L’histoire des Aïnous (1/2)

Aïnou

Aïnou

L’histoire du peuple aïnou n’est pas encore bien connue: beaucoup de pistes sont encore à explorer, de matériaux à étudier et à resituer dans une perspective historique, que ce soit au niveau de l’ethnologie, de l’archéologie ou de l’anthropologie. En outre, le rôle des Aïnous dans l’histoire du Japon est encore flou, et il en va de même pour les origines du peuple japonais lui-même. Cet article essayera de restituer ce qui semble être à peu près sûr aujourd’hui: les faits historiques, mais aussi les réflexions, les analyses qui ont découlées de ces recherches. En remontant vers le présent, le deuxième article de l’histoire des Aïnous essayera par la suite de présenter la vie des Aïnous aujourd’hui, au Japon.

Premières traces des Aïnous dans l’Histoire

Il faut remonter au début du 8ème siècle de notre ère et l’écriture du Kojiki, l’encyclopédie de tous les mythes et légendes racontant l’origine du Japon, et plus simplement le premier ouvrage de littérature japonaise, pour entendre parler des Aïnous, lesquels sont parfois considérés comme les descendants des Emishi. Si l’on creuse un peu plus, on s’aperçoit que plusieurs théories sont en présences quand à cette descendance. Les Emishi sont un peuple qui vivait dans le nord du Tohoku et le sud-ouest de Hokkaido. En fait plusieurs tribus, peuples et cultures différentes semblaient cohabiter à l’époque dans la région: Emishi (nord de Honshu, sud de Hokkaido), Ashihase (nord de Hokkaido) etc. Les Emishi ont sans doute été les premiers, de par leur position géographique, à avoir eu des contacts avec le Japon des Wajin (Japonais de « souche »), celui de l’Empereur etc. Repoussés, ils ont du s’étendre sur Hokkaido où ils ont dû entrer en contact avec les autres cultures déjà sur place, comme les Ashihase, qui “seraient” eux descendus depuis Sakhaline, et devenir les Aïnous que nous “connaissons” (culture Satsumon)… D’autres traces suggéreraient que les quelques Emishi restés sur Honshu, auraient été absorbé culturellement par le Japon de l’époque Yayoi (plus spécifiquement entre les 5ème et 7ème siècle)…
D’autres hypothèses sont également envisagées, mais ce qu’il faut surtout retenir à ce stade concerne plus la pluralité des peuples et des cultures qui cohabitaient dans les régions du Tohoku, de Hokkaido, de Sakhaline et plus généralement de toute cette portion d’Asie du nord-est.
A partir du 8ème siècle, nous pouvons considérer que le peuple aïnou se répartissait sur l’île d’Hokkaido, les îles Kouriles et le sud de Sakhaline. Une distinction est faite entre les Aïnous des îles Kouriles (Chishima), ceux de Hokkaido, alors appelé Ezochi ou Ezogashima (terre des Aïnous), et ceux de Sakhaline (Kita Ezochi).

Aïnou et Nikvhe

Aïnou et Nikvhe

Au 12ème siècle de notre ère, par des contacts avec d’autres régions, comme la région de la rivière Amur, ou bien évidemment le Japon, le métal est introduit et rend possible tout ce que la céramique de la culture Satsumon ne permettait pas: haches, armes, bijoux, outils en bois etc. Ces nouveautés entraînent une expansion économique et militaire ainsi qu’une intensification des échanges entre les trois principales régions alors habitées par les Aïnous. Au 13ème siècle, les Aïnous de Kita Ezochi se confrontent aux Nivkhes, venus depuis la côte toute proche. Les Yuan venus aider les Nivkhes entreront également en contact avec les Aïnous. De manière générale, les Aïnous de Kita Ezochi avait un mode de vie assez différent des Aïnous de Hokkaido: influencé par les cultures dominantes de la Mandchourie, du bassin de la rivière Amour. Leur subsistance se rapprochait plus de celle des peuples de Sibérie, vivant des ressources des forêts boréales. Quant aux Aïnous des îles Kouriles, le manque de bois de leur milieu (notamment les îles du nord) les obligeait à échanger des ressources comme des peaux de phoques, des plumes de faucon ou d’autres produits maritimes contre des ressources logistiques venant de Ezochi et de Kita Ezochi.

Au 15ième siècle, les Wajin (nom donné aux Japonais non autochtones) établissent une petite base économique dans le sud-ouest de Ezochi: c’est à partir de là que les premiers vrais échanges entre Aïnous et Wajin ont lieu, échanges qui vont se transformer en conflits puisque les Wajin ne sont pas là que pour les richesses de la terre d’Ezochi, mais bien pour Ezochi elle-même.
Les Aïnous sont peu à peu repoussés aux confins de l’île. En 1456, dirigés par Koshamain, les Aïnous se rebellent et prennent possession des forts de Hanazawa et de Mobetsu, points stratégiques des colons. Les Aïnous réussissent alors presque à refouler complètement l’envahisseur hors de leurs terres.
S’ensuit une période ou les Aïnous parviennent à établir des liaisons commerciales plus équitables avec les Wajin, ces derniers reconnaissant presque le droit du sol aux Aïnous. D’autres parlent de manipulations visant à contrôler ce peuple du nord de l’Archipel.

Les Aïnous et le Japon de l’après-Sekigahara

1604: le vainqueur de la bataille de Sekigahara, le Shogun Ieyasu Tokugawa, donne au clan Matsumae le monopôle du commerce avec les Aïnous de l’île d’Ezochi. S’ensuit une période d’accélération des échanges, mais aussi d’échauffements entre les deux peuples. Les Aïnous ne sont pas non plus d’accord entre eux, et des batailles ont lieux entre les clans Shibechari et Hae (1648).

Bataille de Sekigahara

Bataille de Sekigahara

En 1669, Shakushain, leader des Shibechari, mènent tous les Aïnous de Ezochi contre les Wajin dans ce qui restera le plus effroyable conflit entre les deux peuples. Lors des négociations pour la paix, le clan Matsumae empoisonne Shakushain, ce qui met finalement un terme a la guerre. Les Aïnous ont perdu et les Wajin font ainsi mainmise sur les richesses des Aïnous.
1789: les Aïnous de Kunashiri Menashi (Iles Kouriles) se rebellent contre des marchands japonais qui les forçaient à travailler dans un port de pêche dans des conditions inacceptables. 37 chefs Aïnous sont exécutés par les soldats du clan Matsumae, qui vont par la suite contraindre par la force les Aïnous à céder leur terres au Japon. Le Shogounat des Tokugawa va par la suite (fin du 18ème siècle) prendre le contrôle de Ezochi, transférant les Matsumae dans le Tohoku, avant de la leur rendre en 1821. Les Russes ont commencés à se montrer en effet très intéressés par les contrées reculées de leur empire, qui n’avait alors jusque là pas de frontières bien précises, et avaient commencé à envahir dès 1730 le nord des îles Kouriles et de Sakhaline (Kita Ezochi).

Cette rapide prise en main du Shogun va se traduire par le début d’une violente politique assimilationniste des Aïnous au peuple japonais, et ce dans le but de démontrer aux Russes qu’Ezochi est bien japonaise.
Le dessin de la frontière sera chose faite en 1854, avec le traité de Shimoda, qui prévoit de partager le Japon et la Russie entre les îles d’Urup et d’Etorofu. Pour garder les îles Kouriles, le gouvernement Japonais a pour la première fois prétextée que les Aïnous qui vivaient là étaient des Japonais, et que donc ces terres étaient japonaises. Quand à l’île de Sakhaline, alors appelée Kita Ezochi, elle sera désignée comme un territoire commun où Japonais et Russes pourront vivre ensemble.

Sitôt le traité signé, le Japon accélère la japonisation du nord du pays. Ceci se traduit par des politiques d’éducation de la population aïnou à la langue et à la culture japonaise, ainsi que par le contrôle direct du gouvernement sur les terres des Aïnous. En 1869, Kita Ezochi est rebaptisée Karafuto, et Ezochi devient Hokkaido. La Commission de Colonisation est établie et les japonais vont commencer à s’installer massivement sur l’île, si bien que les Aïnous deviendront rapidement minoritaires, renforçant du même coup l’assimilation forcée. De nombreuses traditions et coutumes aïnous sont interdites: le tatouage des femmes, les boucles d’oreilles des hommes, l’incinération de la maison et le déménagement de la famille à la mort d’un de ses membres.

Traités de Shimoda et de St Pétersbourg

Traités de Shimoda et de St Pétersbourg

2 thoughts on “L’histoire des Aïnous (1/2)

  1. Je suis un peu supris par le fait que vous parliez d’influences russes au XIIIe siècle… A l’époque, la Rus’ de Kiev ne s’étend pas au delà de l’Oural, et surtout elle s’effondre sous le coup d’une nouvelle vague d’invasion mongole et tatare, menée par Batou. Quelles sont vos sources? Cela me semble pour le moins anachronique.

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