Les liens bilatĂ©raux crĂ©es avec ses voisins dans les annĂ©es 1990 et le dĂ©veloppement d’organisations rĂ©gionales comme l’ASEAN+3 ou l’APEC font du Japon un soft power car il n’a pas la capacitĂ© d’appuyer sa politique Ă©trangère du soutien des Forces d’Auto-DĂ©fense (FAD). Mais les hĂ©sitations caractĂ©risent aussi la politique Ă©trangère du Japon car au moment ou il voulait tenir un rĂ´le primordial sur la scène internationale (sommet de Kyoto en 97 et accueil des JO en 98), le modèle japonais a connut ses limites avec la crise asiatique. Il a en effet Ă©tĂ© incapable de tenir la place d’un garde-fou. Si le Japon reste indĂ©cis dans des choix de politique qui le touche personnellement, on ne peut pas s’Ă©tonner de sa passivitĂ© sur la scène politique internationale. Pourtant, on assiste depuis 1992 Ă un renouveau de la politique extĂ©rieure du Japon.
La politique Ă©trangère japonaise a pris un nouveau tournant en 1992 quand la Diet vota la loi sur les Forces de Paix de l’ONU. Cette loi autorise l’envoi de contingents des FAD Ă l’Ă©tranger dans des opĂ©rations de maintien de la paix sous le mandat de l’ONU et ce malgrĂ© l’article 9 de la constitution. Ni le PSJ, le PCJ ou encore l’opinion publique ne firent obstacle Ă cette loi car elle fĂ»t passĂ©e dans le contexte d’humiliation du Japon après l’invasion du KoweĂŻt. En effet, l’indĂ©cision fĂ»t la caractĂ©ristique principale de la politique Ă©trangère du Japon. La rĂ©ponse originale du Japon Ă©tait d’envoyer un effort non militaire au KoweĂŻt et une assistance financière. Mais lorsque le premier ministre Kaifu voulu faire passer un projet de loi sur la coopĂ©ration avec les Nations Unies sur le maintien de la paix en 1990 (qui n’incluait pas forcĂ©ment les FAD), le Komeito ne supportant pas le projet, celui-ci fut retirĂ©. Le Japon a donc Ă©tĂ© dans l’impossibilitĂ© de fournir une aide autre que financière. Ainsi depuis la loi de 1992, l’article 9 de la constitution n’empĂŞche pas l’envoi de FAD Ă l’Ă©tranger comme ce fĂ»t le cas au Mozambique en 1993, dans le Timor de l’Est en 2002, en Irak en 2004 et en IndonĂ©sie en 2005 après le tsunami. Cette loi sembla dans un premier temps rĂ©soudre le problème de lĂ©gitimitĂ© de la politique Ă©trangère japonaise. Mais les ambiguĂŻtĂ©s restèrent toujours prĂ©sentes: en 1998, le Japon a officiellement sanctionnĂ© l’Inde et le Pakistan pour leurs essais nuclĂ©aires mais en mĂŞme temps les experts japonais estimaient qu’ainsi ils crĂ©aient un espace ou la guerre ouverte Ă©tait impossible. Et encore, en 1999, le Japon approuve les actions au Kosovo et pourtant en mĂŞme temps il condamne le recours Ă la force et soutien l’intervention de l’ONU et non de l’OTAN.
Depuis le 11 septembre et le danger d’une attaque terroriste, le Japon s’est mobilisĂ© au cotĂ© de la communautĂ© internationale et surtout des Etats-Unis: le premier ministre a crĂ©e une nouveau cabinet de combat contre le terrorisme et passĂ© une loi anti-terroriste permettant aux FAD de donner une aide logistique aux forces amĂ©ricaines dans l’ocĂ©an indien. Mais le vrai dernier grand tournant de la politique Ă©trangère fĂ»t l’envoi des FAD en Irak en 2004 sous la pression des Etats-Unis alors qu’il n’y avait aucun mandat des Nations Unis. A l’origine ces troupes auraient du y rester pour un an seulement. Cette dĂ©cision de Koizumi a Ă©tĂ© très critiquĂ©e au Japon car pour la première fois une artillerie complète avait Ă©tĂ© envoyĂ© dans un pays ou la guerre n’Ă©tait pas officiellement terminĂ©e. Pour beaucoup, Ă cause de l’ambivalence de l’article 9, c’Ă©tait illĂ©gal. Et pourtant le premier ministre Koizumi renouvela le mandat des troupes en Irak d’un an en septembre 2005. Cet acte pourrait ĂŞtre rendu lĂ©gitime par la proposition d’amendement de l’article 9: le paragraphe mentionnant le potentiel de guerre serait remplacĂ© par un paragraphe autorisant le premier ministre de maintenir les troupes d’auto dĂ©fense Ă l’étranger en tant que commandant suprĂŞme. Ainsi l’amendement de l’article 9 ne pourrait que clarifier la politique Ă©trangère menĂ©e par le Japon.
Tous les pays ayant une influence importante sur la scène internationale ont une armĂ©e pour soutenir leur politique Ă©trangère. Tous sauf le Japon mĂŞme si ses FAD sont supĂ©rieures aux armĂ©es nationales europĂ©ennes. Il semblerait que le Japon ne soit plus “un pays volontairement rĂ©signĂ© qui se contente d’une politique Ă©trangère domestique” (Camille Stanque). Cela pourrait expliquer le besoin qu’a le Japon de clarifier l’article 9, voir mĂŞme de le supprimer, pour s’assurer un rĂ´le politique Ă©quivalent Ă leur puissance Ă©conomique dans le monde.
On peu conclure que l’article 9 façonne la politique Ă©trangère du Japon depuis 1946. Cet article rend la politique extĂ©rieure japonaise imprĂ©dictible car la clause pacifique de la constitution laisse la place Ă beaucoup d’interprĂ©tations possibles, de la plus rigoriste comme sous le premier ministre Yoshida Ă la plus libĂ©rale comme l’a choisi le premier ministre Junichiro Koizumi. Mais la politique Ă©trangère peut aussi ĂŞtre caractĂ©risĂ© par une relation de “Je t’aime, moi non plus” avec les Etats-Unis car l’article 9 rend le Japon dĂ©pendant en matière de sĂ©curitĂ© et oblige Ă de nombreux compromis avec la première puissance mondiale.
Aujourd’hui le Japon peut suivre trois voies possibles en terme d’influence extĂ©rieure: ĂŞtre Ă la tĂŞte d’une croisade pacifique, maintenir le statu quo (nain politique mais gĂ©ant Ă©conomique) ou bien devenir une puissance politique de mĂŞme niveau que sa puissance Ă©conomique. Mais pour cela il doit s’Ă©carter des Etats-Unis et s’appuyer sur l’Asie Orientale en dissipant les craintes toujours prĂ©sentes. On peut supposer que depuis la dernière guerre du golfe, le Japon s’oriente vers la troisième solution. Mais c’est un pari difficile pour quelques Ă®les coincĂ© entre la Chine grandissante et les Etats-Unis, première puissance depuis 1945!
Source:
Dacodoc
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