Karate et kobudô: Les arts martiaux okinawanais de nos jours

Un livre de plus sur le karaté (et les kobudo) okinawanais? Pas vraiment… Plus qu’une somme cherchant à présenter une histoire du combat d’origine chinoise à Okinawa, ce livre s’intéresse davantage à la situation présente de ces techniques de combat.
Vous voulez savoir par exemple:

  • quelle est la place du karaté à l’heure actuelle à Okinawa?
  • quels sont les rapports entre la Yamane-ryû et les Ryûkyû kobudô?
  • si l’école de kobudô des Matayoshi est encore unie?
Le kata Seepai de la Gôjû-ryû

Le kata Seepai de la Gôjû-ryû

Vous voulez aussi notamment toucher du doigt le monde martial okinawanais contemporain, en visitant depuis votre fauteuil les importants dojos de l’île?

Le karaté est très connu en Occident. Que ce soit à travers les évènements sportifs (championnats d’Europe et du Monde, tournois régionaux etc…), où avec l’image de la pratique austère transmise par les experts japonais dans les années 1950 et 1960 (les fameuses casses de tuiles, et les combats avec les coups de pied au visage). Le mot kata, ces enchaînements à la base du karaté, est même presque commun en langue française.

Ce qui nous a été passé du karaté en Europe repose sur les techniques de bases (kihon), le travail à deux (kumite) et les katas. L’entraînement est souvent mené de façon autoritaire, en insistant sur les efforts et le dépassement de soi.

Pourtant, le karaté ne vient pas de Tokyo ou d’Osaka, c’est-à-dire la métropole japonaise, pour être originaire d’une île à l’extrême sud-ouest du Japon: Okinawa.

Le karaté est donc okinawanais, et cela change beaucoup de choses. Alors que sa version développée dans la métropole insiste sur la compétition, celui d’Okinawa est une formation du corps et une méthode d’auto-défense. Il contient du renforcement, de la fortification, des applications des techniques des katas, l’étude des points de pression, des clés articulaires, des projections…

Comme les jûjutsu au Japon ou les boxes de la Chine, le karaté okinawanais est le produit d’une culture. Empruntant des éléments chinois et développé dans un contexte japonais, il se distingue pourtant des techniques martiales de ces deux importants pays pour se poser comme une production originale qui mérite d’être observé avec attention.

Trop souvent réduit à une variante de ce qu’il est devenu au centre du Japon, alors qu’il en est la matrice, comme le montre les katas qui conservent à la métropole leurs noms en okinawanais, il doit être considéré pour ce qu’il est, au même titre que la musique okinawanaise ou le tissage: une particularité avec ses codes, sa manière de fonctionner et son développement original.

Il est aussi complété par les kobudô, une méthode de combat armée comptant aussi bien le bâton long que des faucilles ou le fléau-nunchaku. Depuis plusieurs années déjà, les pratiquants français du karaté métropolitain se tournent vers Okinawa pour comprendre l’origine de leur art, voire pour s’y adonner parce qu’ils découvrent des aspects qu’ils n’avaient jamais connus jusqu’alors.

Assaut au bâton des Okinawa kobudô

Assaut au bâton des Okinawa kobudô

Le karaté et les kobudô okinawanais sont complexes, renfermant myriades d’écoles, de figures importantes, et reposant sur des courants, donnant à ces techniques des saveurs et des nuances propres.

On parle par exemple souvent en France du karaté shorin-ryu. Mais ce dernier terme désigne en fait quatre écoles et courants, qui sont distinguées en japonais grâce à l’emploi des caractères chinois, un signe ayant un sens propre, mais au niveau du son, donc de ce qui est transcrit avec l’alphabet latin, il reste plusieurs homophones. Si l’on parle de courant, il s’agit de shôrin, s’il s’agit d’un type de karaté, il s’agit de celui de Kyan Chotoku. S’il s’agit d’école, on parle plutôt de Kobayashi, de Matsubayashi, de Ryûkyû shôrin, de Sukunai, à chaque fois avec le suffixe –ryû (ces quatre termes se lisant « shôrin » en sino-japonais).

Le kata Seesan de la Kônan-ryû

Le kata Seesan de la Kônan-ryû

Ce livre vise à présenter aux lecteurs francophones des aspects peu traités des arts martiaux insulaires et à leur donner des clés de compréhension de leurs formes actuelles.

Fruit d’une recherche de l’auteur de plusieurs années, cet ouvrage nous apprend par exemple que le terme karaté au sens de « main vide » est récent à Okinawa. Il date des années 1930, quand les maîtres importants de l’époque se réunirent pour décider de l’uniformisation de leurs arts. Nous apprenons aussi qu’une frange importante des écoles actuelles vient du sud de la Chine, car des Okinawanais s’y rendaient pour apprendre les arts martiaux.

L’auteur expose aussi des faits rarement évoqués, comme les liens entre les arts martiaux et le tourisme à Okinawa.

On apprend vraiment beaucoup de choses sur Okinawa à la lecture de ce texte: points culturels, évènements historiques, données géographiques. Alors que souvent les livres sur le karaté okinawanais (ceux sur les kobudô sont plus rares) écrits en anglais sont assez vagues sur ces notions, l’auteur prend soin d’expliquer, de traduire des idées et des termes qui sont incompréhensibles pour les lecteurs n’étant pas au fait de la société okinawanaise.

Karate et kobudô à la source – Les arts martiaux okinawanais maintenant

Karate et kobudô à la source

Karate et kobudô à la source – Les arts martiaux okinawanais maintenant
par Jean-Charles Juster

Ethnologue de formation et pratiquant depuis plus de 25 ans, Jean-Charles Juster s’intéresse à la culture okinawanaise depuis plus de dix ans et a effectué de nombreux séjours à Naha comme dans la province de l’Ile d’Okinawa où il a été introduit dans les milieux des arts scéniques et martiaux, lui donnant accès à des informations que peu d’Occidentaux avaient reçues avant lui.

Il a aussi publié en 2014 L’histoire des Tamanaha de Shuri, un clan d’Okinawa.

Le livre est disponible en ligne sur le site Okinawa culture asie.

 

Voici pour en feuilleter quelques passages:

Table des matières:

  • STRUCTURES, ECOLES ET BRANCHES
    • La formation d’un microcosme martial
      • La recherche d’une direction commune
      • Les organisations okinawanaises d’arts martiaux
    • Les écoles de karate
      • Le shurite classique: Shôrin-ryû Matsumura seitô karate; Okinawa Funakoshi Shôrin-ryû karate; Sukunai hayashi-ryû; Shôrinji-ryû; Isshin-ryû; Shôrin-ryû; Matsubayashi-ryû; Shôgen-ryû; Ryûkyû Shôrin-ryû; Tozan-ryû
      • Le shurite moderne: Koyayashi-ryû; Shitô-ryû
      • Les écoles issues du nahate: Gôjû-ryû; Tôon-ryû; Ryûei-ryû
      • Les écoles provenant du Fujian: Uechi-ryû; Shôhei-ryû; Kônan-ryû; Kingai-ryû; Nihon Shôrinji karatedô; Kojô-ryû
      • Le tomarite: Nihon denryû heihô Motobu kenpô; Gôhaku-kai; Okinawa kenpô
      • Les arts martiaux des Motobu: Motobu Udun dii
      • Les écoles éteintes: Ishimine-ryû; Kûshin-ryû
    • Les kobudô
      • Ryûkyû kobudô
      • Okinawa kobudô
      • Motobu Udun dii
      • Ryûkonkai
      • Yamane-ryû
      • Ufuchiku-den Ryûkyû kobujutsu
      • Tozan-ryû
      • Ryûei-ryû
      • Mura bô
  • UN REGARD DIFFERENT SUR LE MONDE DES ARTS MARTIAUX OKINAWANAIS
    • L’autre côté du miroir
      • Les arts martiaux okinawanais et la tradition; Les arts martiaux et la sphère politico-économique
      • Les arts okinawanais et l’étranger; Arts martiaux, auto-défense et pratique du combat
      • L’uniformisation des arts martiaux insulaires
    • A la découverte d’écoles méconnues
      • Tozan-ryû; Kônan-ryû; Okinawa kenpô
    • La perte de vitesse des kobudô
      • Un peu d’histoire; Des maîtres attachés à la tradition (Kinjô Masakazu – Ahagon Masayoshi – Hokama Tetsuhiro)
  • A LA RENCONTRE DES DOJOS IMPORTANTS D’OKINAWA
    • Le Kyûdôkan [shurite]
    • Le Jundôkan [Gôjû-ryû]
    • Le Kôdôkan [Okinawa kobudô et Kingai-ryû]
    • Le Shidôkan [Kobayashi-ryû]
    • L’Uechi-ryû karatedô Oroku dôjô [Uechi-ryû]

Christophe Massé

Secrétaire du groupe de recherche Culture d’Asie et d’Okinawa, passionné par le Japon et sa diversité culturelle depuis mon jeune âge, je participe aux travaux sur Okinawa, lieu d’échange entre l’archipel nippon et la Chine, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique.

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