
Kofun
La structure des kofun
Elle est surĂ©levĂ©e, sur une terrasse essentiellement en terre, entourĂ©e dâun fossĂ©. La tombe, individuelle, se trouve au centre de la masse principale, creusĂ©e par le haut. La fonction de la structure qui prolonge le kofun reste incertaine. Sâagit-il dâun lieu qui servait aux cĂ©rĂ©monies mortuaires se dirigeant vers le centre? Une des cĂ©rĂ©monies les plus importantes consistait Ă exposer le cadavre pour quâil soit dĂ©pecĂ© par les oiseaux et les vers avant dâenterrer les os (mogari).
Le kofun est entourĂ© de petites statues appelĂ©es haniwa ćŽèŒȘ. Ces statues sont Ă lâorigine des tubes chargĂ©s de retenir la terre. Elles sont par la suite dĂ©corĂ©es et prennent forme humaine, ou dâanimaux et de maisons. Elles permettent dâĂ©tudier lâhabillement de lâĂ©poque. Les mythes considĂšrent quâelles servirent Ă remplacer dâanciens sacrifices, mais il sâagit lĂ de lĂ©gendes inventĂ©es Ă une Ă©poque (8Ăšme siĂšcle) oĂč lâon avait oubliĂ© leur signification. Les grands kofun sont entourĂ©s dâun grand fossĂ©: dâabord simple sĂ©paration, il servit par la suite de rĂ©servoir dâirrigation, symbolisant le fait que le roi continue Ă prodiguer ses bienfaits mĂȘme aprĂšs sa mort.
LâĂ©poque des kofun se dĂ©coupe en trois pĂ©riodes :
- fin 3e ~ deuxiÚme moitié du 4Úme siÚcle: apparition de kofun de petite taille dans la région centrale.
- fin 4e ~ fin 5e: taille maximale des kofun. Le plus grand kofun construit prĂ©sente des dimensions stupĂ©fiantes: 475 m de long pour 30 m de haut, 1.400.000 mÂł de terre sur 300.000 mÂČ de surface, 14.000 haniwa.
- fin 5e ~ fin 6e: diminution de la taille et du nombre, seul le centre garde des kofun de grande taille. Des formes plus simples apparaissent (chambres funéraires sous de petites collines).
Au dĂ©part, le Yamato nâest quâune confĂ©dĂ©ration de chefs locaux sous lâĂ©gide dâun roi commun chargĂ© de rĂ©gler les conflits (puissance spirituelle et judiciaire). Dans la rĂ©gion de Gunma, Ă Mitsudera äžćŻș (« les trois temples »), une espĂšce de manoir dâun chef local a Ă©tĂ© dĂ©couvert. La rĂ©sidence principale et ses dĂ©pendances sont montĂ©es sur une plate-forme, sĂ©parĂ©e par un fossĂ© du village situĂ© assez loin, Ă environ un kilomĂštre. La prĂ©sence de traces de grands travaux dâirrigation dĂ©note la mise en place de la riziculture. Ces travaux se font sous la direction des chefs locaux, il nây a pas de signes probants dâun pouvoir centralisĂ©.
Au 5Ăšme siĂšcle, le pouvoir et lâinfluence exercĂ©s par le Yamato sâappesantissent: les kofun, de plus en plus grands, nĂ©cessitent des ressources extĂ©rieures Ă la simple rĂ©gion autour de ces tombes. Les grands greniers retrouvĂ©s Ă Hoenkaza auraient servi, sinon Ă la mise en place de stocks pour appuyer des guerres en CorĂ©e, Ă alimenter les populations utilisĂ©es pour ces grands travaux (kofun et irrigation).
La dynastie du Yamato
Au 5Ăšme siĂšcle, le Japon rĂ©apparaĂźt dans les textes chinois. Le Yamatai a disparu, la place centrale est tenue par lâEtat du Yamato. De 418 Ă 478, cinq chefs envoient des ambassades Ă la Chine des Song. Le premier, San èź , serait Ă identifier avec Nintoku ä»ćŸł , le premier roi Ă partir duquel lâhistoire dynastique devient assez sĂ»re. Ce siĂšcle est soumis Ă de nombreux changements politiques. Les lignĂ©es des chefs locaux sont interrompues Ă plusieurs reprises. En effet, un peu partout, alors quâun mĂȘme lignage est enterrĂ© au mĂȘme endroit, les types de tombes changent: les kofun sont remplacĂ©s par des tombes rondes plus simples (chefs dĂ©chus), et apparaissent ailleurs (accession dâune nouvelle famille au commandement). MĂȘme les grandes tombes impĂ©riales se dĂ©placent du Yamato Ă Kawachi (rĂ©gion dâOsaka). On a pu parler de « cour de Kawachi ».

Nihonshoki
En 438, Chin ç (identifiĂ© Ă Hanzei ćæŁ) envoie 13 hommes en Chine. En 443, Sei, ou Sai æž
(identifiĂ© Ă IngyĂŽ ć
æ), en envoie 23. Ils demandent des titres de commandeurs pour leurs hommes, dans un souci de rapprochement du mode dâadministration chinois.
De grandes Ă©pĂ©es ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es dans les tombes. En 1978, dans le kofun Inariyama (dĂ©partement de Saitama), une Ă©pĂ©e gravĂ©e de caractĂšres chinois, et datĂ©e de 471 a Ă©tĂ© dĂ©couverte. Elle a appartenu Ă Owake no Omi, dont les ancĂȘtres auraient servi pendant huit gĂ©nĂ©rations le Grand Roi (okimi 性ç). Sâagit-il dâune garde privĂ©e du souverain ? Dans le kofun Edafunayama de la rĂ©gion de Kumamoto, une Ă©pĂ©e similaire indique que lâun des ancĂȘtres de lâindividu enterrĂ© Ă©tait fonctionnaire civil (scribe). On assiste Ă une rĂ©partition traditionnelle chinoise entre fonctionnaires militaires et fonctionnaires civils rĂ©digeant les textes administratifs.
DâaprĂšs le Nihonshoki (æ„æŹæžçŽ), le 5Ăšme siĂšcle voit lâarrivĂ©e de spĂ©cialistes venus du continent. Le CorĂ©en Wani çä» aurait dĂ©veloppĂ© lâĂ©criture au Japon.
Les fonctionnaires affiliĂ©s au royaume du Yamato portent des titres se terminant tous par hito äșș: fuhito æäșș , kurahito ćäșș (chargĂ© des entrepĂŽts), sakahito é
äșș (chargĂ© de la fabrication du sake), etc. Ce « systĂšme des hito » est organisĂ© au 5Ăšme siĂšcle autour de la personnalitĂ© du Grand Roi. A partir dâune date incertaine, le pouvoir organise les be éš, sous une forme plus ou moins administrative, dâaprĂšs lâorganisation du royaume corĂ©en de Shilla. A lâintĂ©rieur de chaque uji æ° (clan dominant la vie politique), les be sont des corporations qui regroupent les membres roturiers: paysans, pĂȘcheurs, soldats, artisans, etc.
Lâhistoire de cette Ă©poque, reconstituĂ©e dâaprĂšs les tĂ©moignages archĂ©ologiques, montre une tentative de centralisation, de contrĂŽle des chefs locaux, pour financer les expĂ©ditions contre les royaumes de CorĂ©e, en particulier sous le roi Bu æŠ (YĂ»ryaku éç„ , fin du 5Ăšme siĂšcle). Ce dĂ©sir dâexpansion correspond Ă une extension maximale de la zone des kofun. Au dĂ©but du 6e siĂšcle, le roi Buretsu æŠç , dĂ©crit comme un tyran sanguinaire (la description de ses mĂ©faits est en fait une compilation de textes chinois plus anciens), meurt sans descendance. Le nouveau roi, Keitai ç¶äœ , est prĂ©sentĂ© comme le descendant Ă la cinquiĂšme gĂ©nĂ©ration de Ăjin (pĂšre de Nintoku). On peut douter de la rĂ©alitĂ© de ce fait, cinq gĂ©nĂ©rations Ă©tant la limite au-delĂ de laquelle un individu est exclu de la famille impĂ©riale.

Moine boudhiste
Conclusion
Câest la fin de lâĂ©poque des kofun: ils ne subsistent que dans la rĂ©gion centrale, le Yamato exerçant une autoritĂ© Ă©crasante sur les trois quarts de lâarchipel. Ils sont abandonnĂ©s durant le 6Ăšme siĂšcle, y compris par les grandes familles, et sont remplacĂ©s par des chambres funĂ©raires plus simples (enfouies sous des tumuli), mais dĂ©corĂ©es. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette dĂ©saffection. Dâabord, les nouvelles tombes apparaissent sous lâinfluence continentale grandissante. Ensuite, le systĂšme des be entraĂźne lâapparition de cimetiĂšres collectifs entourant les tombes des chefs. Enfin, le clan Soba introduit au 6Ăšme siĂšcle le bouddhisme qui accĂ©lĂšre la disparition des kofun.
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