
Shigeru Yoshida
La capitulation japonaise en 1945 bouleversa la balance des pouvoirs en Asie de l’Est et met le Japon sous le contrôle direct des Etats-Unis. Le général MacArthur, chef du commandement suprême au Japon, entreprit de profondes réformes pour démocratiser le Japon, y détruire les zaibatsu, assurer le prélèvement des réparations et organiser l’occupation. Pour cela, il rédigea en 12 jours une nouvelle constitution pour le Japon avec l’aide de 25 autres Américains. Signée le 6 mars 1946 et mise en vigueur à partir du 3 mai 1947, la constitution n’a jamais été amendée – non pas que les japonais ne le veuillent pas mais parce que, selon l’article 96, un majorité au 2/3 dans les deux chambres de la Diet est nécessaire.
Mais la constitution japonaise a été rédigée dans un contexte de guerre froide et de peur non seulement du communisme mais aussi de la résurgence du militarisme japonais des années 30-40. Ainsi les concepteurs ont-il inclut la clause pacifique de l’article 9 de ce texte :
- Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur l’ordre et la justice, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation et à la menace ou l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.
- Afin d’atteindre le but de l’alinéa précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales ou aériennes ou tout autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’Etat ne sera pas reconnu.
Cet article est encore aujourd’hui une ligne de fracture de la politique étrangère du Japon: les partis de droite comme le Parti Libéral Démocrate (PLD) ou Komeito voulant l’amender voir le supprimer et les partis de gauche comme le Parti Socialiste Japonais (PSJ) et le Parti Communiste Japonais (PCJ) ne voulant surtout pas une modification de la constitution de 1946.
On peut ainsi se demander quel impact a l’article 9 de la constitution japonaise sur la politique étrangère du Japon. Tout d’abord, en ne reconnaissant pas le droit de posséder une armée au Japon, la constitution a permis de façonner un partenariat privilégié avec les Etats-Unis. Mais ce bloc Japon Etats-Unis a souvent été remis en cause par des intérêts politiques des Etats-Unis dans la région. Ensuite le pacifisme forcé du Japon a obligé ses dirigeants à trouver des moyens d’influence autre que la force pour se faire reconnaître sur la scène internationale.
Depuis les années 1950, la relation bilatérale avec les Etats-Unis est la pierre centrale de la politique étrangère du Japon car les Etats-Unis ont développé le Japon pour en faire un allié fiable dans le Pacifique. Pourtant quelques conflits d’intérêt, souvent lié à l’article 9, ont mis en question ce partenariat.
Dès la capitulation japonaise, les Etats-Unis ont gĂ©rĂ© l’occupation du Japon seul. Certes, il y avait l’existence d’une Commission Consultative pour l’ExtrĂŞme Orient mais celle-ci n’avait qu’un pouvoir dĂ©libĂ©ratif ; les dĂ©cisions revenaient toujours au commandement suprĂŞme, c’est-Ă -dire aux AmĂ©ricains et au gĂ©nĂ©ral MacArthur. Etant donnĂ© les modalitĂ©s de l’article 9, quand en 1951 le traitĂ© de paix entre le Japon et les AlliĂ©s (moins l’URSS et les autre pays communistes) fut signĂ©, la question de la dĂ©fense du Japon fut posĂ©. GĂ©opolitiquement, la position du Japon est très importante car c’est le dernier bastion capitaliste en ExtrĂŞme Orient. C’est donc naturellement que le Japon s’est mis sous la tutelle des Etats-Unis concernant sa sĂ©curitĂ©.

Signature du traité de sécurité
Ainsi le 8 septembre 1951 fut signé le premier traité de sécurité avec les Etats-Unis. Le traité permet au Japon de se concentrer sur l’économie puisque sa sécurité est assurée entièrement par les Etats-Unis. Mais ce traité subordonne aussi le Japon aux Etats-Unis car ces derniers ont le droit d’intervenir au Japon en cas de perturbation intérieur et les soldats américains sont sous l’entière responsabilité de la législation américaine même en dehors des bases militaires. Pourtant malgré la clause pacifique de la constitution japonaise et le traité de sécurité, les pressions américaines pour le réarmement du Japon se firent plus importante dès la fin de l’occupation officielle, notamment lors de la guerre de Corée. Les Japonais, encore marqué par la guerre, concédèrent seulement à la création d’une Force d’Auto-Défence (FAD) qui exercerait sa force que dans les frontières du Japon. Au-delà la sécurité de l’Extrême Orient reposait encore sur les Etats-Unis. Le Japon resta donc un allié loyal et dépendant des Etats-Unis pour sa politique étrangère, une position qui fut confirmé par la renégociation du traité en 1959 et 1970.
Ce traité et ses renégociations sont la concrétisation de la doctrine Yoshida. Instaurée en premier par le premier ministre Yoshida, elle sera maintenu par ses successeur jusqu’au années 70. Elle exhorte à se concentrer sur la reconstruction et le développement économique du Japon et à la passivité politique à l’étranger. Cette volonté de demeurer un nain politique peut-être la conséquence de l’article 9 et des conflits d’influence déjà présents en Asie de l’Est. C’est pourquoi le Japon resta neutre pendant la guerre froide entretenant des relations avec les Etats-Unis et l’URSS (même si ces dernières ne furent pas aussi tendues à cause des revendications territoriales). Lorsque Sato Eisaku devint premier ministre, il se retrouva confronté à l’accession au rang de puissance nucléaire de la Chine communiste et à l’expansion du communisme en Asie par la défaite américaine au Viêt-Nam. C’est pourquoi la doctrine Yoshida fut modernisé autour de 4 piliers:
- La protection du parapluie nucléaire américain
- Les trois principes anti-nucléaire (pas de production, pas de possession et pas de transit d’armes nucléaire sur le sol japonais)
- La promotion du désarmement nucléaire
- Le développement du nucléaire comme énergie à des fins pacifique

Emblème des FAD
Pourtant certains compromis furent exigés par les Etats-Unis, notamment sur les FAD: ainsi depuis 1963, le budget « militaire » des FAD fixé à 1% maximum du PNB. En conséquence, encore une fois, la politique étrangère du Japon fût sous tutelle de celle des Etats-Unis à cause du pacifisme constitutionnel du Japon.
Si la fin officielle de l’occupation américaine fût 1952, les Américains firent du Japon leur bastion asiatique du containment en se substituant à l’armée japonaise qu’ils avaient eux-mêmes rendu illégale. Mais en retirant aux Japonais leur droits de se défendre et de mettre en place leur propre politique étrangère – droits pourtant fondamentaux pour une nation moderne – ils ont subordonné le Japon à eux-mêmes. C’est même étonnant, sachant que les Etats-Unis ont une tendance à ne pas prendre en compte les intérêts des autres pays, qu’il n’y eut aucun conflit d’intérêts entre les deux signataires du traité de Sécurité pendant longtemps.
A partir des années 1970, la fiabilité du partenariat est remise en cause, notamment par la politique étrangère américaine. Il y a eu un clash d’intérêts qui força le Japon à reconstruire sa relation avec les Etats-Unis.
Source:
Dacodoc
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