Histoire du Japon: les origines

Vase Jomon

Vase Jomon

A l’époque Genshi (pré et protohistoire), le Japon est considérablement en retard par rapport aux autres civilisations qui peuplent la Terre (La Chine, le Moyen-Orient et la Grèce sont loin devant). L’économie est extrêmement archaïque, l’agriculture n’apparaît qu’au IIIe siècle, il n’y a pas d’organe politique central mais des multi-pôles. Quant aux frontières du pays, elles sont entièrement ouvertes, ce qui permettra les apports extérieurs qui feront avancer la société japonaise. A cette époque, la plupart des progrès viennent de l’extérieur.

Un cadre naturel favorable

Il est nécessaire de parler de la nature à cette époque, car elle est différente d’aujourd’hui, elle joue un rôle important dans la vie des hommes du Genshi, et qui plus est, elle ne tardera pas à être dégradée par ces mêmes hommes.

Contrairement à l’adage populaire « shima guni dakara » (nous sommes une île), le Japon n’a pas toujours été une île. Avant -10 000, le Japon est relié par deux bras de glace au continent, au nord et au sud. Ce n’est qu’en -10 000 que le Japon devient un archipel, lorsque se termine l’ère glaciaire. Le climat change, les conifères sont remplacés par des arbres à feuilles caduques. Ces arbres, dont le châtaignier, améliorent la vie matérielle: ils fournissent de la nourriture, des matériaux de construction, et bien d’autres choses… Les tribus se répandent dans la montagne, près des forêts et surtout sur les littoraux.

L’époque Jomon: une civilisation paléolithique de potiers (de -10.000 à -300)

Jomon (corde ; motif) désigne un motif très particulier sur les poteries caractéristiques de cette période. Les procédés de fabrication des poteries sont rudimentaires, il n’existe ni tour ni four. L’homme de Jomon créé une poterie à partir d’un cordon de glaise qu’il enroule en spirale, ou bien de plusieurs cordons en anneau qu’il empile et il laisse sécher le tout.

On trouve sur certaines poteries de cette époque des décorations sophistiquées, faites avec des cordes, tordues ou enroulées sur un bâton, et appliquées sur la terre crue. Il ne faut pas croire que les hommes de Jomon ne faisaient que des poteries Jomon, on a retrouvé aussi un grand nombre de poteries simples, sans aucune décoration. Les Japonais pensent que les poteries de cette époque, et en particulier celles dites Jomon, à motif de cordes, sont les premières poteries que la Terre ait connues. On peut douter de cette affirmation, vu l’état reculé de la civilisation japonaise à cette époque, dans tous les autres domaines.

Voyons à quoi servaient toutes ces poteries. On a retrouvé un grand nombre de poteries non décorées dans les dépotoirs que les hommes de Jomon ont laissés. Il semblerait que ces poteries aient servi à la cuisson et au stockage d’aliments. Quant à toutes celles décorées avec soin, dont le fond est plus étroit que l’ouverture, il semblerait qu’elles n’aient pas eu d’usage pratique.

Habitation Jomon

Habitation Jomon

Qui sont les hommes de Jomon ?

Le terme de « primitif » leur convient bien: ils ne connaissent pas l’agriculture, ils chassent avec des armes rudimentaires, leurs objets sont en os, et leurs vêtements sont « un grand morceau de fourrure avec un trou pour la tête ». Ils possèdent toutefois dès cette époque la technique de la laque, qui consiste à vernir des objets à partir de la résine d’un arbre.

L’économie des hommes de Jomon est caractéristique du paléolithique: c’est une économie pratique de prédation. C’est-à-dire qu’ils chassent, avec l’arc et des chiens, ils pêchent au harpon, ils cueillent de-ci, de-là, mais ne produisent rien par eux-mêmes.

Les hommes (les femmes et les enfants) de Jomon sont sans doute arrivés du continent. Ils étaient à peu près 160.000 à la fin de l’époque Jomon. Les plus fortes concentrations de population (toutes sédentaires) étaient au nord-est et à l’est. Des groupes de 10 à 60 personnes environ vivaient dans des hameaux, dont on a retrouvé des vestiges. Les poubelles des Jomon, appelées kaizuka par les scientifiques (coquillage ; amoncellement), contenaient des restes de repas, dont des coquillages, ainsi que des poteries, des os, etc… Une bonne partie des connaissances des historiens sur cette période provient de ces kaizuka.

Un autre type de traces que nous a laissées le peuple de Jomon est les emplacements des fondations des habitations: les tateana (debout ; trou). Ce sont des trous, profonds de 10 cm à 1 mètre, qui contenaient les habitations des Jomon. La toiture de ces maisons reposait sur des poteaux plantés dans le sol, c’est pourquoi on trouve des petits trous dans les tateana. Dans ces maisons, il y avait une place pour faire un feu ainsi que des trous pour le stockage des aliments.

Les habitations étaient agglomérées, on retrouve même des villages assez organisés, selon une structure concentrique. Le cimetière se trouve dans l’espace central, puis un premier cercle d’habitations à même le sol, un deuxième cercle de maisons tateana et enfin des trous de stockage en bordure du village. Rien ne nous indique le pourquoi de cette répartition.

Les archéologues ont aussi retrouvé des phénomènes de la spiritualité des Jomon: les dogû (argile, poupée). Ces poupées plutôt bizarres semblent n’avoir aucune utilité et ne tiennent même pas debout. Autre indice de la spiritualité des Jomon, on a retrouvé des dentitions incomplètes datées de mi-Jomon (-5000). Les crânes n’avaient pas de dents de devant, et d’autres dents taillées. Il semblerait que ce soit une pratique rituelle, et qu’elle ait été pratiquée sur des êtres vivants (!).

L’époque Yayoi: le véritable néolithique japonais (de -300 à 300)

Cloche dotaku

Cloche dotaku

L’époque Yayoi tient son nom d’un site près de Tokyo où l’on a retrouvé un nouveau type de poteries, plus évoluées, plus fines, avec des motifs différents de Jomon. Le progrès fondamental de Yayoi est l’agriculture.

Les fossiles humains de cette période présentent des caractéristiques morphologiques différentes des Jomon: ils sont plus grands (3 cm en moyenne) et ont la face plus plate. A cela deux possibilités : soit les Jomon ont muté prodigieusement, soit il y a eu une immigration depuis le continent vers -300.

La deuxième explication est la plus plausible, et elle expliquerait l’apparition subite de l’agriculture. En effet, la riziculture se répand au Japon vers -300, alors qu’on n’en trouve aucune trace auparavant (depuis avril 2003, on a découvert des sites prouvant que la production (riziculture) apparaissait sérieusement en –1000, mais uniquement dans certains sites). De plus, les Chinois, proches voisins du Japon, possèdent cette technique depuis -5000. Il ne faut pas loin de 5000 ans à l’agriculture pour passer de Shanghai à Kyushu, distantes seulement de 300 kilomètres, en passant par la Corée et en remontant ensuite le Japon vers le nord. Ajoutons aussi que la riziculture irriguée, telle qu’elle apparaît début Yayoi, est un type d’agriculture extrêmement complexe: elle nécessite une forte organisation, la création de canaux, digues, vannes, etc… Le riz doit pousser « les pieds dans l’eau et la tête au soleil ». Les Japonais pratiquent aussi le repiquage, qui est une technique assez élaborée de sélection artificielle. Ce progrès technique primordial révolutionne l’alimentation. Les hommes de Yayoi apprennent à faire fermenter le riz et inventent le saké, particulièrement utilisé à des fins rituelles. Cependant, les Japonais ne connaissent toujours pas l’élevage, et continuent à chasser.

Un autre progrès majeur est l’importation du fer et du bronze. Contrairement aux civilisations de référence (Europe, Moyen-Orient) pour lesquelles les progrès apparaissent à des périodes successives (poteries, élevage et agriculture vers -8000, bronze vers -7000, fer plus tard encore, etc…), au Japon, tout arrive en même temps (sauf l’élevage). On trouve des objets en bronze et en fer, mais leur utilisation est limitée. Pour tout ce qui est outils et instruments, le bois reste la matière préférée des hommes de Yayoi. Il semblerait que les objets en fer et bronze aient eu un rôle rituel. On trouve des épées sans fonction militaire, et surtout des dôtaku, sorte de cloches en bronze. Ces cloches ont sans doute été importées, elles avaient même un battant ; puis les hommes de Yayoi ont vite retiré le battant, et ont enterré les cloches loin du village. Là encore, on ne sait pas pour quelle raison.

Après l’arrivée de l’agriculture, du fer et du bronze, on ne voit plus de grands progrès de cet ordre avant un grand nombre d’années.

L’époque Kofun: une évolution à caractère essentiellement socio-polique (de 300 à 700)

Kofun de l'empereur Nintoku

Kofun de l'empereur Nintoku

Kofun est l’époque des vieilles tombes (ancien, tertre). Cette époque n’est pas synonyme de progrès matériels, comme Yayoi, mais plutôt de transformations politiques et économiques. L’apparition de la riziculture irriguée pendant Yayoi créé une rupture fondamentale.

Les kofun sont des tombes: on accumule de la terre à un endroit et on y place le mort. Il est important de préciser qu’on n’élève pas de kofun pour tout le monde. C’est donc le signe d’une différenciation sociale qui s’opère à cette époque. On n’a pas pour ainsi dire trouvé de pareils signes aux époques précédentes, si ce n’est peut-être les dentitions incomplètes de Jomon.

On peut établir un rapport entre l’apparition de la riziculture et l’érection de kofun. La riziculture est en effet une technique si complexe, qu’elle nécessite des superviseurs, coordinateurs, et surtout des gardiens, protecteurs. Car tout un village travaille à la rizière, et la survie du village dépend des récoltes. On pense que les kofun ont été érigés pour de telles personnes, les gardiens et les superviseurs. On trouve majoritairement les kofun dans le Kinai (centre du Japon). Les plus anciens datent de l’an 300 environ. Le plus grand serait celui de l’empereur Nintoku. La main d’oeuvre pour un tel kofun est importante. On a retrouvé autour de ces tombes des haniwa, sorte de statuettes cylindriques qui servaient au départ à retenir la terre autour du kofun. Ces statuettes qui ont fini par évoluer (haniwa anthropomorphes, en forme d’animaux ou d’objets) ont permis aux scientifiques de connaître mieux les moeurs de l’époque.

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