Japon, Chine et royaumes coréens jusqu’au VIIe s. (2/2)

Le Japon face aux royaumes coréens

Empereur kinmei

Empereur kinmei

Au 5e siècle, les ambassades envoyées à la Chine des Song obtiennent du chef du Yamato les titres de « Roi » et de « Général chargé de la pacification du Mimana ». Cela démontre l’implication du Japon dans les luttes entre les royaumes coréens, matérialisée par des expéditions militaires, qui servent aussi le renforcement de la centralisation militaire, voulue en particulier par Yûryaku.

Le royaume de Paekche subit les agressions du royaume de Koguryô. Cela accroît la pression des royaumes de Paekche et de Shilla sur celui de Kaya. Ce-dernier demande de l’aide au Yamato, qui s’y installe comme base militaire d’intervention, d’où viendrait le nom de Nihon-fu 日本府 . L’empereur Kinmei 欽明 (540?-571) hésite à organiser de nouvelles expéditions, puis abandonne le royaume de Kaya qui, dépouillé de ses possessions territoriales au cours du 6e s., est définitivement absorbé par Shilla en 562.

Devant l’influence croissante du royaume de Shilla, le Yamato soutient le royaume de Paekche. Suite à une forte immigration, des clans de coréens se sont en effet formés à la cour du Yamato, où existe un influent milieu pro-Paekche (cette situation se retrouve dans certains toponymes autour de Nara). Ainsi, le bouddhisme est introduit (en 552 selon le Nihon-shoki, plus vraisemblablement en 538 selon une autre source) dans le cadre de relations diplomatiques avec Paekche (cadeaux de textes et de statues bouddhiques). Cette nouvelle religion est protégée par le clan des Soga, qui aurait, sinon initié, facilité son introduction. Ils sont opposés aux Ôtomo et aux Mononobe qui défendent les valeurs traditionnelles et les cultes indigènes. Le nom même de Mononobe 物部 (« le be des esprits ») semble indiquer un rôle religieux, ou d’organisation de cérémonies. En 587, une véritable guerre débouche sur la victoire des Soga. A partir de cette date, l’introduction de la civilisation chinoise et l’imitation des institutions du continent allaient se développer largement, de concert avec les progrès du bouddhisme.

La période des impératrices

a) Les premières réformes

Pierre tombale de Soga no Umako

Pierre tombale de Soga no Umako

Soga no Umako, le chef du clan Soga, remplace en 592 l’empereur, rebelle à son influence, par une femme, Suiko 推古 , qui sera suivie par plusieurs femmes au 7e siècle. C’est le premier cas de succession féminine (Himiko étant un cas particulier), le but étant d’écarter la fonction impériale de la vie politique.

En 589, la dynastie Sui ou Souei 隋 (j. Sui) réunifie la Chine, divisée depuis la chute des Han en 220. Ce fait est très important, et initie un changement du contexte international. Le Yamato présente une volonté plus marquée d’introduire la culture chinoise et de renouer des liens avec la Chine. La période est marquée par la personnalité du prince Shôtoku-taishi 聖徳太子 , frère de l’impératrice et véritable souverain du pays dès 602, et de Soga no Umako.

Une première tentative de sinisation entraîne la mise en place de douze rangs de fonctionnaires, dont les différentes coiffes sont calquées sur le modèle chinois. Une constitution en dix-sept articles est promulguée (kenpô jûshichi tô 憲法十七條). Le terme de kenpô est aussi le terme actuel, mais cette constitution s’en tient à des principes généraux. Elle est imprégnée de pensées confucéennes et taoïstes, ce qui montre la connaissance par les élites des philosophies et conceptions chinoises. Elle définit la juste place des différentes couches sociales.

Le bouddhisme est imposé comme nouvelle religion protégée par l’Etat : construction de temples, importation de textes, constitution de communautés monastiques.
Les réformes restent de portée limitée. La fascination pour le modèle chinois n’entraîne que la mise en place d’un système d’apparence bureaucratique. L’impératrice Suiko organise de nouvelles ambassades depuis 120 ans. Le Japon ne veut en effet pas rester écarté de la politique chinoise qui a renouvelé sa volonté d’intervention en Corée (rétablissement des relations, reconnaissance et vassalité des royaumes coréens). Il désire aussi établir des relations directes avec la Chine.

b) Les ambassades japonaises

La première mission date de 600, mais n’apporte aucune lettre officielle. L’Empereur de Chine se renseigne sur la situation du Japon. Le roi du Japon est désigné comme ame tarishi hiko, ce que les Chinois prennent pour un nom de dynastie ame, et un nom personnel tarishi hiko. Or, cette appellation doit être comprise comme un titre équivalent à souverain céleste.

En 607, une nouvelle ambassade est munie d’une lettre en chinois classique intitulée : « le fils du ciel (tenshi 天子 , c.-à-d. « l’empereur ») du pays du soleil levant au fils du ciel du pays du soleil couchant ». L’Empereur de Chine considère cette lettre de barbare bien imprudente, et met fin immédiatement à la mission. Dans le Nihon-shoki, rédigé à une époque où la supériorité de la Chine est admise, et dans un cadre où les relations diplomatiques sont importantes, la même affaire est reprise et amoindrie.

Pourquoi le Yamato a-t-il ainsi voulu se placer sur un pied d’égalité avec la Chine ? Se faire reconnaître comme empereur était un moyen d’affirmer une supériorité sur les simples « rois » de Corée. Cette tentative audacieuse d’égalité de traitement représentait un « bluff diplomatique ». De plus, il s’agissait d’accroître le contrôle intérieur.

Empereur tenmu

Empereur tenmu

Dès 608, une nouvelle mission est tout aussi mal accueillie. La lettre officielle porte la mention : « De l’Empereur de l’Est (Tennô 天皇) à l’Empereur de l’Ouest (Kôtei 皇帝) ». C’est la première mention historique du terme Tennô qui est le titre officiel des empereurs du Japon. Son utilisation reste peu courante jusqu’à la fin du 7e siècle (avènement de Tenmu 天武 en 672). Des étudiants, âgés de trente ans environ, partent en Chine, dont le moine Min 旻 . On choisit des descendants d’immigrés coréens : est-ce parce qu’ils ont déjà une connaissance des textes chinois ? Ces étudiants assistent à la chute des Sui, et à l’avènement des Tang 唐 (j. Tô) en 618. Ce changement de dynastie se passe pacifiquement.

 

Des relations très suivies entre la Chine et le Japon ne reprennent réellement qu’à partir du milieu du siècle sur des bases inégalitaires. Le clan des Soga, accusé de comportements de plus en plus dictatoriaux (assassinat du fils de Shôtoku, remplacement des empereurs…), est évincé par un coup d’Etat, fomenté par l’entourage impérial appuyé par les lettrés revenus de Chine. En 645, le prince Nakano no Ôe fait assassiner les principaux membres du clan Soga.

c) La réforme de Taika

En 649, appuyée par les conseils des lettrés revenus de Chine, une « grande réforme » (taika 大化) est décidée, et initialise un nouveau programme de réformes. C’est la première adoption d’un nom d’ère, système qui ne s’imposa dans les mœurs qu’à la fin du siècle. Cette réforme est effectivement plus profonde que celle de Shôtoku-taishi. Elle touche l’Etat, l’administration, le contrôle des populations, le régime fiscal, la propriété foncière. Elle s’effectue dans un contexte difficile de complots et d’assassinats…

La politique des Tang entraîne un regain de tension en Corée. Le Japon mène plusieurs expéditions contre le Koguryô (644, 647, 648, 655) qui sont toutes des échecs. Le royaume de Shilla s’allie à la Chine contre le royaume de Paekche. En 660, les Tang envoient 130.000 hommes qui, combinés à une attaque de Shilla, provoquent l’effondrement de Paekche. Les membres de la cour et le prince à la succession s’exilent dans le Japon de l’impératrice Saimei 斉明 . En 662, le prince retourne à Paekche et fait assassiner son conseiller. Une grande expédition japonaise part de Kyûshû et tente de rejoindre les troupes de Paekche, mais sont surpris par la flotte chinoise à Hakusuki no e : une bataille de deux jours se termine dans une défaite écrasante. Selon les sources chinoises, 400 vaisseaux japonais sont détruits. Le royaume de Shilla détruit le Koguryô en 668, chasse les Tang de Corée, et instaure la période de Shilla unifié, qui durera jusqu’en 935.

Conclusion

L’année 672 voit l’avènement de l’empereur Tenmu. C’est la mise en place définitive du régime des codes (système législatif), et l’élaboration de ce qu’on appelle l’Etat ancien (kodai kokka 古代国家).
Cette date marque aussi la fin pour des siècles des tentatives d’invasion en tant qu’Etat (cf. les pirates japonais), jusqu’à la fin du 16e siècle. Sous la peur d’une invasion chinoise, le Japon se tourne vers une volonté d’élaboration d’une défense efficace.

Elle marque enfin la prise de conscience définitive du besoin de réformes profondes, et de la nécessité d’une hausse du niveau de la civilisation, qui s’exprimeront par la réorganisation complète du gouvernement, enfin menée à son terme de manière systématique.

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