Shinto (2/4): la définition du shintoïsme

Sanctuaire Tomioka Hachiman-gu, Tokyo, Japon

Sanctuaire Tomioka Hachiman-gu

Le shintoïsme est une religion difficile à classifier. D’un côté, il peut être vu comme seulement une forme hautement évoluée de l’animisme et donc une religion primaire. D’un autre côté, les croyances shintô et ses manières de penser sont profondément intégrées dans le subconscient de la société japonaise moderne. La vie après la mort n’est pas une préoccupation essentielle du shintoïsme, et l’accent est par contre mis sur comment trouver sa place dans le monde, au lieu de se préparer pour le suivant. Le shintoïsme ne possède pas de dogme établi, pas d’endroit, d’être ou de « kami » défini comme le plus saint, et aucun ensemble défini de prières.

Au lieu de cela, le shintoïsme est une collection de rituels et de méthodes pour mettre en relation les êtres humains et les kami. Ces pratiques sont nées au Japon, s’y sont développées pendant des siècles et ont été influencées par les contacts entre le Japon et les religions des autres nations, notamment la Chine. Il est à noter, par exemple, que le mot « shintô » lui-même est d’origine chinoise et qu’une grande partie de la codification de la mythologie shintô a été faite dans le but explicite de répondre à l’influence culturelle chinoise. Réciproquement, le shintoïsme a et continue d’avoir un impact sur la pratique des autres religions au Japon. Cela est sans doute le plus évident avec le bouddhisme japonais, comme les deux religions n’ont cessé de s’influencer l’une l’autre pendant toute l’histoire du Japon. Enfin, les « nouvelles religions » qui sont apparues à la fin de la seconde guerre mondiale montre une très nette influence shintô.

Sanctuaire Heian jingu, Kyoto

Sanctuaire Heian jingu, Kyoto

Certains pensent que le shintoïsme a été instrumentalisé afin de légitimer une idéologie lors de la phase militariste de l’histoire japonaise après la restauration Meiji. Comme le shintoïsme n’a pas de source absolue d’autorité, certains pensent qu’il a été récupéré par les nationalistes radicaux, dans le but d’unifier le peuple japonais contre les peuples « inférieurs » des autres nations. D’autres se demandent si l’accent que le shintoïsme met sur la singularité japonaise a rendu ces changements inévitables. Même à notre époque, certaines des factions d’extrême-droite de la société japonaise veulent qu’une plus grande importance soit accordée au shintoïsme et une respect accru pour l’empereur afin de, in fine, remettre le Japon à sa « place légitime » comme nation dominante du monde. Cependant, pour la plupart des japonais, le shintoïsme n’a pas pour but d’exprimer de la haine envers les autres nations mais d’exprimer son amour de la nature japonaise et des êtres et esprits qui l’habite.

Le thème le plus frappant dans le shintoïsme est son grand amour et respect pour la nature. Ainsi, une chute d’eau, la lune, ou simplement une pierre avec une forme bizarre peut être considéré comme un kami, comme peuvent l’être aussi des personnes charismatiques ou des concepts plus abstraits tels que la croissance ou la fertilité. Avec le temps, les racines originelles de vénération de la nature, bien que toujours présentes, se sont atténuées et les kami ont pris des formes beaucoup plus anthropomorphiques. Les kami, cependant, ne sont pas des déités transcendantales dans le sens habituel qu’il peut avoir en occident ou en Inde. Bien que divins, ils sont proches de nous, habitent le même monde que le nôtre, font les mêmes erreurs que les nôtres, et ressentent et pensent de la même manière que nous. Ceux qui meurent deviennent automatiquement des kami, bien qu’il soit apparemment possible de devenir un fantôme dans certaines circonstances particulières comme, par exemple, s’il reste des querelles non résolues.

La foi n’est pas un aspect central du shintoïsme, au contraire de l’observation stricte des rituels qui est plus important que de savoir si la personne « croit » vraiment en ce rituel. Ainsi, même ceux croyants en d’autres religions peuvent être vénérés comme kami après leur mort.

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