Bouddhisme antique (1/3) – Introduction au Japon

La doctrine bouddhique

Bodhisattva Kannon

Bodhisattva Kannon

Le bouddhisme naît en Inde au 5e ou 4e siècle av. J.-C. Il est prêché par Çâkyamuni («  le sage Çâkya », jap. Shaka 釈迦) qui critique les doctrines brahmaniques de son époque. Parvenu à l’éveil, la bodhi, il sera appelé bouddha (jap. Butsu / Hotoke 佛à仏).

Le principe du bouddhisme est que la vie humaine est souffrance, provoquée par l’ignorance et l’impermanence de toute chose (jap. mujô 無常). L’enchaînement d’actions malheureuses (le karma, jap. 業), issues de désirs d’être toujours inassouvis, génèrent des conséquences qui se manifestent après la mort par la réincarnation (terme plus ancien rempli ici d’un sens moral). Il existe six modes de renaissance, le plus élevé, l’homme, étant le seul à pouvoir parvenir à l’éveil par l’ascèse, le détachement, et des bonnes actions de charité, et ainsi se libérer du cycle des vies successives (samsâra). La progression dans la voie se fait ainsi de renaissance en renaissance jusqu’à l’accession au nirvana (jap. nehan 涅槃). Cet état ne correspond pas à un paradis, mais transcende les problèmes d’être et de non-être.

Le bouddhisme primitif met l’accent sur l’aspect monastique: seuls les moines peuvent parvenir à l’éveil. Cette conception est conservée dans le petit véhicule (Ceylan et pays du sud-est asiatique). Vers le premier siècle av.JC, une grande polémique transforme le bouddhisme en religion du salut. Les moines intercèdent pour sauver l’humanité. C’est la naissance du culte des bodhisattva (jap. bosatsu 菩薩), moines qui diffèrent leur entrée dans le nirvana après avoir fait vœu de sauver précédemment tous les êtres. Ceux-ci peuvent prendre des apparences diverses (avatars) pour accomplir leur mission. Cette doctrine, dite du grand véhicule (jap. daijô 大乗), va se propager en Chine, puis en Corée et au Japon. Le bodhisattva Kannon 観音 (nom japonais de Avalokitesvara) est une des divinités bouddhiques les plus populaires du Japon.

Le bouddhisme antique japonais est essentiellement chinois ou coréen. Les textes employés sont majoritairement chinois; le Japon n’envoie pas de mission en Inde comme le fait la Chine. La date officielle d’introduction de la doctrine est 538, dans le cadre de relations avec le royaume de Paekche, converti au 4e siècle. Cependant, en dehors de cette date, le bouddhisme s’était déjà introduit progressivement. L’histoire du bouddhisme antique comprend quatre périodes :

  • Une phase d’implantation (jusqu’au début du 8e siècle): la période d’Asuka
  • Une phase de structuration (8e siècle): la période de Nara
  • L’introduction de nouvelles doctrines continentales (fin du 8e – début du 9e siècle)
  • L’apparition de la pensée eschatologique mappô 末法 (à partir du 10e siècle), angoisse spirituelle qui aura une influence déterminante sur la naissance d’un mouvement bouddhique typiquement japonais

La période d’Asuka: raisons de l’introduction du bouddhisme

Prince Shotoku

Prince Shotoku

Le bouddhisme est à l’origine un culte privé pratiqué par les grandes familles (clan Soga). Il naît sous influence coréenne (formes des temples, motifs de la statuaire, etc.). Les premiers temples élevés sont construits aux frais de ces grandes familles: les Soga font ainsi bâtir le Hôkôji 法光寺 (588-596). Mais la doctrine nouvelle rencontre une forte résistance. Le clan Mononobe et le clan Nakatomi déclarent que son introduction risque de provoquer la colère des dieux locaux. A plusieurs reprises, à la suite d’épidémies, des temples et des statues bouddhiques sont détruits. La lutte qui s’ensuit se termine par la victoire des Soga. Le bouddhisme obtient la protection officielle de la cour, qui reconnaît dans son enseignement une protection réellement efficace de l’Etat. Au 7e siècle, le prince Shotoku, adepte fervent, aide à sa promotion et écrit des commentaires, en particulier sur le Sûtra du Lotus. Cette période est marquée par une floraison des arts bouddhiques qui s’appuient sur l’importation de nouvelles techniques artistiques de Corée. Les empereurs sont en général des bouddhistes extrêmement dévots, même s’ils prennent soin de conserver le culte traditionnel et de le développer, car la légitimité de la maison impériale en dépend. Cette attitude n’est pas toujours très cohérente, les rites pour les dieux excluant par exemple toute cérémonie bouddhique simultanée dans le palais. Mais elle est en même temps favorisée par le bouddhisme lui-même, qui, parce qu’il s’accommode aisément de n’importe quel cadre religieux, est propice au syncrétisme. En Inde, les divinités indiennes sont facilement intégrées dans le panthéon bouddhique. Au Japon, l’existence d’une hiérarchie dans ce panthéon permet l’intégration des dieux locaux. Ceux-ci sont alors perçus comme des manifestations locales des divinités bouddhiques ou comme des divinités de rang inférieur.

Le bouddhisme est une religion à vocation universelle, mais sa pratique reste élitiste. Assez tôt, on développe l’idée de degrés différenciés de connaissance et de pratique dans la doctrine, ce qui va permettre son accès par le plus grand nombre.

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