Kawase Hasui
Né à Tokyo en 1883, Kawase Hasui est l’un des plus grands maîtres japonais de la gravure sur bois du mouvement shin hanga («nouvelles estampes») du XXe siècle. Actif principalement à Tokyo mais voyageant à travers tout le Japon – de Hokkaidō au nord jusqu’à Kyūshū au sud – il consacre l’essentiel de sa vie d’adulte à représenter le paysage japonais et la géographie du pays.
Contrairement aux artistes ukiyo-e plus anciens, qui privilégient les sites célèbres et les vues déjà iconiques, Hasui choisit très tôt de représenter des lieux précis mais souvent discrets : villages ruraux reculés, rues calmes de quartier, temples et sanctuaires moins connus, ponts, canaux et petits ports. Ses nombreux voyages lui permettent de constituer une véritable cartographie sensible du Japon : ports de pêche battus par le vent, ruelles enneigées de Tokyo, jardins de temples à Kyoto, paysages de campagne dans le Tōhoku, vues côtières de la mer du Japon ou du Pacifique. À travers ses dessins préparatoires et ses aquarelles, qui servent de base à ses estampes sur bois, il révèle la diversité des régions japonaises et l’atmosphère propre à chaque site.
Face à la modernisation rapide du Japon au XXe siècle, les estampes de Hasui transmettent une forte nostalgie pour le «vieux Japon» et un respect profond de la culture traditionnelle locale. Ses compositions romantiques mettent au premier plan la nature – montagnes, rivières, arbres, côtes, ponts, rizières et ciels changeants – tandis que les personnages humains sont rares, de petite taille et souvent relégués à l’arrière-plan. Ce traitement de l’échelle crée un sentiment d’espace, de silence et de contemplation très caractéristique de son œuvre.
Hasui est particulièrement célèbre pour ses scènes de neige, de pluie et de nuit dans des lieux réels du Japon : rues enneigées éclairées par des lanternes, temples bouddhistes recouverts de neige, ponts sous l’averse, villages de pêcheurs au crépuscule, temples et sanctuaires au clair de lune. Ces paysages atmosphériques, ancrés dans des géographies identifiables, comptent parmi les estampes japonaises de paysage les plus recherchées au monde, autant par les collectionneurs privés que par les musées spécialisés dans l’art japonais.
Artiste extrêmement prolifique, Kawase Hasui réalise environ six cents estampes sur bois au cours de sa carrière, la plupart éditées par Watanabe Shōzaburō, figure clé de la diffusion internationale du shin hanga et de la promotion de l’image du Japon à l’étranger. En 1953, le gouvernement japonais lui rend un hommage exceptionnel en lui commandant l’estampe «Neige au temple Zōjōji», vue hivernale d’un temple emblématique de Tokyo, et en la désignant comme «trésor culturel immatériel». Cette reconnaissance officielle consacre Hasui comme l’un des grands cartographes poétiques du Japon moderne, un artiste qui a fixé sur le bois la mémoire visuelle de nombreuses villes, villages, régions et paysages japonais aujourd’hui transformés ou disparus.