Les symboles japonais, voyage au cœur des sagesses de la route de la soie

Entouré par les mers et parsemé d’innombrables montagnes recouvertes de brumes, le Japon nous apparaît comme une terre mystérieuse isolée du reste de l’humanité. Pour les non-initiés, l’influence du taoïsme, de l’hindouisme et de la civilisation perse sur la culture nippone n’est pas perceptible, mais pour ceux qui connaissent les secrets des symboles omniprésents dans la société japonaise, la vie de tous les jours se transforme en un voyage poétique à travers l’Orient. En permettant de rendre visible, l’invisible, ces symboles constituent une fenêtre ouverte vers la sagesse de civilisations plusieurs fois millénaires. En tant que témoins matériels des grands échanges qui ont eut lieu au fil des siècles entre le Japon et le reste du monde, ils constituent la preuve que c’est dans l’ouverture à la différence que réside la clef du développement et de la pérennité des sociétés humaines.

Malheureusement, l’Asie a été pendant longtemps considérée par une partie des européens comme un monde à part, étranger au processus de modernisation. Doté d’un cerveau remarquable, l’homme pourrait, s’il utilisait pleinement, se projeter par delà les quatre murs qui l’enferment à longueur de journée; malheureusement, sa curiosité et son imagination ne l’éloigne que très rarement de son égo. Ceci explique sans doute pourquoi la conception de l’histoire du monde varie sensiblement en fonction de ceux qui tentent de la comprendre. Ne voyant que très rarement au delà de la Méditerranée, les européens ne sont pas peu fiers de s’approprier la paternité du processus de mondialisation. Tous les pays sont liés entre eux, c’est indéniable, mais le centre de tous ces liens est-il l’Europe? Les grands échanges entre les cultures ont-ils attendu les explorateurs européens pour se développer ?

Route de la soie

Les routes de la soie

L’une des plus anciennes et des plus longues voies commerciales est sans conteste la route de la soie qui reliait l’Orient et l’Occident. L’Europe n’était cependant pas le centre de cet incroyable itinéraire de plus de 7.000 kilomètres, mais une extrémité qui s’est ajoutée tardivement. C’est dans l’empire du milieu au IIème siècle avant Jésus Christ à l’initiative du général Zhang Qian (張騫) aux ordres de l’empereur Han Wudi (漢武帝) que débuta cette grande aventure qui changea le cours de l’histoire de l’humanité. L’appellation « route de la soie » a été créée très tardivement au 19ème siècle par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen. Elle met en avant le fait que ces voies commerciales ont été ouvertes par la Chine pour lui permettre de vendre son invention phare, la soie, afin notamment de lever des fonds nécessaires pour acheter des chevaux pour se protéger des invasions barbares.

Cependant, elle ne permet pas de saisir l’importance et la variété des échanges qui ont permis le développement des grands royaumes et empires que ces routes traversaient. Ce ne sont pas seulement des échanges matériels qui ont eu lieu le long de la route de la soie, mais également des échanges intellectuels et spirituels. Elle permit l’introduction dans l’Empire du milieu non seulement du Bouddhisme, mais également de l’Islam et du Nestorianisme. Devenu le centre du monde, la Ville impériale de Chang’an, désormais appelé Xi’an, accueillait alors de nombreux pèlerins et ambassadeurs venus des royaumes voisins. C’est ainsi que les systèmes chinois de pensées comme le taoïsme et le confucianisme ont pu se propager avec le bouddhisme dans les autres pays asiatiques.

Séparé du continent par la mer, le Japon est quant à lui souvent présenté comme un pays à part se tenant à l’écart du reste du monde. Il est vrai qu’à partir de l’époque d’Edo (1603-1868), les Tokugawa (徳川) ont mené une politique isolationniste coupant volontairement le Japon des influences extérieures afin d’asseoir leur règne. Cette période de l’histoire du pays du soleil levant a malheureusement tendance à faire oublier l’intérêt que portaient les nobles, les artistes et les intellectuels des époques antérieures dont notamment celle de Nara (奈良710-794) et de Heian (平安 794-1185) aux cultures étrangères. Le bouddhisme Zen emblématique de la pensée japonaise est originaire d’Inde et s’est d’abord développé en Chine avant de parvenir jusqu’au soleil levant permettant de diffuser par la suite la consommation du Thé dont la plante était inconnue des japonais.

Lion à l’entrée d'un sanctuaire Shinto

Lion à l’entrée d’un sanctuaire Shinto

Considéré comme typiquement autochtone, le shintoïsme comporte de nombreux éléments importés de cultures étrangères. Les premiers paragraphes d’un des ouvrages les plus importants du shintoïsme, le Kojiki (古事記), qui décrivent la séparation du ciel et de la terre rappellent fortement les mythes populaires chinois sur la création du monde. Le chrysanthème devenu symbole de la famille impériale est originaire de Chine et fut importé au Japon pour la première fois afin d’être utilisée lors d’une cérémonie taoïste qui était alors à la mode à la cours japonaise. Les statues de lion en pierre à l’entrée des sanctuaires shintoïstes rappellent que le Japon a reçu des influences de la Perse, l’un des rares pays en Asie où ces animaux ont vécu. L’existence de ces liens se vérifie par la présence de tapis persans sur les chars de parades du festival de Gion (祇園祭) à Kyoto, l’un des plus ancien encore pratiqué à l’heure actuelle.

Bien que doté d’une sensibilité particulière, les japonais ne sont donc pas un peuple à part. C’est en échangeant avec les empires voisins qu’il a pu développer sa culture réputée pour son raffinement. Le Japon n’a donc pas toujours été une île isolée, ses anciennes capitales comme la ville de Nara et Kyoto ont pendant longtemps été considérées comme les extrémités orientales de la route de la Soie. Si cela peut surprendre n’oublions pas que c’est en soie que sont fabriquée les Kimonos que nous pouvons observer dans les musées. La beauté de leurs symboles nous invite à la méditation. Chacun d’entre eux contient la quintessence des grandes Sagesses qui ont traversé le monde par la route de la soie et nous confirme que l’harmonie dans l’ouverture aux autres n’est pas qu’une utopie.

les-secrets-des-symboles-des-kimonos-anciensPour aller plus loin, vous pouvez lire le livre de Nicolas Chauvat, “Les secrets des symboles des kimonos anciens , À la découverte des sagesses millénaires de la route de la soie”.
Les kimonos des nobles de la cour impériale étaient décorés par des motifs subtils que seuls les érudits pouvaient comprendre. Ce livre a pour but de présenter l’univers poétique de ces symboles qui renferment la richesse culturelle et spirituelle des grandes civilisations de la route de la soie.

Nicolas Chauvat

Nicolas Chauvat, diplômé de l'Institut politique d'Aix-en-Provence et ancien chargé de mission à l’Ambassade de France à Tokyo est spécialistes des grands systèmes de religion et leurs influences sur les relations internationales. Parlant couramment japonais et chinois, il partage son temps entre la France et l'Asie, où il mène des recherches sur les différentes spiritualités présentes le long de la route de la Soie. Passionné de photographie, il organise régulièrement en France des expositions sur la Chine ou le Japon.

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