Shinto (3/4): la pratique et les enseignements du shintoïsme

La vie après la mort

Déesse du soleil Amaterasu, Japon

Déesse du soleil Amaterasu, Japon

Contrairement à beaucoup de religions, il n’est pas nécessaire de montrer sa foi pour être shintô. Quand un enfant nait au Japon, un prêtre ajoute son nom au registre du sanctuaire local et le déclare « Ujiko », littéralement « nom enfant ». Après sa mort, un « Ujiko » devient un « Ujigami », c’est-à-dire un kami. Une personne peut choisir d’avoir son nom ajouté à une autre liste lorsqu’elle déménage et ainsi être sur les deux registres. Des noms peuvent être ajoutés à un registre sans avoir le consentement de la personne et sans considération pour ses croyances. Cela n’est pas considéré comme une tentative d’imposer ses croyances mais plutôt comme un signe de bienvenue des kami de l’endroit, avec la promesse d’accéder au panthéon des kami après la mort. Les enfants qui meurent avant d’avoir pu être ajoutés au registre sont appelés des « Mizuko », littéralement « eau enfant », créeraient des problèmes et apporteraient des maladies. Les « Mizuko » sont souvent vénérés dans un sanctuaire shintô spécifique afin de calmer leur colère et leur tristesse. Ces sanctuaires ont gagné en popularité avec l’apparition de l’avortement dans le Japon moderne.

Comme le shintoïsme et le bouddhisme ont coexisté pendant plus de mille ans, il est très difficile de dissocier ce qui appartient à l’une ou l’autre croyance. Il est possible de dire qu’alors que le bouddhisme insiste sur la vie après la mort et la fin du cycle des renaissances, le shintoïsme insiste sur la vie actuelle et la manière de trouver le bonheur au cours de celle-ci. Bien que bouddhisme et shintoïsme aient des perspectives sur le monde très différentes, la plupart des japonais ne sentent pas le besoin de réconcilier les deux religions et les pratiquent toutes les deux. Ainsi, il est courant pour les japonais de pratiquer le shintoïsme au cours de leur vie mais d’avoir des funérailles bouddhistes. Les différences de perspectives sur la vie après la mort sont considérées comme complémentaires et, souvent, la pratique rituelle de l’une a son origine dans l’autre.

« Quatre affirmations »

Servante du sanctuaire Shimogamo, Kyoto, Japon

Servante du sanctuaire Shimogamo, Kyoto, Japon

Bien que le shintoïsme n’est pas de commandements absolus pour ses disciples en dehors de « vivre une vie simple et harmonieuse avec la nature et les autres », il est dit que l’esprit shintô se base sur « quatre affirmations »:

  • Tradition et famille: la famille est le principal mécanisme par lequel les traditions sont entretenues. Les célébrations les plus importantes sont celles liées à la naissance et au mariage.
  • Amour de la nature: la nature est sacrée. Être en contact avec la nature est se rapprocher des kami. Les objets naturels sont vénérés car contenant des esprits sacrés.
  • Propreté physique: les fidèles shintô prennent fréquemment des bains, se lavent souvent les mains et la bouche.
  • Matsuri: festivals en l’honneur des kami.

Péché et impureté

Purification au temple Meiji, Tokyo, Japon

Purification au temple Meiji, Tokyo, Japon

Le shintoïsme n’enseigne pas que quelque chose est intrinsèquement un péché. Plutôt, certains actes créent une source d’impureté que l’on voudra laver plus pour sa propre tranquillité ou bonne fortune, et non pas parce qu’une impureté est mauvaise en soi. Le mal et les actes mauvais sont appelés « Kegare », littéralement « saleté », et la notion opposée est « Kiyome », littéralement « pureté ». Les jours normaux sont appelés « Ke », ou « jour », et les jours de fête sont appelés « Hare », « ensoleillé » ou simplement « bon ». Tuer un être doit être fait avec un profond respect pour ce don permettant de continuer sa propre vie et doit être limité au strict minimum.

De nos jours, les japonais continue à mettre l’accent sur le « aisatsu« , c’est-à-dire les phrases rituelles et les salutations. Avant de manger, on doit dire « Itadakimasu », « je vais recevoir humblement », afin de montrer son appréciation à la personne qui a préparé le repas mais aussi pour les choses vivantes qui ont perdu leur vie pour faire le repas. Manquer de respect est un signe de fierté mal placée et de manque d’intérêt pour les autres. Ce type de comportement est mal vu car il est communément admis que cela sera source de problèmes pour tous. Ceux qui ne prennent pas en compte les sentiments d’autrui et des kami ne feront que s’attirer des ennuis. La pire expression d’un tel comportement est de prendre une vie pour son amusement ou son propre bénéfice. Les êtres tués de cette manière garderont de la rancœur, ou « urami », et deviendront des « aragami », des kami puissants et maléfiques qui chercheront à se venger. Cette insistance sur le besoin de coopérer et de collaborer est toujours un des traits caractéristiques de la culture japonaise. Ainsi, dans une société japonaise, aucune décision ne sera prise tant qu’un consensus (ne serait-ce que superficiel) n’aura pas été trouvé.

Purification

Les rites de purification constituent une part essentielle du shintoïsme. Ils peuvent servir à apaiser un kami énervé, par exemple quand le sanctuaire a du être déplacé. De telles cérémonies ont été adaptées à la vie moderne. Par exemple, une cérémonie eut lieu en 1969 pour bénir la mission Apollo 11 vers la lune, les nouveaux bâtiments construits au Japon sont très souvent bénis par un prêtre shintô lors de la pose de la première pierre, et beaucoup de voitures ont été bénies au cours du processus d’assemblage. Un rite plus personnel de purification est celui de la purification par l’eau. Cela peut impliquer de se tenir sous une chute d’eau ou de faire des ablutions rituelles à l’embouchure d’une rivière ou dans la mer. Une troisième forme de purification est d’éviter de faire certaines choses, une sorte de tabou sur certaines personnes ou certaines actions. Par exemple, les femmes n’étaient pas autorisées à monter le mont Fuji jusqu’à 1868, lors de la restauration Meiji. Bien que cet aspect ait eu tendance à diminuer ces dernière années, les japonais religieux ne prononceront pas un mot tel que « couper » lors d’un mariage. De la même manière, ils n’assisteront pas à un mariage s’ils ont été récemment endeuillé.

Les sanctuaires 神社

La vénération des kami est principalement faite dans des sanctuaires publiques, bien que le faire à la maison, devant un petit sanctuaire privé (de temps en temps, une simple étagère avec quelques objets rituels), soit aussi habituel. Il est aussi possible de vénérer des objets ou des personnes encore vivantes. Bien que quelques-uns des sanctuaires publiques soient des ouvrages raffinés, la plupart sont de petits bâtiments dans le style architectural caractéristique du Japon. Il y a généralement une porte (torii) à l’avant des sanctuaires constituées de deux pylônes verticaux et de deux barres transversales. Ces portes ont pour but de séparer le monde dans lequel nous vivons du monde dans lequel les kami vivent. Il y a d’ailleurs souvent deux statues d’animaux, de part et d’autre de la porte, qui montent la garde et servent à protéger l’entrée. De nos jours, il existe environ 100.000 de ces sanctuaires en activité, chacun avec sa propre escorte de prêtres shintô. Les kami sont appelés au cours de cérémonies importantes comme un mariage ou un entrée à l’université. Il arrive souvent de prier pour des kami pour en tirer un avantage matériel: un enfant, un avancement, une vie meilleure. Bien que l’on puisse souhaiter du mal à quelqu’un, il est communément admis que cela n’est possible que soit parce que la personne en question a déjà fait du mal ou alors que l’on a la volonté d’offrir sa vie en contrepartie. Le shintoïsme est populaire pour toutes ces occasions mais, quand il s’agit des funérailles, la plupart des japonais se tournent alors vers le bouddhisme car le shintoïsme met l’accent sur la vie actuelle et non pas sur la suivante. La plupart des festivals au Japon sont organisés par les sanctuaires locaux et tous ceux qui veulent peuvent participer. Alors que ces fêtes pourraient être considérées comme des fêtes religieuses, les japonais ne les voient pas comme telles car tout le monde peut y assister, quelque soit ses convictions religieuses.

Les dieux 神

Le kami le plus vénéré entre tous est la déesse de soleil Amaterasu. Cependant, les japonais ne la vénère pas ou ne l’invoque pas spécifiquement. Son sanctuaire principal est à Ise, mais beaucoup de sanctuaires moins importants lui sont dédiés. A l’intérieur du sanctuaire, elle est souvent représentée par un miroir ou alors simplement par un endroit vide. Ce vide ne signifie pas qu’elle n’existe pas mais plutôt que ce que chacun peut voir à travers le miroir est l’incarnation d’Amaterasu et des autres kami.

Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, l’empereur (Tenno) était censé être de la lignée d’Amaterasu, le père de tous les japonais, et était donc un kami sur terre (« ikigami » ou kami vivant). L’accent avait été mis sur ce statut divin lors de la restauration Meiji. Cela n’empêcha pas les gouverneurs militaires, les shogun, de détenir le pouvoir réel, mais l’empereur était toujours considéré comme le vrai dirigeant du Japon. Bien que l’empereur Hirohito renonçât à ses pouvoirs divins en 1946, sous la pression des américains (ningen-sengen), la famille impériale reste très impliquée dans le rituel shintô qui unifie symboliquement la nation japonaise.

Ema 絵馬

Ema, sanctuaire de Yushima, Tokyo, Japon

Ema, sanctuaire de Yushima, Tokyo, Japon

Au moyen-age, les gens fortunés donnaient des chevaux aux sanctuaires, en particulier lorsqu’ils demandaient les faveurs des dieux (par exemple, pour la victoire lors d’une bataille). Pour de plus petits services, il était devenu habituel de donner simplement l’image d’un cheval, et ces « ema » (voir photo) sont encore populaire de nos jours: le visiteur du sanctuaire achète une tablette de bois qui ressemble vaguement à un cheval, or quelque chose d’autre comme un serpent, une flèche, ou même un portrait de Thomas Edison, il écrit son vœu sur la tablette, puis l’accroche dans le sanctuaire.

Dans certains cas, si le vœu se réalise, la personne vient accrocher un autre ema au sanctuaire pour montrer sa gratitude.

8 thoughts on “Shinto (3/4): la pratique et les enseignements du shintoïsme

  1. Bonjour,
    la quatrième partie sur le shintoïsme est prévue pour quand?
    je viens de découvrir votre site, qui a l’air très intéressant.
    merci de votre réponse.

  2. waw merci beaucoup… je dois faire un exposé sur cette religion en religion et vous m’aidez beaucoup !!! merci pour votre travail qui m’aide a faire le mien !!

  3. Bonjour,

    je suis à la recherche d’experts et d’universitaires spécialisés sur le shintoïsme. Auriez vous des noms à me suggérer ? Ou une bibliographie ?

    Merci beaucoup pour ces articles très intéressants.

  4. La mervielle! Vraiment en lisant les pratiques de cette religion je comprends vite que Dieu est partout. Et si je peux me permettre de dire que je trouve cette religion tres pure que le christianisme d’ou je suis fidele

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