Japon, Chine et royaumes coréens jusqu’au VIIe s. (1/2)

Samguksagi

Samguksagi

Aux 6e et 7e siècles, les sources chronologiques japonaises sont plus sûres, et des documents coréens et chinois permettent de les vérifier : c’est l’entrée véritable du Japon dans l’histoire. Les conflits d’interprétation de ces sources entre les historiens restent cependant vigoureux. L’influence nationaliste et impérialiste d’avant-guerre dans l’écriture de l’histoire reste vivace. Le même reproche peut être adressé à l’historiographie chinoise ou coréenne.

a) Les sources chinoises

Elles représentent un ensemble complet et chronologiquement suivi. Mais les articles sur le Japon (wakoku 倭国) restent succincts et limités, écrits à l’occasion des ambassades japonaises.

b) Les sources coréennes

Le Samguksagi 三国史記 (j. Sangoku shiki, « Histoire des Trois Royaumes ») est d’une rédaction tardive (dynastie de Kôryô, au 12e s.), mais comprend des éléments plus anciens. Il s’accompagne d’un autre ouvrage qui le commente. Les Trois Royaumes furent unifiés par le royaume de Shilla, qui fit rédiger des histoires influencées par la propagande (omissions des relations ou diminution du rôle du Japon dans les affaires coréennes), et réutilisées par le Samguksagi.

c) Les sources japonaises

Le Nihon-shoki 日本書紀 (« Chroniques du Japon »), écrit en chinois classique au 8e siècle, compilé sur ordre du gouvernement et inspiré du style chinois, compte des documents inconnus par les textes coréens, mais présente le défaut inverse : il exagère l’intervention du Japon en Corée. Son but est d’établir une supériorité hypothétique sur la Corée. La connaissance des histoires officielles chinoises permet une certaine rectification.

Les historiens actuels tentent de sortir l’histoire de chaque pays de leur contexte purement national. L’élaboration du terme de « civilisation de la Chine du Nord » considère que la société centrée sur le Fleuve Bleu aurait sinisé les marges. Mais qu’est exactement la civilisation de la Chine à sa naissance ? Quel est le rôle exact des marges ? Il semble que l’émergence d’un ensemble cohérent soit tardive, et vienne après l’unification géographique. La Chine du Nord devrait ainsi aux peuples nomades, coréens, etc. Quelle est la place du Japon dans cet ensemble ? Dans quelle mesure s’intègre-t-il dans cette zone de civilisation ?

Les royaumes coréens

Les royaumes coréens

Les royaumes coréens

Au début de Yayoi, l’importance de la Chine au Japon augmente, celle-ci intervenant de plus en plus en Corée (mise en place des commanderies à partir de 108 BC). A partir du 1er siècle, quatre royaumes coréens s’élaborent progressivement contre la Chine, tout en recueillant sa civilisation.

a) Le royaume de Koguryô (j. Kôkuri) (1e s. / 668)

Il recouvre la Corée du Nord et une partie de la Mandchourie. Il est gouverné par une aristocratie guerrière. Son organisation date du 1er siècle, et s’est formée dans la lutte contre la Chine du Nord et les commanderies chinoises de Corée. Il représentera une menace dressée contre la Chine jusqu’à son effondrement au 7e siècle. Le peuple de Koguryô, qui a conservé le plus longtemps le mode de vie du peuple des steppes, a une vraie conscience de sa différence par rapport aux populations du Sud, les trois Han (san-kan). Du 2e au 3e siècle, ces peuples vont s’organiser eux aussi en trois pays, en guerre contre la Chine, contre Koguryô et entre eux.

b) Le royaume de Shilla (j. Shiragi) (3e s. / 935)

Il se trouve au sud-est de la péninsule. Il introduit certains éléments chinois pour affermir les structures étatiques de la société. C’est lui qui va le plus loin dans l’adoption du modèle chinois (réformes du 6e et 7e s.) : formation d’un Etat bureaucratique, réorganisation de l’administration, adoption des modes et titulatures chinoises. Il mène une politique d’expansion territoriale agressive qui provoque des réformes de modernisation dans les pays attaqués. La modernisation de Shilla va jouer un rôle important dans la façon dont l’Etat du Yamato va se réorganiser et adopter à son tour le modèle chinois. L’organisation de la population en be 部 en particulier (groupes familiaux, artisanaux) semble inspiré de Shilla.

c) Le royaume de Paekche (j. Kudara) (3e s. / 662)

Il se trouve au sud-ouest de la péninsule. C’est un centre culturel très original, qui marquera une transition dans l’adoption de l’art chinois par le Japon. Les agressions qu’il subit de Shilla entraîneront des réformes, et des demandes d’assistance à la cour du Yamato. Les relations entre les deux royaumes semblent très anciennes, les premières traces datant du 4e siècle. Le jinja 神社 (temple shinto) d’Isokami, dans la ville de Nara, conserve une épée à sept branches, datée de 369, dont l’inscription précise qu’elle fut donnée au roi des Wa par un prince du royaume de Paekche. Selon le Nihon-shoki, elle serait un don du souverain de Paekche à l’impératrice légendaire Jingu. Les relations entre les deux pays se maintiendront jusqu’à la chute de Paekche, et se caractériseront par l’envoi de troupes militaires japonaises. L’introduction au Japon du bouddhisme, de textes chinois, de sculptures bouddhiques (cf. la statue kudara kannon 百済観音) se feront par Paekche, qui influencera aussi la première architecture des temples boudhiques.

d) Le royaume de Kaya ou Kara (j. Mimana) (3e s. / 562)

Potterie du royaume de Kaya

Potterie du royaume de Kaya

Il est situé face au détroit de Tsushima, coincé entre les deux royaumes précédents. Il entretient avec le Japon des relations problématiques à déterminer. Il existe une proximité importante entre la civilisation du nord de Kyushu et celle de Kaya : similarité de style, de l’équipement des chevaux (casques de chevaux découverts à Wakayama à l’est d’Osaka imités du style de Kaya), développement de la culture du fer. Kaya est une zone importante d’approvisionnement en fer. Il est primordial pour le Yamato d’y maintenir des relations.

L’organisation étatique du royaume est peu cohérente, et il se trouve de ce fait peu à peu absorbé par les Etats voisins. Les textes japonais anciens le présentent comme une colonie, fondée sur le modèle des commanderies chinoises. Cela justifiera l’invasion de la Corée aux yeux des impérialistes des siècles plus tard. Le terme employé est Mimana-fu 任那府 , qui aujourd’hui désigne une administration territoriale, mais est-ce le sens de l’époque ? On peut en effet noter que les évocations du Nihon-shoki semble couvrir une courte période (540-560), et qu’une entreprise de colonisation est surprenante venant d’un Etat à peine formé. Les Coréens émettent d’ailleurs des contestations sur ce fait. Le Samguksagi affirme que les expéditions des Wa ont toujours été battues par le royaume de Shilla, et qu’il n’y a eu ni implantation, ni protectorat. Il reconnaît des accords et des coopérations, mais prétend que les Etats coréens ont toujours gardé leur indépendance. Le Nihon-shoki présente des affabulations manifestes : Jingu aurait mené une expédition punitive contre Shilla, et soumis une grande partie de la Corée.

La stèle du roi Kwanggaeto 広開土王 (j. Kôkaido-ô) de Koguryô, datée de 414, de découverte récente, peut être interprétée de diverses manières. Celui-ci se vante d’avoir battu en 391 les Wa qui avaient soumis le royaume de Shilla. Pour les Japonais, cette stèle est une preuve manifeste, pour les Coréens, c’est une contrefaçon. Malheureusement, elle est restée en Chine jusqu’en 1980 et n’a pas pu être étudiée de manière approfondie. Apparemment, les évènements rapportés auraient été nettement exagérés pour servir la propagande.

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