Bouddhisme antique (3/3) – Apparition de nouvelles doctrines

L’introduction de nouvelles doctrines continentales

Le Tendai et le Shingon

Saicho

Saicho

Le trop grand pouvoir des monastères (Nara continue d’ailleurs à prospérer après cette date) peut expliquer en partie le changement de capitale de 794. La fondation de Heian-kyô 平安京 coïncide aussi avec l’apparition de nouvelles sectes, correspondant à l’introduction de nouvelles doctrines bouddhiques plus appréciées par la cour, c’est-à-dire plus favorables pour elle. Ces nouvelles conceptions proviennent de deux moines ayant effectué un voyage en Chine en 804 pour étudier les deux grands courants bouddhiques à la cour des Tang de cette époque.

Saicho 最澄 (767-822), appelé après sa mort Dengyô Daishi 伝教大師 (« Grand maître transcripteur de la doctrine »), étudie le bouddhisme Tendai 天台 (du nom d’une montagne chinoise) et revient de Chine en 805. Il fonde une secte à valeur encyclopédique, qui cherche à construire une doctrine cohérente à partir de l’immense quantité de textes recueillis, qui souvent se contredisent les uns les autres. Tous ces écrits étant censés être parole du bouddha, le Tendai établit une hiérarchie du degré de sapience des textes : c’est la théorie de l’évolution de la doctrine qui aboutit au Sûtra du Lotus. Le bouddha a révélé la pleine vérité de sa doctrine au fur et à mesure que ses auditeurs progressaient en sagesse. Le Tendai constitue un enseignement exotérique basé sur l’étude des textes.

Kukai

Kukai

Kukai 空海 (774-835), dont le nom posthume est Kobo Daishi 弘法大師 (« Grand maître propagateur de la Loi »), revient de Chine en 806 et fonde la secte Shingon 真言, la « vraie parole ». Cette doctrine ésotérique est basée sur la relation de maître à disciple, par l’utilisation de représentations imagées, les mandalas, supports de la méditation. La vérité ultime est l’existence d’un bouddha universel, Dainichi-nyorai 大日如来 , essence du bouddha qui commande à l’univers tout entier. Le Shingon est extrêmement complexe dans ses développements. Kukai est un moine très brillant, ordonné patriarche par celui de Chine. Il est censé avoir su lire parfaitement le sanskrit, et avoir été un sculpteur et un calligraphe particulièrement doué. De nombreuses légendes lui attribuent la construction de ponts, l’organisation de systèmes d’irrigation, la découverte de sources, etc. à travers tout le pays, et l’invention du syllabaire hiragana.

D’importantes rivalités séparent les deux hommes. Seul Kukai ayant été ordonné, c’est lui qui ordonnera Saicho. Celui-ci s’établit sur une montagne, le Hiei-zan 比叡山 , au nord-est de Kyoto. Les esprits maléfiques étant sensés venir de cette direction, le temple leur sert de barrage, et la secte Tendai devient protectrice du palais. Kûkai s’établit au Koya-san 高野山 en 816. C’est un temple plus isolé situé au sud de Nara, mais sa doctrine est beaucoup plus populaire auprès des élites : il s’agit d’un bouddhisme plus mystérieux, qui emploie des formules qui utilisées magiquement peuvent apporter protection ou malédiction. En réaction, le Tendai doit incorporer une certaine dose d’ésotérisme dans ses doctrines. Son attitude plus ouverte en fait une université du bouddhisme. La plupart des grands réformateurs du moyen-âge fonderont des mouvements hérétiques venant du Tendai.

Les principales modifications apportées à la pensée bouddhique

Le Shingon professe que l’état de bouddha peut être atteint en cette vie : il laisse une plus large part à la foi et à l’effort personnel. De plus, la nature du bouddha se trouve en chaque chose.

Le Tendai introduit le culte du bouddha Amida 阿弥陀 (nom japonais de Amitâbha, « Bouddha de la Lumière infinie »). Son culte marque un tournant dans la pratique bouddhique, l’accent y étant mis non sur l’ascétisme mais sur le mysticisme. Amida a fait le vœu de sauver tous les hommes quelles que soient leur condition ou leurs actions, en les accueillant dans le Paradis de l’Ouest. Cette secte est aussi à la base de la croyance dans la fin de la Loi (mappô 末法). La propagation du bouddhisme et la vérité même de sa doctrine suit un développement cyclique : une période correcte, suivie d’une période incorrecte et enfin de décadence marquant la fin de la Loi. Les calculs entrepris fixent cette déchéance à la date de 1053 : à ce moment, la doctrine deviendra tellement inintelligible que les hommes ne pourront plus que se tourner vers Amida.

Konjaku monogatari

Konjaku monogatari

L’influence grandissante des deux sectes donnera naissance à de nouveaux mouvements bouddhiques au moyen-âge. Les anciennes sectes de Nara végètent ou sont supplantées. C’est la première propagation véritable du bouddhisme, qui est marquée et s’appuie sur l’apparition des setsuwa 説話 , des recueils d’historiettes composées sur des thèmes de revenants ou de fantômes essentiellement, dont l’exemple le plus célèbre reste le Konjaku monogatari 今昔物語 , « Histoires qui sont maintenant du passé ». Ces récits montrent une évolution de la langue, qui inclue beaucoup de mots chinois provenant de termes bouddhiques. Ils ont une influence considérable sur la formation de la structure actuelle du japonais.

Conclusion

Ces premiers temps du bouddhisme japonais sont caractérisés par une intense activité intellectuelle et doctrinale. Le Japon ne tarde pas à devenir le nouveau centre de réflexion sur le bouddhisme. En Chine, la fin des Tang (début du 10e s.) voit le développement d’une xénophobie qui entraîne une persécution du bouddhisme et de ses représentants. Cela marque au Japon un affranchissement définitif par rapport au continent.

L’influence des moines va toujours grandissant : ils entrent en conflit pour le partage du pouvoir et de la richesse. Ces luttes sont renforcées par l’entrée dans les ordres des fils de la noblesse. Les rivalités sont de plus en plus violentes, et entraînent la naissance des bandes armées monastiques, les moines-soldats des périodes de troubles sociaux du moyen-âge.

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