Le dernier samouraï: Takamori Saigo

En 1853, l’arrivée de l’amiral Perry et de ses bateaux noirs forcent l’ouverture du Japon jusqu’alors engoncée dans une politique de repli sur soi.

L’émergence des occidentaux au Japon exalte les tensions politiques qui existaient déjà dans le pays. Le shogunat Tokugawa tremble sur ses bases.

Il se tourne vers la cour impériale pour valider ses choix, car elle est toujours symbole de sagesse et de stabilité pour toutes les couches de la société. Mais cela a plutôt l’effet inverse: ce choix marque la faiblesse du shogunat et le retour en force de l’Empereur.

Takamori Saigo est un samouraï de Satsuma, province du sud-ouest de Kyushu. Parti d’un quasi-anonymat, il va par ses choix toujours radicaux dans cette époque de changements marquer l’histoire du Japon.

Le clan Satsuma

Takamori Saigo est issu d’une famille de samouraï de basse lignée. Son intelligence et sa capacité de gestion lui valurent cependant d’être remarqué par le daimyo du han (unités administratives correspondant aux territoires des fiefs des daimyo du Japon) de Satsuma: Nariakira Shimazu.

Ensemble, ils tentèrent de plaider en faveur de la réconciliation et du rapprochement du shogunat avec la cour impériale.

L’ascension de Takamori Saigo

Nariakira Shimazu

Nariakira Shimazu

Nariakira Shimazu fut cependant écarté des cercles du shogunat par Ii Naosuke, le taro (sorte de premier ministre) du shogun, car Nariakira soutenait la candidature de Yoshinobu Tokugawa au poste de shogun, tandis que Naosuke soutenait Iemochi Tokugawa.

C’est finalement Iemoshi qui deviendra shogun à l’âge de 12 ans. Mais l’évincement de Nariakira est aussi dû aux différences de points de vue quant à la politique du Japon: les suivants de Ii Naosuke veulent renforcer le shogunat tandis que les daimyos comme Nariakira Shimazu désirent la restauration de l’Empereur.

A la mort de Nariakira Shimazu en 1858, c’est son neveu Hisamitsu qui prend la tête du clan. Les prises de position de Takamori Saigo ne semblent pas convenir à Hisamitsu. Celui-ci l’exile sur l’île d’Amami Oshima… puis le reprend… puis le re-exile sur l’île d’Okinoerabu… pour finalement le reprendre définitivement: en effet, le nouveau daimyo de Satsuma a besoin de quelqu’un d’expérimenté pour défendre ses positions à Edo, ce qui correspond au profil de Saigo.

Pour l’anecdote, alors que Hisamitsu Shimazu revient d’Edo en palanquin et accompagné d’une partie de ses samouraï, il croise au village de Namamugi trois marchands britanniques, plus la cousine de l’un d’entre eux, partis pour se faire une escapade sur le Tokaido.

Les explications du « pourquoi » diffèrent, mais celui nommé Richardson ne met pas pied à terre ni ne s’écarte pour laisser passer la procession des Shimazu, malgré les avertissements des samouraï. Il est donc tué et ses deux camarades gravement blessés. La cousine ne souffre d’aucun mal. Cet incident causera des bombardements britanniques à Kagoshima, ainsi qu’un lourd dédommagement de la part du Japon.

Les faits d’arme de Takamori Saigo

Le 20 août 1864 survient l’incident de la porte kinmon: des extrémistes de la province de Choshu, qui souhaitaient la restauration de l’empereur et le refus des relations avec les étrangers, tentent d’entrer dans le palais impérial à Kyoto pour prendre le contrôle de l’Empereur et de sa cour.

Takamori Saigo participe au commandement d’une coalition de samouraï des domaines de Satsuma et d’Aizu et écrase les rebelles. Il devient ensuite l’un des commandants d’une expédition punitive en réaction à cette attaque: la première expédition de Choshu, le premier septembre 1864.

Bien que les samouraï de Satsuma soient ravis de pouvoir affaiblir Choshu, province rivale de longue date, la diplomatie de Takamori Saigo aboutit à la reddition des responsables de l’attaque de la porte kinmon sans avoir à combattre. Ces négociations aboutiront à l’alliance Satcho: Satsuma et Choshu finiront effectivement par s’associer en 1866 pour faire tomber le shogunat.

Iemochi Tokugawa

Iemochi Tokugawa

Iemochi Tokugawa meurt le 29 août 1866, et laisse la place de shogun à Yoshinobu Tokugawa. Celui-ci tente dans un premier temps un renforcement de son pouvoir et une modernisation de son armée mais, devant les insupportables pressions pro-impériales, décide d’abdiquer: l’Empereur reprend le contrôle du Japon.

Yoshinobu garde cependant un pouvoir considérable dans le nouveau gouvernement, ce que les hommes de Satsuma et Choshu ne peuvent supporter. Après diverses provocations, autant diplomatiques que militaires, les factions pro-shogunat et pro-impériales n’y tiennent plus: lorsque l’empereur, influencé par les radicaux, proclame qu’il détient tous les pouvoirs, la guerre de Boshin éclate en janvier 1868.

Takamori Saigo est à la tête des forces armées impériales de Satsuma et Choshu. La première bataille, celle de Toba-Fushimi, se déroule aux portes de Kyoto, la capitale impériale. Les forces du shogun, composées de 15.000 hommes, sont largement supérieures en nombre. Entraînées par des officiers français, elles sont cependant moins bien équipées que leurs adversaires: le shogun a en effet pris du retard quant à la modernisation de ses troupes, et c’est bien pire pour certaines de ses provinces alliées.

Satsuma et Choshu, bien qu’en infériorité numérique de 3 contre 1, sont complètement modernisées, pouvant même compter sur une mitrailleuse rotative. La bataille dure 4 jours et est une défaite décisive pour le shogunat, notamment car Yoshinobu Tokugawa a abandonné ses troupes au milieu de la bataille lorsqu’il s’est aperçu que Satsuma et Choshu arboraient les bannières impériales, confirmant l’approbation de l’Empereur envers les factions anti-shogunat.

Suite à cela, Takamori Saigo mène ses troupes vers Edo. Les forces du shogunat, retranchées dans le château d’Edo, se rendent sans effusion de sang le 11 avril 1868.

L'empereur Meiji

L’empereur Meiji

Comme beaucoup d’hommes de Satsuma et Choshu, Takamori Saigo intègre le nouveau gouvernement Meiji, qui doit réformer de fond en comble le pays. Takamori prend son rôle très au sérieux et participe à de nombreuses réformes, la plus célèbre étant l’abolition du système des han en 1871, transformant ainsi les anciens domaines des daimyos en préfectures.

En 1873 pourtant, les relations entre Saigo et le gouvernement Meiji se tendent. Tout part du refus de la Corée de reconnaître l’Empereur comme chef de l’Empire du Japon, ainsi que le renvoi d’un émissaire japonais venu négocier de nouvelles relations commerciales.

Certains politiques, Takamori Saigo en tête, ne supportent pas cet affront et manifestent le désir de déclarer la guerre à la Corée. D’autres pensent que le Japon est encore trop désorganisé et n’a pas encore une armée assez moderne pour se lancer dans cette entreprise.

C’est finalement ce dernier parti qui l’emporte et, pour manifester leur mécontentement, Takamori Saigo et d’autres quittent leurs fonctions. Saigo, pour sa part, regagne sa ville natale de Kagoshima, dans la province de Satsuma, pour y monter une académie militaire.

Cette académie militaire fut vite remplie par des samouraïs fidèle à Saigo. Le ressentiment des samouraï était d’autant plus violent que le gouvernement Meiji avait aboli le précédent système de classes: dorénavant, il y a les nobles et les autres. L’armée impériale est composée de gens de toutes classes, les samouraï ont donc perdu tous les avantages de leur statut.

En 1877, l’inévitable se produit: les samouraï de Satsuma se soulèvent, avec à leur tête Takamori Saigo.

Bien que soudaine, la rébellion de Satsuma est très vite mise en déroute. Les insurgés sont au nombre de 40.000, contre 300.000 pour les forces du gouvernement. A la suite de leur défaite lors du siège du château de Kumamoto, les quelques centaines de samouraï survivants se terrent dans la colline de Shiroyama, non loin de Kagoshima. Ils y sont encerclés par 30.000 conscrits, et leurs défenses sont bombardées par des navires de guerre.

Les samouraï de Saigo tentent une charge désespérée, comptant sur leur habileté à l’épée contre des troupes « populaires » et donc peu entraînées au corps-à-corps. La charge fait son effet, et la ligne de samouraï tient bon, mais le nombre a finalement raison d’eux.

Saigo lui même est mortellement blessé. Son second Shinsuke Beppu traîne son corps dans un endroit reculé pour l’aider à mourir dignement. On ne sait si Takamori Saigo a réussi ou non son seppuku, mais toujours est-il que Shinsuke Beppu a fini par lui trancher la tête. Après cela, les derniers samouraï survivants dégainent leur épée et effectuent une dernière charge contre l’armée impériale. Ils y trouvent tous la mort. C’est la fin de la rebellion de Satsuma, le dernier soulèvement de samouraï contre le nouveau gouvernement.

Bataille de Shiroyama: dernière charge désespérée

Bataille de Shiroyama: dernière charge désespérée

Takamori Saigo passe à la postérité

Takamori Saigo a eu une destinée mouvementée. A l’origine samouraï de rang modeste, il a aidé à la restauration des pouvoirs à l’Empereur, a joué un rôle actif au sein de son gouvernement avant d’en devenir l’un des plus fervents adversaires.

Son tempérament marchait sur le fil, entre traditionalisme car il adorait l’Empereur en plus d’être un nationaliste exacerbé, et modernité, par sa volonté de réformer le pays et de donner à l’armée des technologies de pointe. Il finira même par mener la révolte de samouraï lésés, après avoir lui-même participé à la modification de leur mode de vie.

Cette dernière rébellion, et sa mort en véritable samouraï, fera de lui le parangon des valeurs de cette caste guerrière à présent disparue, lui valant même un pardon posthume du gouvernement Meiji, le 22 février 1899.

Maître Jean-Jacques

Maître Jean-Jacques est passionné par l'Histoire du Japon, ainsi que certaines parties de son folklore.

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2 thoughts on “Le dernier samouraï: Takamori Saigo

  1. En ce moment le feuilleton dominical de la série TAÏGA DORAMA raconte justement la vie de ce fameux personnage , sur ka télévision nationale NHK !
    Cependant c’est uniquement pour les personnes qui comprennent le japonais !

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