L’article 9 de la constitution (2/3): les années 70 et 80

Nixon et Mao

Nixon et Mao

Dès mai 1955, des accords commerciaux furent signés entre le Japon et la République Populaire de Chine (RPC) mais ceux-ci furent entravés par la politique américaine reconnaissant diplomatiquement Taiwan. Le Japon, à cause de sa dépendance envers les Américains pour sa sécurité, fût obligé de faire marche arrière et de se rabattre sur Taiwan même si en terme de marché les liens avec la RPC auraient pu être plus rentable.

Pourtant ce sacrifice n’est pas pris en compte par les Etats-Unis qui sous la présidence Nixon prend contact en 1971 avec Pékin sans donner de préavis à Tokyo. Ce retournement de la politique étrangère américaine a remis en question la coopération entre Washington et Tokyo en terme de concordance de politique étrangère. Le fossé entre les deux associés se creuse encore plus face au déficit croissant de la balance commerciale américaine avec le Japon. Les produits japonais envahissent le marché américain sans que la réciproque soit vraie. Et ce jusqu’à ce que Nixon déclare l’inconvertibilité du dollars en or en 1972 – inconvertibilité qui mit fin au système des accords de Bretton Woods et imposa au Japon une réévaluation du Yen qui rendit ses exportations plus chères. La fin de Bretton Woods est encore une épine américaine dans le pied des japonais qui souhaitent de plus en plus avoir une politique étrangère propre aussi importante que leur influence économique.

1973: guerre du Kippour

1973: guerre du Kippour

Le dernier revers japonais en terme d’influence extérieure que leur a causé les Américains est plus indirect: en 1973, considéré comme un allié des Etats-Unis et donc d’Israël, les pays de l’OPEP coupe les vivres en pétrole à l’île du soleil levant. Or le Japon est dépendant à 90% du pétrole du Moyen-Orient. Les négociateurs arrivent à prouver la neutralité des japonais mais les cours du pétrole sont quatre fois plus chers qu’auparavant.

Pourtant, la collaboration entre les deux pays en matière de sécurité et donc d’influence politique en Asie ne faiblit pas: en 1983, le Japon autorise les exportations de technologies à usage militaire vers les Etats-Unis. Un choix certes en contradiction avec sa politique extérieur pacifiste mais cela marque un renouveau dans les relations nippo-américaines caractérisées aussi pas un point de vue commun dans les organisations internationales asiatiques comme l’APEC où tous deux défendent la libéralisation des échanges et stimulent la mondialisation.

Si l’alliance entre les Etats-Unis et le Japon a été maintenu jusqu’à la fin des années 1990 grâce à l’URSS, il est clair que le Japon doit, aujourd’hui encore, se trouver une politique étrangère propre pour moins souffrir de la politique étrangère américaine quand leurs intérêts politique ne coïncident pas. Cependant une révision déchirante des relations bilatérales entre Etats-Unis et Japon est improbable tant que l’article 9 de la constitution japonaise n’ait pas été amendé car le Japon sera toujours dépendant. On peut donc parler de renouveau du partenariat entre les deux pays : renouveau car un rapprochement sur l’idéologie de la sécurité mondiale après la chute de l’URSS comme par exemple lors des manœuvres militaires communes dans les eaux territoriales japonaises. Mais aussi renouveau car l’existence d’une rupture de la collaboration en terme d’influence politique étrangère en Asie est indiscutable.

Manifestations anti-japonaises

Manifestations anti-japonaises

Le pacifisme du Japon limite ses choix en matière de politique étrangère : pendant environ 30 ans (entre 1960 et 1992), la politique étrangère fut formée autour d’une interprétation rigoriste de l’article 9. Les grands thèmes de cette politique furent le refus du nucléaire, du militarisme et de l’interventionnisme.

Le péril japonais justifiant l’article 9 restreint l’asiatisation sous l’hégémonie du Japon car le militarisme japonais des années 30-40 marque encore les esprits asiatiques aujourd’hui et implique des relations spécifiques. En effet, les voisins les plus proches du Japon sont des anciennes colonies, des anciens ennemis et/ou des (ex-)pays communistes. Le but premier du Japon après la guerre fut donc de rétablir les liens économique avec des pays qui ne le voulaient pas. Pour cela, la première action du Japon fut de mettre en place une politique de Seikei Bunri (séparation du politique et de l’économique), surtout pour ses relation avec la RPC et la Corée du Sud, en payant ses réparations de guerre non en cash mais en crédit sur les biens japonais. Ainsi la politique étrangère particulière au Japon basée sur l’économie et non sur la politique. Le Japon devint le premier contributeur en développement outre-mer dans la région. Le meilleur exemple étant le rattrapage économique effectué par les Tigres et les Dragons grâce aux Investissements Direct à l’Etranger (IDE) japonais. De même, les investissements japonais en Chine sont les deuxièmes IDE derrière les investissements aux Etats-Unis : ils représentent en 2003 respectivement 9 et 29% des IDE japonais. Il reste pourtant encore des questions de relations internationales non résolues entre le Japon et ses voisins comme par exemple les manuels d’histoire japonais qui omettent de mentionner le massacre de Nankin ou les visites annuelles des premiers ministres au sanctuaire Yasukuni où sont enterrés les criminels de guerre, qui provoquent un gel des relations entre pays à chaque fois que le problème est relevé.

Kim Jong Il et ses copains

Kim Jong Il et ses copains

L’instabilité politique dans la région a forcé le Japon à sortir de ses îles en matière de politique étrangère. Si la chute de l’URSS a amélioré les relations internationales dans le monde, ce n’est pas le cas en Asie de l’est où une « guerre chaude » est encore une possibilité. On y trouve encore deux statu quo de la guerre froide : la division de la Corée et le schisme entre les gouvernements de Taipei et Beijing. En Corée, l’indécision et l’ambiguïté marquent la politique étrangère du Japon surtout à cause du caractère instable du Pyongyang: le Japon soutient en même temps la sunshine policy entretenue par la Corée du Sud (exercices navals commun en 1999) mais aussi il soutient aussi financièrement la Corée du Nord pour éviter que l’Etat ne s’écroule. Si cela arrivait, il y aurait un afflux de réfugiés économiques au Japon. De plus, la Corée du Nord représente une menace direct pour le Japon comme le témoigne les ‘incidents’ survenus entre les deux pays (survol du territoire japonais par un missile nord coréen, incursion de bateaux espions dans les eaux territoriales japonaises et le bombardement d’un bâtiment supposé nord coréen malgré l’article 9). Dans le cas de Taiwan, le cas est plus complexe pour le Japon car il a des relations économiques fortes avec les deux pays. La RPC a juré d’attaquer la République de Chine si Taipei venait à se déclarer indépendant. Le Japon sera alors obligé de prendre position pour l’un ou l’autre s’il veut continuer à avoir une influence en Asie. Mais l’article 9 l’empêche toujours d’intervenir en dehors de ses frontières. D’où l’indécision dans lequel l’article 9 maintient le Japon dans sa politique étrangère.

Source:
Dacodoc

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