Restauration Meiji: Naissance d’une économie capitaliste

L’économie japonaise au moment de la restauration Meiji

Premières usines

Premières usines

Les deux principes qui régissent l’économie sous Meiji sont shokusan kôgyô (implanter et développer l’industrie), et fukoku kyohei (pays riche, armée puissante). Les historiens sont unanimes quant à l’effort fourni par le Japon de Meiji pour rattraper le reste du monde. Mais il y a aussi un acquis préalable qui rend la résolution industrielle si originale. Voyons si le Japon possède les sept indicateurs d’un pays prêt à la révolution industrielle…

La généralisation du marché :

  • La période Tokugawa a donné lieu à une intensification des échanges commerciaux, malgré les restrictions idéologiques
  • Idéologie incompatible avec l’idée de révolution industrielle
  • Le pays n’était pas unifié, le grand nombre de douanes locales empêchaient le commerce intérieur hors domaine
  • Absence de monnaie unifiée
  • Pas de libre concurrence, les corporations marchandes luttaient entre elles pour des monopoles
  • Pas de marchés extérieurs

Le développement de structures financières :

  • Progrès de l’économie monétaire, la monnaie prend le pas sur le riz
  • Pas de système bancaire, les banques de type occidental n’apparaissent pas sous Meiji

Le développement d’une activité non agricole :

  • Essor de l’artisanat
  • Usines trop archaïques (textile, armement…)
  • Economie centrée sur le riz

Le développement du salariat :

  • La seule main d’oeuvre salariée était saisonnière, revenu d’appoint

L’existence d’une technologie permettant la production à grande échelle :

  • Des Hollandais avaient transmis le savoir occidental à quelques éclairés, mais la majeure partie de la production se faisait selon des techniques traditionnelles

Un niveau d’instruction assez élevé :

  • Domaine où les Japonais étaient le plus en avance. Niveau d’éducation suffisant. Les samouraï savaient lire et écrire, les artisans et les commerçants étaient alphabétisés.
  • Malgré tout, l’éducation est traditionnelle et basée sur le respect de l’autorité

L’apparition d’une classe bourgeoise autonome :

  • La bourgeoisie des villes, surveillée de près par le bakufu, n’a pu développer une idéologie forte

Si ce n’est l’éducation, le Japon était encore très loin d’une révolution industrielle. Le Japon a importé sur l’initiative de l’Etat une idéologie et des techniques occidentales. C’est le gouvernement de Meiji qui va moderniser l’économie. Le principe est de s’assurer des rentrées d’argent et développer l’industrie. L’agriculture qui permet tout cela. La réforme de l’impôt foncier assure un maximum de crédits pour l’industrie, mais aussi un lourd fardeau pour les paysans.

La réforme de l’impôt foncier

Certificat de propriété foncière

Certificat de propriété foncière

Elle se fait en plusieurs étapes. L’agriculture devient une activité soumise au marché. Elle va développer des bénéfices, grâce à la levée des restrictions en matière de cultures industrielles, en 1871. Avant cette date, les Japonais cultivaient pour se nourrir.

En 1872, on abolit l’ordonnance de 1643 qui interdisait la vente et l’achat de terres. De 1873 à 1876, on détermine la valeur monétaire de l’ensemble des parcelles cultivables et on émet des titres de propriété (109 millions) à partir desquels on décide l’impôt.

Suite à des révoltes paysannes, l’Etat allège cet impôt, mais la plupart des paysans, incapables de payer l’impôt, vont devoir revendre leurs terres. Les conséquences sont importantes. Les terres se concentrent entre les mains d’un petit nombre, les jinushisei. Les relations de type féodal perdurent jusqu’en 1945. Les paysans appauvris vont partir dans les villes et fournir une main d’oeuvre industrielle à bas prix. C’est un des facteurs de la réussite de la révolution industrielle. Le surplus de main d’oeuvre dans les campagnes permet de maintenir les salaires très bas. Sur la base de l’impôt foncier, l’Etat va prendre en charge la révolution industrielle.

L’Etat entrepreneur

Les voies de chemin de fer prennent du terrain: lignes Osaka-Kobe en 1879 et Kyoto-Osaka en 1889. Le télégraphe est installé en 1879 entre Yokohama et Tokyo. Dès 1873, Tokyo et Nagasaki sont reliées.

L’Etat abolit les barrières douanières intérieures (sekicho), les corporations (kabunakama) et leurs privilèges. Le gouvernement prend part à l’industrie militaire, modernise l’arsenal de Yokosuka. Des usines modernes telles que filatures, cimenteries, brasseries se développent. Des experts étrangers sont mis à contribution. Ils créent la plupart des industries d’Etat et forment la première génération d’ingénieurs japonais. L’Etat prend en charge l’île de Hokkaido, la peuple et l’exploite.

Cette implication est une politique coûteuse, et malgré les nouveaux impôts, les revenus fiscaux ne couvrent pas les dépenses. Pour combler le déficit, l’Etat recourt à l’émission monétaire. En 1872, les dépenses de l’Etat ne dépassent pas le tiers des ressources engagées. Entre 1876 et 1880, les prix augmentent de 100%, ce qui entraîne des tensions sociales. L’Etat au début des années 1880 va opérer des réformes radicales. On les appelle réformes de Matsukata, du nom du ministre de l’économie de l’époque: Masayoshi Matsukata.

Les réformes de Matsukata

Masayoshi Matsukata

Masayoshi Matsukata

L’Etat retire 20% des billets de banque émis. On réduit les dépenses de l’Etat, on diminue les crédits alloués aux infrastructures. Les taxes augmentent. Pour fournir de nouvelles ressources, Matsukata vend au privé une partie importante des entreprises créées entre 1868 et 1880.

Cette vente va bénéficier à un petit nombre d’entrepreneurs liés au gouvernement, les seisho (marchands politiques). Les seisho vont pouvoir développer les zaibatsu. Ainsi, Sumitomo, une maison de commerce de Edo se transforme en empire commercial grâce aux ventes d’Etat. Mitsui et Mitsubishi dominent jusqu’en 1945.

Les zaibatsu sont régulièrement favorisées par l’Etat, qui leur concède des monopoles, des subventions et des emprunts à faible taux. L’économie est concentrée entre les mains d’un petit nombre.

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