Minamoto no Yoshiie: un pionnier de la noblesse guerrière japonaise

Minamoto No Yoshiie (1039 – 4 août 1106) est un guerrier japonais qui a officié durant l’époque Heian (qui dure elle de 794 à 1185). Il est l’un des membres les plus influents du clan Minamoto, la famille qui instaurera le premier shogunat, celui de Kamakura, en 1192. Il n’est pas risqué de dire que Yoshiie a pavé la route de ses descendants jusqu’au shogunat, tant son prestige a aidé le clan à se développer.

Le clan Minamoto

Yoshiie fait partie du clan Minamoto. Pour être plus précis, il fait partie de la branche Seiwa Genji, c’est à dire celle issue de l’empereur Seiwa (850-880) . Soyons clairs dès maintenant, pour éviter tout confusion par la suite: Minamoto égale Genji. C’est exactement le même clan, tout dépend de comment on lit les caractères qui composent ce nom.

A cette époque, pour éviter que chaque succession impériale dégénère en luttes intestines, l’Empereur du Japon procurait aux princes non-elligibles des titres de noblesse et les acceptait comme sujets . Les deux clans les plus connus issus de cette tradition étaient les Taira et les Minamoto . L’Empereur Saga par exemple, qui le premier accorda le nom « Minamoto » à certains de ses descendants, avait la bagatelle de 49 enfants. C’est beaucoup, et mieux valait effectivement avoir pensé à la succession bien en avance.

Mais parmi les Minamoto, de nombreuses branches existent. L’Empereur Saga n’a pas été le seul à donner le nom « Minamoto », c’est pas moins de 21 branches qui existent, une par empereur ayant utilisé ce petit truc. Certaines furent plus productives que d’autres, notamment celle qui nous intéresse aujourd’hui: la branche Seiwa Genji. Ce sont les descendants de Minamoto no Tsunemoto, fils du prince Sadazumi et petit-fils de l’empereur Seiwa.

Contexte historique de la période Heian

Durant la période Heian, des troubles apparaissent dans la partie septentrionale du Japon. La famille Abe, qui descend des barbares Emishi pacifiés durant l’époque Nara ( on les appelle les fushûs), devient un peu trop encombrant selon les standards de la cour impériale.

Le clan Abe occupe les six districts de la Koromo. Il a acquis le titre de gunshi, ou chef de district, certainement en échange de son ralliement au pouvoir de la Cour. La zone controlée par les Abe au nord fait office de zone-tampon: elle fait le transit entre les population emishis du nord de Honshu ainsi que de l’île d’Hokkaïdo et les gouverneurs provinciaux « japonais » du sud.

Au début du 11ème siècle, les Abe contrôlent entièrement la gestion administrative de leurs districts et rallient de nouveaux chefs pour renforcer leur position. Le chef du clan, Abe no Yoritoki, commence à armer des garnisons et lorgne vers le sud, ce qui exaspère les gouverneurs provinciaux.

Alors que Yoritoki franchit la barrière de la Koromo en 1051 pour étendre son pouvoir vers le sud, le gouverneur de la région tente d’intervenir, mais il est vaincu. La cour, pour matter la rebellion, envoie le chef Minamoto no Yoriyoshi, avec son fils aîné Yoshiie. Il s’y rend accompagné en grande partie d’hommes du Kanto, région où le clan a réussi à rallier un grand nombre de guerriers à sa cause.

Officiellement, les Minamoto doivent faire repasser la région sous le joug de la Cour impériale. Officieusement, Minamoto no Yoriyoshi entend bien prélever quelques terrains pour agrandir son influence, et solidifier son emprise sur les guerriers du Kanto, histoire de s’imposer définitivement comme leur suzerain. C’est le début de la guerre de Zenkunen, ou guerre de neuf ans.

Les faits d’armes de Minamoto no Yoshiie

Dès l’arrivée des occupants, Abe no Yoritoki se soumet rapidement. Yoriyoshi exerce des pressions très vites insoutenables pour le clan Abe, et la guerre reprend en 1056. Si la plupart des chroniques rendent Yoritoki responsable de la guerre puisqu’il s’est de nouveau soulevé, il apparaît évident que le clan Minamoto n’y est pas étranger, puisque désireux de s’emparer des terres Abe.

Bien que dotés d’une armée conséquente, les Minamoto mettent six années à parvenir à leurs fins. Le froid et la faim atteignent le moral de leur armée. Mais Yoriyoshi est un excellent général et surtout, son fils Yoshiie inspire ses hommes au combat. C’est durant cette guerre qu’il démontre ses talents devenus légendaires. Les chroniques de l’époque le dépeignent comme un guerrier acharné, excellent cavalier et archer émérite.

Abe No Yoritoki est tué en 1057, son fils Abe No Sadato continue de mener ses guerriers au combat, avec succès. L’une de ses grandes victoires est la bataille de Kawasaki, où il parvient à repousser les Minamoto grâce à la combinaison gagnante d’une défense inexpugnable et d’une tempête de neige qui gêne grandement ses adversaires.

Durant la guerre, il est dit que Yoriyoshi (ou Yoshiie selon les versions), pour assouvir la soif de ses soldats, tira une flèche au hasard dans l’air. Là où elle retomba, il creusa avec la base de son arc et trouva une source d’eau claire pour désaltérer ses hommes.

La fin de la guerre est due à la division des chefs fushûs, que le clan Minamoto exploite à son avantage: Yoriyoshi demande de l’aide à Kiyohara no Takenori de la province de Dewa, qui rallie des chefs fushûs dissidents. Ensemble, ils finissent par vaincre Abe no Sadato en 1062, durant le siège de sa forteresse sur la rivière Kuriya-gawa. Les chefs du clan sont tués ou contraints au suicide.

Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour Minamoto no Yoriyoshi: la Cour, probablement craintive que le clan Minamoto ne prenne trop d’ampleur, décide de céder les biens du clan Abe à Kiyohara no Takenori. Les guerriers du Kanto par contre sont sommés de rentrer chez eux, de même que le clan Minamoto.

Yoriyoshi s’installe à Kamakura, où il fait construire le sanctuaire de leur kami protecteur Hachiman. Mais bien que n’ayant gagné aucune parcelle de terre, les Minamoto sont parvenus à rallier à eux une énorme partie des guerriers du Kanto, qui voyaient en Yoriyoshi un général hors-pair et qui savait comprendre ses subordonnées.

La situation n’est donc pas catastrophique, mais elle emplit le clan de rancoeur envers les Kiyohara.

En 1080, une occasion inespérée se présente: le clan Kiyohara se divise. Les tensions sont telle que la guerre éclate en 1083 entre Masahira, Iehira et Narihira, chefs des différentes branches du clan Kiyohara.

Minamoto no Yoshiie, devenu chef du clan Minamoto, profite de l’occasion et s’immisce dans cette nouvelle guerre, la Gosannen ou guerre de trois ans. Il y soutient le dénommé Kiyohara no Kiyohira, le demi-frère de Iehira no Kiyohira.

Yoshiie démontre une fois de plus pendant cette guerre son statut de leader incontestable, en gardant le morale de ses troupes au plus haut grâce à une discipline de fer et une détermination sans failles. La guerre est gagnée en 1087, à l’issue du siège du fort Kanesawa, où Iehira et son oncle Takahira sont finalement tués.

C’est juste avant ce siège que se déroule l’une des plus fameuses anecdotes quant à Yoshiie: il parvient effectivement à déjouer une embuscade en surprenant un vol de grues qui se sont envolées car dérangées par la présence des troupes ennemies dissimulées.

Après cette victoire, Kiyohara no Kiyohira demande à rejoindre la puissante famille Fujiwara, à laquelle il est lié par son père. Une nouvelle branche du clan naît, les Ôshu Fujiwara, c’est à dire Fujiwara du nord, ce qui ramène les provinces rebelles du nord sous le joug de la noblesse impériale.

En ce qui concerne les guerriers du Kanto, la victoire n’est pas celle espérée. En effet, une fois de plus, la Cour n’accorde aucune récompence au clan Minamoto et à ses suivants car elle considère que Yoshiie s’est engagé dans cette guerre pour des motifs personnels et ne mérite donc rien.

Cela étant, cette nouvelle campagne a renforcé la solidarité des guerriers du Kanto: rentrés chez eux, ils racontent leurs histoires, leurs prouesses et entre eux naît une nouvelle solidarité, un esprit de corps.

La caste des samouraïs commence alors à prendre son essor au Japon: bien qu’encore considérés comme de vulgaires brigands par les nobles de la cour, ils commencent à prendre conscience de leur appartenance à un ensemble… Ensemble qui prend de plus en plus d’importance dans le pays en pleine mutation.

Quant à Minamoto no Yoshiie, il décide de récompenser ses hommes en leur offrant des parcelles de terrain du clan. Ce geste est vu comme grandement honorable par les guerriers du Kanto, et de plus en plus d’entre eux font passer leur domaine sous la tutelle des Minamoto. Le phénomène est tellement important que la Cour elle même doit en arrêter la pratique pour éviter que le clan ne prenne trop d’importance.

Malgré cela, Yoshiie est désormais le suzerain d’une troupe de guerriers loyaux et a bien commencé à écrire le début de la légende des Minamoto… Légende que ses descendants vont s’empresser de perpétuer.

L’impact de Minamoto no Yoshiie

Minamoto No Yoshiie est vu comme l’un des pionniers de la noblesse guerrière, qui supplantera par la suite la noblesse de Cour dans le contrôle du Japon jusqu’en 1868. Il est resté dans les annales comme « Hachimantaro », le fils du kami de la guerre, tant ses talents à la fois en combat et en commandement étaient grands.

Pour la caste nouvelle créée des guerriers, il devint rapidement un modèle à suivre, parangon des valeurs qui seront celles, plus tardivement, du bushido. C’est en grande partie grâce à lui que le clan Minamoto jouit d’autant de prestige et peut rallier tant de guerriers sous sa bannière dans les années, et les guerres, à venir.

Maître Jean-Jacques

Maître Jean-Jacques est passionné par l'Histoire du Japon, ainsi que certaines parties de son folklore.

Poussez les portes de son dojo pour profiter de ses enseignements en vidéo.

Les derniers articles par Maître Jean-Jacques (tout voir)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *