L’affirmation du Japon comme nation moderne pendant l’ère Meiji

La consolidation de l’Etat impérial

Constitution du Japon

Constitution du Japon

Les oligarques sont partagés entre le désir de réprimer et la volonté de faire un pays fondé sur une constitution moderne. Celle de 1889 va être basée sur la constitution allemande. L’inspiration de ce document est ambivalente. Le fait de posséder une constitution place le gouvernement japonais sur un pied d’égalité avec les grands pays modernes. On trouve dans cette constitution quelques éléments relativement libéraux. Mais elle représente aussi une occasion pour une assise plus solide du caractère impérial du régime. En cela, le document japonais est nettement plus autoritaire que la constitution prussienne de 1850 dont elle s’inspire.

L’Empereur personnifie l’Etat et la loi. Il dispose du pouvoir législatif, nomme le président des deux chambres, et convoque la Diète. Il peut prononcer la dissolution de la chambre basse et légiférer par ordonnance. Si l’état de siège est déclaré, il peut suspendre les libertés à sa guise, il représente le Japon sur la scène internationale, et décide seul de la guerre et de la paix.

Le Premier ministre est choisi parmi le conseil des anciens, le genro. Ce conseil est composé des oligarques qui gouvernent depuis 1868. Le genro leur permet en fait de continuer à tirer les ficelles jusqu’au début du XXe siècle. Les ministres sont responsables devant l’Empereur, il n’y a pas de souveraineté populaire.

La constitution prévoit un parlement de deux chambres. La chambre des Pairs, ou chambre haute, est composée de personnes de prestige nommées par l’Empereur. La chambre des Représentants, ou chambre basse, quant à elle, est élue au suffrage censitaire (1% de la pop.) Le cens baisse jusqu’à être aboli en 1950. La chambre des députés représente un petit nombre et n’a que peu de pouvoirs, sinon le vote du budget. Mais si ce budget est refusé, on garde le précédent. La constitution précise le rôle des bureaucrates qui dépendent de l’empereur. Ils sont très puissants, leur nombre passe de 20.000 en 1890 à 72.000 en 1908. Ils sont issus de l’université impériale de Tokyo.

En résumé, la constitution de 1889 est relativement autoritaire et remet les pouvoirs aux mains de l’Empereur. Le Parlement va néanmoins, à partir de 1900, prendre du pouvoir. Le Premier ministre va être choisi, à partir de 1910, parmi les parlementaires et les partis politiques dominants à la Diète. Vers 1920, c’est la démocratie Taisho, le moment où le Parlement est le plus influent. Mais cette lumière démocratique s’éteint en 1930, soufflée par les militaires.

L’affirmation du Japon comme grande puissance militaire

Amiral Togo

Amiral Togo

La politique extérieure japonaise se développe dans deux directions: d’un côté le gouvernement japonais essaye de créer des liens égalitaires avec les grandes puissances, et d’un autre côté il essaye d’étendre sa domination militaire sur ses voisins.

Le Japon souhaite renégocier les traités inégaux, et entame une série de négociations avec certains pays occidentaux, en 1894, pour abolir quelques points. En 1911, le Japon peut fixer librement ses tarifs douaniers. En même temps, le gouvernement tente de passer des alliances militaires avec les puissances de l’époque, avec la Grande-Bretagne surtout. La Grande-Bretagne, soucieuse d’opposer un contrepoids à l’influence russe en Mandchourie, signe des accords en 1902 et 1905 avec le Japon.

Lorsque la cour royale de Corée fait appel à la Chine pour réprimer une révolte, en 1894, le Japon décide d’intervenir également. Les armées japonaises et chinoises se heurtent; rapidement, une partie de la flotte chinoise est détruite, et le sud de la Mandchourie est occupée. Ce conflit débouche sur le traité de paix de Shimonoseki, très avantageux pour les Japonais. Ils reçoivent une indemnité importante, le contrôle de Formose et de la péninsule du Liaodong, en Mandchourie. Cette zone est stratégique, c’est le terminus du chemin de fer de la Mandchourie, et la ville de Port Arthur est la plaque tournante du commerce dans toute la région. La France, l’Angleterre et la Russie, qui se disputaient depuis un certain temps ce territoire, s’opposent aux désirs des Japonais. Ces derniers, prudent, s’inclinent, et renonce au Liaodong.

L’objectif suivant est la Corée. Dès la signature du traité, en 1904, le Japon attaque la Russie en Mandchourie, et remporte une victoire rapide. La Russie, qui était pourtant considérée comme une des grandes puissances de l’époque, capitule en 1905. C’est la première victoire d’un pays non occidental sur un pays occidental. C’est un événement incroyable qui fait frissonner tout l’Occident et l’Orient. Le traité de Portsmouth est signé la même année. La Russie reconnaît la domination monétaire, politique et militaire du Japon sur la Corée, annexée en 1910. Les intérêts russes en Mandchourie sont transférés aux Japonais. De plus, le traité donne aux vainqueurs le contrôle de la péninsule du Liaodong et du chemin de fer de Mandchourie, ainsi que le sud de Sakhaline. La puissance militaire du Japon n’est plus à démontrer après ces deux conflits. C’est aussi la naissance d’un esprit nationaliste de masse, en 1905. De nombreux Japonais, insatisfaits du traité de Portsmouth et désirant plus, provoquent des émeutes à Hibiya. C’est la première manifestation populaire de ce genre qui secoue le pays. A partir de cette époque, le Japon va tenter d’étendre son influence en Chine.

Bataille de Tsushima

Bataille de Tsushima

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