Du royaume du Yamatai à la dynastie du Yamato (II-Ve s.): la politique des kofun (1/2)

Le royaume du Yamatai

Royaume du Yamatai, capitale

Royaume du Yamatai, capitale

Sur le Japon des premier et deuxième siècles de notre ère, les textes chinois sont muets. Seule l’archéologie peut apporter quelques réponses. Deux grandes aires culturelles se dessinent:

  • Kyushu et l’ouest de Honshu: enterrement de grandes épées de bronze
  • A l’Est de cette première zone: fabrication de cloches sans battants

On note une diminution des particularismes locaux. Les cloches et les épées fabriquées sont de plus en plus grandes: la puissance des chefs augmente, sans atteindre à une homogénéité politique à proprement parler.

En 239, les textes chinois indiquent qu’une souveraine des Wa envoie une ambassade aux Wei du Nord. Le Toiden 東夷伝 (« Relation sur les barbares de l’Est »), parle de la reine Himiko, souveraine du Yamatai, qui aurait pacifié sous son autorité une dizaine de royaumes en guerre. Cette femme vit enfermée dans un palais, et communique avec l’extérieur par l’intermédiaire de son jeune frère qui commande en son nom. Cette royauté semble imprégnée d’un caractère magique. Himiko est une sorte de prêtresse (oracles, sortilèges) qui entre en relation avec les dieux, ce qui lui vaudrait son prestige.

Il est dit que les Wa se teignent le corps en rouge et observent certains tabous. Par exemple, lors du voyage d’un personnage, une personne doit s’abstenir de se laver, de manger de la chair, etc. Si le voyageur meurt, cette personne est tuée.

La cour de Himiko semble assez puissante et assez bien organisée: fonctionnaires, marchés, vaste palais… Il reste à déterminer à quelles notions précises renvoient les termes du texte chinois. On note cependant une certaine hiérarchie. En réalité, même s’il s’agit du royaume le plus puissant de l’archipel, ce n’est qu’une confédération de chefs locaux, Himiko étant un chef spirituel dont l’autorité reconnue assure la paix.

Le texte chinois présente aussi quelques erreurs certaines, qui doivent provenir du fait que les rédacteurs ne sont pas des témoins directs, mais qu’ils transmettent des informations obtenues par les habitants des commanderies de Corée: ils prétendent qu’il n’y a pas de mouton ou de cheval, alors que l’archéologie prouve le contraire.

Himiko, reine du Yamatai

Himiko, reine du Yamatai

L’ambassade que Himiko envoie en Chine montre un désir d’asseoir son prestige, et de renforcer l’emprise du Yamatai sur les autres royaumes. Les Wei lui font bon accueil, lui décernent le titre de Reine, et lui offrent un sceau et des miroirs en bronze.

Le texte chinois est un écrit extrêmement court, connu de haute antiquité: le Nihon shoki (日本書紀) essayera de faire de Himiko une impératrice qui rentre dans la lignée impériale d’origine divine.

La localisation du Yamatai suscite de vives polémiques depuis le 19ème siècle. L’enjeu est de déterminer s’il y a continuité, et de quelle sorte, entre le Yamatai et le Yamato. Deux hypothèses s’affrontent: il s’agirait soit de la région de Kyushu, soit d’Osaka et de Nara (le futur Yamato). Les indications précises du texte chinois pour aller au Yamatai atterrissent au beau milieu du Pacifique, mais semblent se diriger vers le sud : vers l’île de Kyushu? C’est en effet à cette époque l’endroit le plus développé techniquement, le plus prospère économiquement, en contact avec la Corée. De plus, les anciens mythes, rapportés dans le Nihon shoki (日本書紀) et le Kojiki (古事記), y placent le lieu de la descente des dieux. Au 8ème siècle, la cour impériale, pourtant installée depuis trois à quatre siècles à Honshu, prétend venir de l’ouest. On a cru retrouver le palais de Himiko sur le site de Yoshinagari (Kyushu), en fait le lieu est plus ancien (1er siècle).

Quelles sont les raisons avancées pour appuyer la deuxième hypothèse ?

Tout d’abord, une évidente correspondance phonétique. A cela, on peut opposer que le nom de Yamatai est une transcription de seconde main. En outre, Yamato n’est peut être pas à l’origine un nom de lieu, mais celui de la dynastie qui a pu se déplacer.

Ensuite, les conceptions géographiques chinoises avant le 6ème siècle (date des premiers contacts réels) semblent situer le Japon plus au sud, et inversé, c’est-à-dire que Honshu se trouverait sous Kyushu. En reprenant les indications chinoises, on arrive au Honshu. De plus, les Wei à cette époque étaient en guerre contre un royaume au sud. Le fait qu’ils s’intéressent à un pays aussi peu important que le Japon s’expliquerait par cette conception qui les aurait poussés à s’appuyer sur le Japon pour mener des attaques (confirmée, cette hypothèse pourrait montrer que le Japon commençait déjà à entrer dans un ordre international).

On a aussi découvert au Yamato une tombe contenant des miroirs copiés de ceux de Himiko. Le texte chinois parle d’une unification partielle. Himiko serait en guerre avec un autre royaume très puissant, celui de Kuna (région d’Owari et Tokaido). Ce conflit serait basé sur le contrôle de la route des métaux qui permet l’approvisionnement en fer venu du continent (de nombreuses poteries ont été découvertes le long de cette route). La puissance du Yamato viendra d’ailleurs de ce contrôle.

Enfin, la civilisation des kofun part du Japon central, et non de Kyushu.

Il n’y a donc pas de réponse définitive, en l’absence de découvertes archéologiques décisives (palais ou tombe – importante selon le texte chinois – de Himiko).

Les kofun

Kofun

Kofun

Après la mort de Himiko, de nouvelles guerres se déclenchent, qui entraînent le choix d’une nouvelle reine, apparemment la nièce de Himiko. En 243 et 265, deux nouvelles ambassades sont envoyées en Chine, puis plus rien jusqu’au 5ème siècle.

Seule l’archéologie nous permet de suivre les évolutions de cette période, qui se caractérise par l’apparition des kofun 古墳 (« vieux tertre »). L’origine de ces tombes reste incertaine. La fin de Yayoi (milieu du 3ème siècle) est marquée par la construction de tombes de plus en plus importantes pour l’inhumation des chefs. Il s’agit de constructions assez hautes (une dizaine de mètres), surélevée, de forme ronde ou carrée. Au 4ème siècle, on note l’adjonction d’une partie qui s’allonge progressivement et se développe, l’ensemble de la tombe prenant peu à peu sa forme caractéristique en trou de serrure. L’origine de ce modèle particulier reste inconnu. Certains prétendent que les peuples cavaliers (kiba-minzoku 騎馬民族) auraient fondé une aristocratie et importé ce mode d’inhumation, mais on manque de preuves archéologiques. De plus, la Corée n’a pas trace de ces constructions avant le 5ème siècle, date à laquelle l’influence y serait au contraire japonaise. L’origine des kofun semble donc bien indigène.

Les kofun de forme ronde, en général plus grands que ceux de forme carrée, s’imposent au fur et à mesure de l’expansion de l’influence de la cour du Yamato. Cette forme représente un privilège accordé à des chefs locaux qui reconnaissent la domination du Yamato.

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