais et en anglais vient l’éclairer en lui indiquant qu’il se trouve sur les restes de Suzugamori.

Le seul panneau en anglais fournissant des explications sur le site de Suzugamori
Le seul panneau en anglais fournissant des explications sur le site de Suzugamori

A travers les nombreuses stelles, statues et monuments en pierre, dont Daimoku Kuyoto de trois mètres de haut, quelques vestiges demeurent même en place pour rappeler le sinistre sort des condamnés à mort.

Les hommes ont toujours été très ingénieux dans la façon de concevoir les différentes façons de torturer ou de mettre à mort leurs semblables, et ces vestiges, qui montrent bien le caractère cruel des traitements réservés aux condamnés, servent ici à appuyer encore plus le côté authentique des lieux.

Le premier de ces vestiges est un puit dans lequel étaient lavées les têtes des condamnés qui venaient d’être décapités, dans le but d’être exposées dans la rue et de prévenir la population du risque qu’elle encourait en cas de mauvais comportement (les condamnés à mort n’étaient pas que des criminels et le simple fait de s’opposer ou de ne pas se conformer aux exigences du shogunat Tokugawa pouvait aboutir à la peine capitale, notamment pendant la purge d’Ansei en 1858 et 1859).

D’autres panneaux disséminés sur le lieu pour indiquer, en japonais seulement (l’anglais n’est utilisé que pour la description générale des lieux mais pas pour les « détails »), la présence des bases rectangulaires en pierre possédant en leur centre un trou.

Déplacées de la position qu’elles devaient avoir à l’origine, ces bases, dans lesquelles étaient posés des poteaux, servaient aux exécutions par le feu et aux crucifixions.

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En effet, bien que ce mode exécutoire soit associé à l’Occident, le Japon les pratiquait également, notamment pour mettre à mort les chrétiens japonais, persécutés en ce temps au Japon et sur une période de plus de deux siècles.

Mais, si les Romains mettaient généralement l’accent sur l’exposition aux éléments et la famine comme mécanisme de mort, les Japonais expédiaient le processus en poignardant plusieurs dizaines de fois les condamnés avec des hallebardes et les achevaient en leur tranchant la gorge.

De nos jours, Suzugamori, érigé en site historique en 1954, est un mémorial qui se trouve sur un morceau de terre triangulaire à l’exact croisement entre l’avenue Kyu-Tokaido, une des cinq grandes routes qui partaient de Edo, et l’avenue Dai-Ichi Keihin, le long de la route 15 (autoroute Keihin n°1).

Les cadastres rédigés en 1695 indiquent que le terrain mesurait 74 mètres de longueur sur 16,2 mètres de largeur. Pour le rejoindre, l’idéal est de rejoindre la gare de Tachiaigawa au départ de Shinagawa.

En prenant à gauche dès la sortie sud de la gare, on passe d’abord devant une statue du fameux samurai Sakamoto Ryonma et on arrive rapidement sur le dénommé «Namidabashi», ou «Pont des Pleurs» qui, comme à Kozukappara, représentait pour le condamné sa dernière chance de voir ses proches avant de se retrouver seul face à son destin tragique dix minutes de marche plus loin (les exécutions n’étaient généralement pas publiques et seuls les proches des victimes pouvaient y assister).

Avant de rejoindre ce pont et le lieu de son exécution, le condamné pouvait être promené à cheval dans les rues de la ville pendant deux ou trois jours ou être exposé aux yeux du public à Nihonbashi, dans le centre de la ville et dans d’autres grands marchés pendant plusieurs jours.

Si celui de Kozukappara a disparu depuis longtemps, ne laissant son nom qu’au croisement autoroutier, celui de Suzugamori, avec la rivière qu’il permet d’enjamber, est encore là, à la différence que le pont d’origine construit en bois a laissé la place à une structure en pierre.

Si ce triste nom sera toujours attaché à ce pont, il est devenu officiellement Hamakawabashi après que les riverains se soient plaints. Le nom de «Namidabashi» était en effet trop associé aux exécutions et donc au passé très sombre du quartier.

Conclusion

Le troisième site est également établi comme un mémorial. Situé à Itabashi, à une minute seulement de la sortie Est, le mémorial se détache instantanément de tous les bâtiments qui se trouvent autour.

Très petit espace recouvert de stèles et de statues, il fut le troisième site d’exécution de l’époque Edo.

C’est ici que fut exécuté, le 25 avril 1868, Isami Kondo, qui était un chef de Shinsengumi (un groupe de samouraïs de la fin du Shogunat Tokugawa principalement composé de ronins).

Exposition publique le la tête d'Isami Kondo après sa décapitation
Exposition publique le la tête d’Isami Kondo après sa décapitation

Il est précisé sur le panneau attenant au site que sa tête fut envoyée à Kyoto et que son torse fut enterré à proximité. La même année, le shogunat Tokugawa s’effondra et les exécutions dans ces trois sites allaient dès lors prendre fin.

En 1871, à la suite d’une importante réforme du code pénal, le nombre de délits passibles de la peine de mort diminua et la torture, de même que la flagellation, qui étaient des méthodes excessivement cruelles, furent abolies.

En 1873, une autre révision entraîna une nouvelle réduction du nombre de crimes passibles de la peine de mort, et les méthodes d’exécution furent limitées à la décapitation ou à la pendaison.

Vue d'ensemble du site d'Itabashi
Vue d’ensemble du site d’Itabashi

De nos jours, seule la pendaison est pratiquée au Japon pour exécuter la sentence capitale. Il n’en demeure pas moins que ces trois sites qui semblent perdus au milieu de la jungle urbaine moderne, restent très chargés historiquement et émotionnellement.

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Christian Jossalain

Résidant au Japon depuis 6 ans et admirateur de la culture japonaise sous de nombreux aspects, sa petite faiblesse pour les lieux chargés d’Histoire l’a amené à se rendre à plusieurs reprises sur ces sites pour en découvrir le terrible secret.
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