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No one is here for you, par Julien Levy
No one is here for you, par Julien Levy

Un artiste à Tokyo – Entretien avec Julien Birban Levy

Réalisateur, écrivain et photographe, Julien Birban Levy porte un regard souvent désenchanté sur le monde. Il a posé ses valises à Tokyo et accorde une interview à Blog Fascinant Japon…

Paris, New York, Tokyo… Vous transportez votre caméra et votre regard d’un bout à l’autre de la planète, il y a un côté globe-trotter dans votre parcours, est-ce le fruit du hasard et des opportunités ou est-ce un choix?

Il y a eu un nombre considérable de bifurcations dans ma vie qui furent le fruit d’accidents ou du hasard.

Quand j’étais adolescent par exemple je ne rêvais ni du Japon ni de devenir réalisateur de films. Ça s’est fait presque automatiquement.

Ce qui est certain c’est que je suis attaché et même obsédé par les grandes villes. Je suis né à Paris qui est déjà plutôt grande.

Dès le début de ma carrière en tant que réalisateur j’ai voulu travailler à New York, où j’ai rapidement déménagé, et vécu durant six ou sept ans.

J’allais alors à Tokyo de nombreuses fois pour le travail, notamment parce que l’équipe de CHANEL Tokyo m’a proposé de tourner là-bas à plusieurs reprises, mais aussi pour les projections de mes films, ou des projets photographiques.

Londres et Hong Kong ont été aussi de belles bases de travail pour moi sur certains projets. Tout ça, c’est surtout une histoire d’amour avec la Ville.

Sakebi (court métrage)
Sakebi (court métrage)

Vous avez finalement choisi Tokyo comme ‘camp de base’, qu’est-ce qui a motivé cette décision?

Je m’y sentais bien. Il y avait toutes sortes de choses qui semblaient étranges aux occidentaux et qui pour moi tombaient sous le sens.

Lors de ma dernière année de vie à New York, je faisais des aller-retours à Tokyo sans cesse pour le travail.

J’en avais un peu assez de New York, qui me semblait de plus en plus étouffée par l’argent, Wall Street et la publicité, et puis Trump venait d’être élu, alors je suis parti pour Tokyo, pour de bon.

Je continue de travailler beaucoup à Paris, mais Tokyo est le camp de base, comme vous dites.

En tant qu’artiste expatrié français au Japon, quels sont pour vous les éléments les plus motivants qu’offre la société japonaise et à l’inverse les aspects les plus décourageants ou déroutants?

Ici, je suis un immigré. Cela force l’humilité, et cette position basse est très bonne pour un auteur, je crois. Ça nous remet à notre place.

Quant aux aspects positifs et négatifs, cela dépend évidemment de tout un chacun. Personnellement, je vis la nuit et Tokyo s’y prête bien, tant ses nuits sont sûres et en même temps très vives, très déroutantes.

Côté choses décourageantes, je citerais avant tout un milieu du cinéma très conservateur, difficile à entraîner sur des projets risqués.

C’est un vrai challenge, et quelque chose qui m’étonne toujours, parce que pour moi, les films qui restent dans l’histoire sont des films risqués, inhabituels, en décalage. Tout le reste ne m’intéresse pas.

Je crois savoir qu’il y a au Japon – à Tokyo, Kyoto… – un nombre conséquent d’artistes français indépendants (photographes, vidéastes…) y-a-t-il des passerelles entre artistes ou chacun vit-il plus ou moins dans sa bulle?

Personnellement mes amis et collègues de travail ici sont tous, ou presque, Japonais. Il existe, je crois, une passerelle entre les artistes étrangers, mais ça ne m’intéresse pas vraiment.

Hear me out (court métrage)
Hear me out (court métrage)

Votre démarche artistique a commencé avec la musique, dans un groupe de punk rock, aujourd’hui votre production est multiforme – photos, courts métrages, livres – un côté touche-à-tout en conformité avec le côté globe-trotter? Quel est le trait d’union?

Ma petite mission sur cette planète, c’est de raconter des histoires. J’ai des choses à dire.

Le médium importe peu, je crois, même si c’est certain que le film, et depuis peu le roman, sont ce qui me correspond le mieux.

Le fait d’avoir commencé dans des groupes punk rock est fondamental, parce que j’ai gardé imprimé au fond de moi l’idée que le plus important c’est la révolte. Le thème sous-tend tout ce que j’ai créé depuis.

Kiko Mizuhara, Nana Komatsu, Ayami Nakajo mais aussi Virginie Ledoyen ou Astrid Bergès Frisbey, vos films mettent en avant essentiellement des actrices, coïncidences ou un choix réfléchi et assumé?

Je ne crois pas que les hommes soient des êtres très complexes. Les femmes me semblent bien supérieures, bien plus fortes, et bien plus surprenantes. C’est la principale raison pour laquelle j’écris surtout des personnages féminins.

Quels éléments du «monde japonais» (paysages, culture, ambiances…) constituent des sources d’inspiration pour votre travail?

Des façons de faire, des expressions, des nouveaux mots, des coins de rues. Des petites choses. Certains groupes de rock japonais avec lesquels je travaille m’inspirent beaucoup aussi.

Lors d’un bref entretien sur «There is no tomorrow» avec Nana Komatsu en 2016, j’ai été frappé par le côté ‘désenchanté’ et sensation de fin du monde qui habitait cette oeuvre…avec The End of the World Party (2019, avec Shuri) j’ai retrouvé les mêmes sensations. Ce regard sur le monde vous habite-t-il toujours?

Oui, je crois qu’il y a beaucoup de signes annonciateurs de la fin du monde, ou au moins de la fin de ce monde-ci. Et je ne suis pas persuadé que ce soit une mauvaise nouvelle.

C’était d’ailleurs la base de The End Of The World Party: une discussion avec Ryohei Shima sur le fait que la fin du monde pouvait aussi être célébrée, puisque ce monde n’était pas bon.

A titre personnel je ressens une urgence très forte. J’écris des personnages qui la ressentent aussi.

Un long métrage signé Julien Birban Levy, c’est envisageable ou c’est un format qui ne vous attire pas pour le moment?

Je viens de terminer la post-production d’un long-métrage documentaire produit par DIVISION Paris, et j’ai deux longs-métrages de fiction en préparation.

Donc, oui! C’est vrai que j’ai longtemps privilégié les formats courts, que je trouve très puissants, et adaptés à ce monde qui va à toute vitesse. Je continue d’ailleurs à en réaliser.

Quelques mots peut-être sur l’avenir et des projets en cours?

Mon premier roman sort en mars 2023, sous le nom de Julien Birban, c’est la chose la plus excitante pour moi aujourd’hui. Côté films, beaucoup de choses vont se passer dans les prochains mois, mais je ne peux pas encore en parler!

Liens Julien Birban Levy: Site OfficielInstagramFacebookTwitter

Julien Birban Levy
Julien Birban Levy

Mini biographie: Londres, New York, Paris, Tokyo… Julien Birban Levy emporte sa caméra et sa plume partout où il passe et témoigne à travers des courts-métrages et photo-books (bientôt un roman à paraître en France), des œuvres singulières qui traduisent un certain désenchantement et une forme de radicalité. Né à Paris, il est un temps actif sur la scène Punk puis part aux antipodes, à l’Ouest, et vit un temps à New York avant de changer de cap et de s’installer à Tokyo.
Les bande annonces de ses courts métrages sur le site officiel de Kulien Birban Levy, certains d’entre eux sont disponibles dans leur intégralité sur YouTube.

Mise en page: Blog Fascinant Japon – Article et interview par Nill Newt

Remerciements à Julien Birban Levy.

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