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Les villes antiques japonaises: époques de Nara et de Heian fév 13

Plan d'une ville antique chinoise

Plan d'une ville antique chinoise

Le modĂšle chinois

L’influence du continent sur la formation des premiĂšres villes est indĂ©niable. Les groupements de populations Ă  l’époque Yayoi ne sont pas des villes : le nombre d’habitants n’y est pas assez important, et la majoritĂ© d’entre eux exploitent la terre. Au 5e et 6e siĂšcle, les rĂ©formes et les prĂ©mices d’administration qu’elles installent transforment la ville du grand roi en un centre proto-urbain : on y trouve des fonctionnaires et les membres de la noblesse de cour. Mais il n’existe pas encore de capitale fixe.

A la fin du 6e siĂšcle, la construction des premiers temples bouddhiques entraĂźne l’introduction des conceptions urbaines chinoises, et la formation de complexes stables qui polarisent certains Ă©lĂ©ments urbains (marchĂ©s, communautĂ©s monastiques). Le systĂšme de dĂ©mĂ©nagement de la capitale se transforme plus ou moins en occupations cycliques de certains lieux. Fujiwara-kyo est fondĂ©e en 694, juste avant la pĂ©riode Nara. Ses dimensions sont modestes, de 10 Ă  15.000 personnes y vivent. On essaie d’y adapter certains modĂšles continentaux, en regroupant autour du palais les activitĂ©s religieuses, administratives et commerciales dans un ensemble symbolisant la puissance de l’Etat.

En Chine, la ville est un Ă©lĂ©ment essentiel. Le « Rituel des Zhou » en Ă©dicte des rĂšgles prĂ©cises d’édification et de protection. Les dimensions, symboliques, font appel Ă  la gĂ©omancie pour reprĂ©senter l’ordre du monde. La ville est orientĂ©e selon les points cardinaux et certains Ă©lĂ©ments naturels :

  • Ă  l’est prĂšs d’une eau courante (point du Dragon bleu) ;
  • Ă  l’ouest prĂšs d’une grande route (le Tigre blanc) ;
  • au sud prĂšs d’un Ă©tang (l’oiseau de cinabre, c.-Ă -d. le PhĂ©nix) ;
  • au nord prĂšs d’une colline ou d’une montagne (le Genbu, animal mi-tortue mi-serpent).

Il existe aussi une harmonie dans la disposition des bĂątiments. Tous ces prĂ©ceptes sont appliquĂ©s Ă  Nara (ancienne Heijo-kyo ćčłćŸŽäșŹ) et Ă  Heian-kyo ćčłćź‰äșŹ (actuelle Kyoto), au cours de la pĂ©riode Heian, quitte Ă  modifier le paysage (riviĂšre artificielle de Kamogawa (èł€èŒ‚ć·) Ă  Kyoto, creusement d’un Ă©tang au sud de la ville). Mais on s’inspire aussi de modĂšles concrets, en particulier Chang’an (influence majeure) et Luoyang (le caractĂšre luo 掛, « capitale », peut dĂ©signer Kyoto), qui sont bien plus grandes que les capitales japonaises. Pas contre, les villes japonaises ne sont pas fortifiĂ©es, dans une volontĂ© d’afficher la pacification du pays ?

Plan de l'antique Nara

Plan de l'antique Nara

Structure et fonctionnement de la ville antique

La ville forme un quadrilatĂšre. L’élĂ©ment principal, le palais impĂ©rial, se trouve au nord. Il s’agit d’une ville en rĂ©duction coupĂ©e du reste de la citĂ© et qui la domine. Les appartements de l’empereur, le dairi (ć†…èŁ), en forment le cƓur, et sont entourĂ©s de la citĂ© administrative (organes du gouvernement et entrepĂŽts). Du palais part un grand axe nord-sud (avenue suzaku 朱雀 , « du PhĂ©nix »), qui aboutit au sud Ă  la porte de la citĂ© (rashomon çŸ…ćŸŽé–€). Cette avenue principale coupe la ville en deux parties : la capitale de droite (ukyo 揳äșŹ) et la capitale de gauche (sakyo ć·ŠäșŹ). L’organisation de la ville suit un quadrillage rĂ©gulier en damier (grandes rues oji ć€§è·Ż orientĂ©es nord-sud, et jo æĄ orientĂ©es est-ouest). Ce dĂ©coupage dessine des arrondissements (bo 杊), subdivisĂ©s en 16 Ăźlots d’habitation (cho ç”ș) de 109 m de cĂŽtĂ©. Le cho est la surface allouĂ©e Ă  un fonctionnaire. Pour le bas peuple, il comprend 32 terrains individuels. Il est en principe entourĂ© par des murs (pour les fonctionnaires), ou par des haies, qui le sĂ©parent des rues. Celles-ci sont rectilignes, larges et bordĂ©es de fossĂ©s. Elles sont censĂ©es donner une impression de propretĂ© plus que de servir l’économie.

Les commerçants de la capitale sont utiles mais restent subalternes. Ils sont lĂ  pour approvisionner les nobles et faire fonctionner la ville. Le dĂ©veloppement Ă©conomique n’est pas une prioritĂ©. Avant tout, la capitale est un organe du gouvernement, et a un rĂŽle culturel en Ă©tant le reflet du pays. L’établissement des commerçants n’est pas libre : dans le sud de la ville, deux marchĂ©s occupent chacun un cho fermĂ©, symĂ©triques l’un de l’autre par rapport Ă  l’avenue centrale. Ces marchĂ©s sont organisĂ©s sur le modĂšle des bazars orientaux donnant lieu Ă  des privilĂšges pour commercer, et Ă  des autorisations soumises Ă  un contrĂŽle trĂšs strict. Ils sont ouverts de midi jusqu’au soir, mais en alternance sur un mois : le marchĂ© de l’ouest est ouvert jusqu’au 15, puis celui de l’est jusqu’à la fin du mois. Les produits sont classĂ©s en produits communs et rĂ©servĂ©s Ă  chaque marchĂ©. Ils font aussi office de lieu d’exĂ©cution des sentences de justice, ou de prĂȘche des moines bouddhiques, et dans une certaine mesure de centres d’informations. Des marchĂ©s libres et locaux se trouvent Ă  l’extĂ©rieur de la ville.

Il s’agit donc essentiellement d’une ville de fonctionnaires et de gouvernement. C’est aussi un centre religieux donnant lieu Ă  des fĂȘtes. On a longtemps cru qu’elle avait servi de modĂšle pour l’établissement des kokufu (ć›œćșœ) , les gouvernements provinciaux: on y trouve autour du palais du gouverneur des fonctionnaires, des entrepĂŽts/greniers, des ateliers, un temple (kokubunji ć›œćˆ†ćŻș) ; le kokufu sert de marchĂ© et a un rĂŽle dĂ©fensif marquĂ©, en particulier dans le nord du pays. Quelques-uns ont donnĂ© naissance Ă  de vĂ©ritables agglomĂ©rations.

En fait, les fouilles ont beaucoup nuancĂ© ces thĂ©ories : il semble que leur organisation ait Ă©tĂ© subordonnĂ©e au bon vouloir des administrateurs (pas de plan, Ă©lĂ©ments limitĂ©s sans dĂ©veloppement urbain). D’ailleurs, dĂšs que le systĂšme des codes commence Ă  pĂ©ricliter, beaucoup de gouvernements provinciaux disparaissent ou sont simplement dĂ©placĂ©s : ce ne sont donc pas des structures proto-urbaines stables qui auraient pu donner naissance Ă  de vĂ©ritables villes.

Vue générale de l'antique Kyoto (Heian-kyo)

Vue générale de l'antique Kyoto (Heian-kyo)

Les résultats

MalgrĂ© la volontĂ© de construire un maillage urbain, le phĂ©nomĂšne reste limitĂ© aux provinces centrales pendant la pĂ©riode antique. C’est surtout au dĂ©but du moyen-Ăąge que le dĂ©veloppement de centres locaux indĂ©pendants aux mains des grandes familles va donner naissance Ă  de nouvelles possibilitĂ©s. On peut noter l’exception du Dazaifu (性柰ćșœ) , le gouvernement indĂ©pendant du sud, qui est le site actuel de Fukuoka. Il s’agit d’un gouvernement militaire dĂ©diĂ© Ă  la dĂ©fense de Kyushu face aux troubles de CorĂ©e, et du centre provincial le plus dĂ©veloppĂ©. Le port de Hakata (ćšć€š) qui lui correspond connaĂźtra un dĂ©veloppement extrĂȘmement important au moyen-Ăąge.

La ville de Heian, trop grande, se redĂ©ploie vers le nord. Des quartiers se forment autour des monastĂšres. Le commerce se dĂ©gage de la pression d’Etat, de vrais quartiers commerçants se dessinent. La citĂ© moyenĂągeuse Ă©merge progressivement, loin des types continentaux. L’échec est tout Ă  fait relatif, Kyoto reste un modĂšle. L’absence de dĂ©veloppement d’un rĂ©seau urbain laisse la place Ă  la naissance d’une civilisation urbaine spĂ©cifique.

Source:
Dacodoc

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Sur le mĂȘme thĂšme:

  1. La période Heian (3/3): les Fujiwara
  2. La période Nara (1/2): littérature et économie
  3. La période Heian (1/3): histoire, religion, littérature et économie
  4. La période Heian (2/3): la montée en puissance de la caste militaire
  5. La période Nara (2/2): culture, religion et relations internationales

Un commentaire pour “Les villes antiques japonaises: Ă©poques de Nara et de Heian” »


  1. GaĂ«l | 25 mai 2010   12:58

    Belle explication du développement urbain antique et médiéval du japon, merci

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4 trackbacks


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