Yukichi Fukuzawa: fondateur de l’université Keio

10.000 ¥

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La prochaine fois que vous aurez un billet de 10.000¥ dans les mains, prenez un peu de temps pour regarder Yukichi Fukuzawa (1835~1901) car c’était un homme remarquable.
En octobre 1858, Fukuzawa, alors un jeune samouraï de 23 ans, ouvrit une petite école de science occidentale, connue sous le nom « d’études hollandaises » car il utilisait des livres venant de Hollande, à Edo, la Tokyo actuelle. En 1868, l’année de la restauration Meiji, alors que l’empereur devenait le chef de l’Etat après l’élimination du shogunat Tokugawa, l’école fut renommée Keio Gijuku, « Keio » venant du nom de la zone ou elle était située. En 1918, elle devint l’université Keio, la première université privée au Japon.


Fukuzawa écrivit beaucoup de livres présentant les sciences occidentales et la pensée libérale aux japonais encore intimidés après plus de 250 ans d’oppression sous le régime Tokugawa, et même après que la restauration de 1868 ait catapultée le Japon dans le monde moderne.

« Il est dit que le ciel ne créée pas un homme au-dessus ou en-dessous d’un autre homme. Cela veut dire que lorsque les hommes naissent des cieux, ils sont tous égaux », écrivit Fukuzawa dans son best-seller de 1872 « Gakumon no Susume » (« un encouragement à apprendre »). Dans ce même livre, il écrivit aussi que ce n’est pas le ciel qui donne aux hommes richesses ou dignité mais que c’est leur apprentissage et leur travail.

Bien que ces idées d’égalité et d’encouragement à apprendre peuvent paraître normale pour notre époque mais, dans le Japon du 19ème siècle, elles étaient choquantes voire complètement fausses pour beaucoup de personnes. Cependant, le simple fait que le livre se vendit à 200.000 copies, soit 0.5% de la population japonaise de ce temps-là, montre que ces idées résonnèrent dans la population.

Yukichi Fukuzawa

Yukichi Fukuzawa

Mais, comment Fukuzawa, né dans une petite famille de samouraï de son Kyushu lointain, en vint-il à être le pionner de la pensée progressiste au Japon?

Bien sûr, il étudia le hollandais à Nagasaki et Osaka, le seul langage étranger qu’il était autorisé d’étudier dans un Japon encore dans la période de sakoku, la période d’isolation du monde qui fut imposée par le shogunat pendant quelques 200 ans. Mais, en 1859, quand Fukuzawa visita Yokohama, un port à côté de Tokyo et qui venait tout juste d’être ouvert aux bateaux étrangers, il fut surpris de découvrir que le hollandais était inutile comparé à l’anglais parlé par les marchands américains et européens.

Comme aucun dictionnaire anglais-japonais n’était disponible, il se procura un dictionnaire hollandais-anglais et appris l’anglais de cette manière. L’année suivante, Fukuzawa réussit à être parmi le premier groupe envoyé par le Shogun aux Etats-Unis, naviguant sur un bateau à vapeur jusqu’à San Fransisco.

Après son retour en 1862, il accompagna la première mission japonaise en Europe comme interprète, ce qui lui permit de visiter la France, l’Angleterre, la Hollande, la Prusse, la Russie et le Portugal.

Après son voyage en Europe, Fukuzawa changea le nom de son école de « études hollandaises » en « études anglaises » et lorsqu’il visita Washington et New York avec une délégation gouvernementale en 1867, il ramena une grande quantité de livres en anglais couvrant de nombreux domaines académiques pour ses élèves.

En 1875, il écrivit « Bunmeiron no Gairyaku » (« Ebauche d’une théorie de la civilisation ») grâce aux connaissances accumulées en Europe et aux Etats-Unis. Dans cet ouvrage, il affirma que l’accession à la civilisation, qu’il identifia comme le développement de la connaissance et de la vertu de l’Homme, était de la plus haute importance pour toute nation.

Il insista aussi sur le fait que beaucoup de japonais, qui n’analysaient pas le passé et ne se projetaient pas dans le futur, empêchaient le pays de s’ouvrir vraiment à la civilisation.

Fukuzawa écrivit dans ce livre « Considérez comment, depuis les temps anciens, les étapes de progrès vers la civilisation furent toujours peu orthodoxes la première fois qu’ils furent proposés. Quand Adam Smith présenta pour la première fois sa théorie économique, tout le monde ne la condamna-t-elle pas comme une hérésie? ».

Armoirie de l'université Keio, Tokyo

Armoirie de l’université Keio, Tokyo

D’après Yuichiro Anzai, le président de l’université Keio, Fukuzawa était lui-même peu orthodoxe dans un Japon encore féodal.

Anzai ajoute: « Pendant plus de 200 ans, lors de la période Edo (1603~1867), les gens considéraient comme allant de soi le fait qu’il devait suivre les directives du shogunat. A l’opposé, Fukuwawa pensait que chaque personne devrait penser de manière indépendante, agir et accepter ses responsabilités pour le résultat de ses actions. Il était convaincu que cette manière de faire aiderait la création d’une société civile. Fukuzawa était non seulement peu orthodoxe mais aussi visionnaire pour son temps. »

Afin d’essayer de promouvoir la communication et un large débat dans la société japonaise, Fukuzawa popularisa le terme « enzetsu », dont la traduction littérale est « performance de la parole », ainsi que l’art oratoire auquel il se réfère.

Une autre de ses initiatives de promotion de la communication au sein de la société fut, en 1882, de lancer le journal Jiji Shimpo. Bien qu’il existait déjà plusieurs journaux, Jiji Shimpo était le seul qui se déclarait politiquement impartial.

Poursuivant le même but, Fukuzawa aida aussi au lancement du Japan Times en 1897 en conseillant Sueji Yamada, un de ses parents qui en était le fondateur.

Il mourut en 1901. Qu’en conclure, sinon que Fukuzawa a été un «maître» non seulement pour les écoliers des deux sexes, mais aussi pour les hommes et les femmes du Japon de son temps, et qu’il peut, aujourd’hui encore, être considéré comme tel.

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